L’idée Livres 200

Littérature Nous sommes faits d’orage de Marie Charrel À la mort de sa mère, Sarah se voit remettre pour tout héritage les clés d’une bicoque aux confins du monde, et une consigne : « Trouve Elora. » Direction l’Albanie, où elle découvre un village oublié, niché au cœur d’une montagne sauvage. Mais sur place, les locaux sont formels : Elora est morte il y a bien longtemps. Romanesque à souhait ! Le poids des secrets, la sauvagerie d’un régime despotique, mythes et légendes de l’Albanie (dont on connaît assez peu l’histoire) et la force du pouvoir des indomptables pétris de liberté en font un roman foisonnant, touchant et inoubliable porté par une écriture vive et poétique.  Du coté des vivants de Violaine Bérot Dans la chambre 308 d’un petit hôpital de province, il y a deux patients : Greg, qui a failli mourir. Les médecins du grand centre sont paraît-il les meilleurs. Sauf qu’il s’est vu mourir. Alors remettre ça, il n’en est pas question. Greg ne reprendra pas la chimio. Les heures qui vont suivre lui montreront que tout n’est pas si simple. Et Alphonse, un vieil homme au coeur usé, qui se dit qu’il est bien temps pour lui de mourir. Et puis il y a les morts, les défunts de chacun. Ils tournent autour de la chambre 308, discrets, quasi imperceptibles. N’empêche qu’ils s’entêtent à rester du côté des vivants.  L’écriture sensible et juste de Violaine Bérot nous emmène sur un thème particulier mais universel : la mort. Un roman choral qui n’est pas sans rappeler Comme des bêtes (que je vous encourage à lire, si ce n’est pas encore fait). Empli de douceur et de tendresse, des personnages attachants et émouvants qui ne se seraient sûrement jamais rencontrés en dehors de cet hôpital. Beau, émouvant et précieux. Les éléments de John Boyne D’une mère en fuite sur une île à un jeune prodige des terrains de football en passant par une chirurgienne des grands brûlés hantée par des traumatismes, et enfin, un père qui monte dans un avion pour un voyage initiatique avec son fils, John Boyne crée un kaléidoscope de quatre récits entrelacés pour former une fresque magistrale. Un roman où quatre histoires se font écho les unes aux autres avec une intensité folle ! On retrouve avec plaisir le fabuleux talent du conteur John Boyne qui aborde les thèmes de la violence et de la culpabilité dans une écriture fluide et sensible. Un régal ! Haute-folie de Antoine Wauters « Je crois que certains êtres ne nous quittent pas, même quand ils meurent. Ils disparaissent, or ils sont là. Ils n’existent plus, or ils rôdent, parlant à travers nous, riant, rêvant nos rêves. De même, quand on pense les avoir oubliés, certains lieux ne nous quittent pas. Ils nous habitent, nous hantent, au point que je ne suis pas loin de croire que ce sont eux qui écrivent nos vies. La Haute-Folie est un de ces lieux. Toute notre histoire tient dans son nom. » Oh bonheur de retrouver l’écriture sensible et poétique de Antoine Wauters ! Une histoire de famille, d’amour, de recherche d’identité jusqu’à la fuite. Et malgré tout, toujours, une beauté sombre et lumineuse à la fois. Les Mandragores de Marius Degardin Paris, années 80, rue de la Folie-Méricourt, un restaurant italien à l’abandon, l’Amore e Gusto, abrite une fratrie d’orphelins : les Cipriani. Benito, le petit dernier, vient tout juste d’avoir 18 ans. Il aimerait avoir l’assurance et la rage de Primo, la bonté naturelle et la force de Piero, ou encore la révolte de sa sœur, Chiara. Il aimerait leur dire, mais Benito, lui, c’est le silence… Alors, quand ils reçoivent une lettre de leur mère annonçant son retour après dix années d’absence, l’équilibre précaire de la famille bascule dans la nuit. Gros gros coup de cœur ! Il y a tout ce qu’il faut dans ce livre, une écriture spontanée et poétique, un univers noir mais sacrément singulier, des personnages magnifiquement incarnés, bref, un formidable et saisissant premier roman !  Baignades de Andrée A. Michaud Max, sa femme Laurence, et leur fille Charlie viennent d’arriver au camping de Lac aux Oies pour passer de merveilleuses vacances. Mais à peine Charlie est-elle dans l’eau que le responsable du camp lui intime de sortir et de s’habiller décemment. Un autre incident, encore plus traumatisant, va se produire, conduisant Max à quitter les lieux. En pleine nuit, sous l’orage, à bord d’un camping car dont il ne maîtrise pas bien la conduite. Il va prendre la mauvaise direction. Pour le pire…  Petit coup de foudre pour ce drame mené tambour battant. On respire à peine tant les événements, les émotions et le fil du récit s’enchaînent et sont criants de vérité.  Calamity Jane, un homme comme les autres de  Justine Niogret Calamity Jane. Légende de l’Ouest, mythe viril, silhouette dressée entre whisky et poudre. Mais qu’y a-t-il derrière le masque ? Une survivante. Ici, pas d’héroïne, pas de gloire. Seulement une femme à nu. C’est un western crépusculaire. Un requiem pour les légendes. Une main tendue vers celles qu’on n’a jamais écoutées. À travers la figure de Calamity Jane, l’autrice transcende le mythe du héros dans un étrange voyage intérieur et crépusculaire. Une lecture brutale et bouleversante sur ce qui apparaît une fois la légende dépouillée. LA BONNE MÈRE de Mathilda Di Matteo « Certains disent qu’elle est vulgaire. Moi, je dirais qu’elle est solaire. Un soleil de canicule, du genre incendiaire. »  Huit cents kilomètres séparent Clara de sa mère, Véro, depuis qu’elle a quitté Marseille. Ce week-end, elle lui présente Raphaël. Un girafon, pense Véro en le voyant. Il l’agace avec son pedigree bourgeois, ses mots compliqués et sa bouche fermée comme une huître. Elle n’aurait jamais dû laisser Clara monter à Paris… Entre la mère et la fille, le fossé culturel s’est creusé et l’arrivée de Raphaël à Marseille va cristalliser les tensions… Sous des airs de comédie burlesque, ce premier roman dépeint une véritable fresque sociale avec gouaille et profondeur. Sarcastique et émouvant à la

L’idée Livres 199

Littérature Ta promesse de Camille Laurens “Au moment où s’ouvre ce livre, je romps une promesse. Lorsque je l’ai faite, c’est idiot, j’étais sûre que je la tiendrais. Enfin, idiot, je ne sais pas. La moindre des choses, quand on fait une promesse, n’est-ce pas d’y croire ?”  Après Celle que vous croyez et Fille, c’est le troisième roman que je lis de cette auteure et je suis à nouveau sous le charme. Le sujet n’est pourtant pas facile : une passion amoureuse tendre et joyeuse qui peu à peu se révèle être une relation toxique, sous influence perverse et insidieuse. Camille Laurens réussi parfaitement l’exercice, entre l’alternance de propos naïfs provoqués par l’amour fou et l’analyse pertinente qui découle de l’emprise psychologique. Une grande maîtrise aussi dans la construction du roman, sous forme de témoignages adressés au système juridique (avocat, juge…) qui nous alertent sur un drame en devenir, les quelques pages sous forme de poèmes qui viennent répondre à l’urgence du trop plein d’émotions et enfin les envolées de la meilleure amie de l’héroïne qui nous oxygènent et nous reposent. Une lecture à ne pas rater. Le voyageur de Koren Shadmi En perpétuel mouvement, un homme parcourt en auto-stop l’immensité des États-Unis en quête de l’origine de son mal, étrange et apparemment incurable : l’immortalité Petit coup de cœur pour cette BD aux allures post-apocalyptiques. Le voyageur déambule d’un siècle à l’autre dans ce qui pourrait être notre monde futur et c’est plutôt flippant. On découvre avec lui à travers ses différentes rencontres, un monde désolant, dur et de plus en plus inhumain. On appréciera au passage, les petits coups de griffes sur les croyances en tout genre et ceux qui la promeuvent. Simple, efficace et, hélas, réaliste. Une histoire d’ours de Eowyn Ivey Birdie élève seule sa fille Emaleen au sein d’une petite communauté en Alaska. Elle peine à joindre les deux bouts et noie ses rêves d’ailleurs dans l’alcool et la fête. Sa rencontre avec Arthur, un homme mystérieux, va la décider à aller vivre avec lui dans une cabane au coeur des montagnes et de la nature sauvage. Tout leur parait idyllique au début mais les absences prolongées d’Arthur et son comportement de plus en plus inquiétant vont faire prendre une autre tournure à leurs vies. Ce conte entre noirceur et féérie explore les thèmes de l’amour, de la transformation et de la connexion profonde de l’homme à la nature. L’histoire est tour à tour racontée par la mère et par la fille dans une langue puissante et évocatrice qui nous plonge au coeur de la beauté sauvage de l’Alaska. UN PÈRE DE JEANLOUIS TRIPP Longtemps resté enfant unique, JeanLouis reçoit dans ses premières années l’affection exclusive de son jeune père. Mais avec la naissance de ses frère et sœur, cet âge d’or se termine, et ses parents se déchirent bientôt en d’incessants conflits. Ce climat de tension, qui exacerbe le désir d’indépendance du fils aîné, va influencer ses choix de vie.  L’auteur parcourt sa vie, de sa naissance à la mort de son père. Un père à la fois idolâtré et incompris, aimant et abandonnique, un père aux nombreuses qualités, aux idéaux forts et tout aussi démissionnaire et contradictoire.  JeanLouis Tripp réussit parfaitement à exprimer ce mélange de sentiments, tant par la force de ses dialogues et son analyse pertinente que par ses dessins lumineux. Ma vie sans moustache de Romain Puértolas Ne manquez pas cette fable historique uchronique désopilante ! Après Comment j’ai retrouvé Xavier Dupont de Ligonnès, Romain Puértolas enquête cette fois-ci, sur la mort d’Hitler et nous entraîne dans une aventure ubuesque à travers le monde. Construite comme une enquête policière, avec intrigues, rebondissements et facéties, l’histoire rejoint la vraie avec beaucoup d’originalité. On a toujours le sourire et ça fait franchement du bien par les temps qui courent.  Mais, s’il nous amuse, l’auteur n’en n’est pas moins rigoureux dans ses démonstrations avec un esprit critique et scientifique bien aiguisés.  Petite devinette pour finir : Hitler avait les yeux de quelle couleur ? (je vous laisse chercher la réponse sur Internet et vous serez, peut être comme moi, étonné par la réponse… décidément, les idées reçues ont la vie dure ;)) La ronde des poupées de tatiana arfel Émilienne devrait être à la retraite, mais n’a pas assez cotisé. Alors elle est agente de nettoyage dans les toilettes d’un centre commercial – dame pipi. Au rythme des procédures d’hygiène, Émilienne revoit son existence cabossée et insoumise, guidée par son furieux désir de liberté. Après l’excellent L’attente du soir, Tatiana Arfel confirme son immense talent avec cette ronde des poupées. D’un coté, l’histoire poignante aux multiples rebondissements d’Émilienne et de l’autre,  douze histoires de femmes qui défilent devant le miroir des toilettes, le temps pour elles de se mettre sur pause (au passage, sacré tour de force de l’auteure qui change de style pour chacune d’entre elles). À la fois lumineux, tendre, dur, triste, les récits sonnent juste et nous bouleversent. PLUS LOIN QU’AILLEURS de CHABOUTÉ J’ai rêvé de partir au bout du monde, arpenter ses grands espaces. Mais j’ai été contraint de resterAlors je suis parti en restant… J’ai vu tout ce qu’ils ne regardent plus, écouté et voyagé avec la musique d’un joli mot. Observé une chaise, prêté l’oreille à la couleur du son. J’ai exploré et consigné les us et coutumes de cette contrée qui m’était si inconnue : le coin de ma rue… Après l’inoubliable Un peu de bois et d’acier, du même auteur, il y aura une place toute particulière dans ma bibliothèque pour ce superbe Plus loin qu’ailleurs. J’y ai retrouvé la même douceur, la même poésie, l’originalité dans la simplicité et surtout une profonde humanité.  Les planches de dessins en noir et blanc, émaillées de quelques taches de couleurs, sont saisissantes. Ne passez pas à côté de cette petite merveille ! Paradise Garden de Elena Fischer Billie, 14 ans, vit seule avec sa mère Marika dans une cité en Allemagne. Elles ont du mal à joindre les deux bouts mais compensent

L’idée Livres 198

Littérature Strange Pictures de Uketsu Uketsu est l’écrivain le plus vendu au Japon, et le leader de la nouvelle vague des auteurs de thrillers et d’horreur. Artiste complet, il écrit, dessine, publie des vidéos d’horreur et de suspense et compose de la musique. On ne connaît pas sa véritable identité, il apparaît toujours vêtu de noir avec un masque blanc. Très belle surprise ! Nous menons l’enquête en même temps que les personnages à l’aide de dessins, de croquis et de tableaux et nous suivons plusieurs histoires sur différentes époques qui finissent toutes par s’assembler et s’éclairer à la fin. Il y a de bonnes trouvailles, l’auteur nous donne l’impression d’être de vrais petits psychologues qui décortiquent peu à peu la psyché humaine d’individus perturbés depuis l’enfance, victimes de violence et de maltraitance. Glaçant, original et très addictif ! Époque de Laura Poggioli Une psychologue se rend pour un stage dans un centre d’addictologie destiné aux enfants et adolescents accros aux écrans. On la suit auprès de cette génération dévastée par les dérives de la technologie et, par effet de miroir, dans les méandres de ses propres addictions. Entre le documentaire et l’autofiction, Laura Poggioli livre ici un récit alarmant sur les failles de notre société hyper connectée (cyber-harcèlement, aliénation et déconnexion de la réalité) et nous invite dans le quotidien de ces thérapeutes dévoués qui tentent tant bien que mal de défendre les jeunes face à cette menace grandissante.L’écriture extrêmement réaliste nous rend leurs différentes expériences douloureusement proches et porte un regard lucide sur ces questions très contemporaines.Un livre terrifiant mais tristement nécessaire. Gracier la bête de Gabrielle Massat Officiellement, la villa des Prunelliers est un foyer d’accueil d’urgence pour mineurs ; en réalité, c’est là où on envoie les enfants placés dont le système ne veut plus, et où les éducateurs en sous-nombre finissent tous par craquer. Quand Till, l’un d’eux, finit par lever la main sur Audrey, 14 ans. Avec beaucoup de sobriété et justesse, l’auteure retrace le parcours chaotique d’un éducateur spécialisé qui vrille. Témoin de violence depuis son enfance, Till voue sa vie à réparer les dégâts perpétués par des familles toxiques sur ces jeunes paumés. Mais un jour, par sa faute, Audrey fugue et se fait renverser par un chauffard. Alors qu’elle est dans le coma, Till va tout mettre en œuvre pour retrouver la mère d’Audrey qui a disparu. Débute alors, une spirale sombre dans laquelle il s’engouffre. Un sujet délicat et rarement abordé parfaitement maîtrisé. Un récit qui coule de source et des personnages plus vrais que nature. Très belle réussite. Journal inquiet d’Istanbul t.2 de Ersin Karabulut Le récit autobiographique d’un dessinateur de la presse satirique en Turquie. Après un premier tome axé sur son enfance, Ersin Karabulut nous raconte son parcours pour devenir auteur de BD et ses premières années dans la presse satirique, au moment où le régime autoritaire d’Erdogan se durcit. On y assiste aux manifestations et protestations d’une partie du peuple tandis que la répression et la censure s’accentuent. On apprend beaucoup sur la politique turque des dernières décennies, dans un pays où la fracture entre les modes de vie tend à s’accroître.Le dessin passe du réalisme à la caricature avec beaucoup de fluidité et l’humour est omniprésent, malgré la noirceur du propos. Ersin Karabulut nous livre ici un récit sincère et touchant, plein de finesse et sans aucune complaisance, ni avec le régime, ni avec lui-même. La fertilité du mal de Amara Lakhous Oran, le 5 juillet 2018, fête de l’Indépendance en Algérie. Soltani, colonel spécialisé dans l’antiterrorisme, doit renoncer à profiter de ce jour férié : son supérieur l’a débusqué chez sa maîtresse, où il se pensait injoignable. Car l’affaire est grave. Un ancien combattant du FLN, membre des services de renseignement et magnat du pouvoir algérien, a été retrouvé mutilé et égorgé.  Ce polar algérien qui alterne passé/présent mérite le détour. D’abord parce que l’enquête est prenante et qu’une petite révision historique sur cette période (de 1958 à nos jours) n’est pas superflue. Indépendance de l’Algérie, FLN, OAS, meurtres, représailles, tortures, exil, montée de l’islamisme, terrorisme… tout y passe. On se doute dès les premières pages que l’enquête va nous mener dans ce passé trouble, vers ceux qui ont profité du système, les lâches qui ont trahi, conspiré pour asseoir leur pouvoir et accroître leur puissance… jusqu’à l’impensable. PRICE de Steve Tesich Ce premier roman de Steve Tesich, publié pour la première fois en 1982, se déroule dans l’Amérique des années 60 et raconte l’été de Daniel, un adolescent de 17 ans qui vient de terminer ses études et s’apprête à basculer dans le monde des adultes. Malgré son côté rêveur et son incapacité à se projeter dans l’avenir, cet été va être riche d’enseignements : un premier amour avec l’insaisissable Rachel, les trajectoires divergentes de ses deux amis et la maladie de son père, avec lequel il entretient une relation ambiguë et conflictuelle.Steve Tesich a le don de nous raconter cette histoire banale avec tant de force et de finesse qu’on (re)plonge avec Daniel dans les tourments des premiers émois. A travers les doutes et les errements de ce jeune homme maladroit, il explore les thèmes de l’amour et de la famille, mais également de la vérité et du renoncement. Un magnifique roman initiatique, exhumé par l’excellente maison d’édition Monsieur Toussaint Louverture. À l’ombre de Winnicott de Ludovic Manchette & Christian Niemiec Sussex, Angleterre, 1934. Archibald et Lucille Montgomery confient à Viviane Lombard, une Française à l’attitude et au franc-parler peu ordinaires, l’éducation de George, leur jeune fils aveugle.  “Il y a beaucoup de monde !” remarqua la visiteuse à peine entrée. Lucille compta. “Nous sommes huit. Neuf avec vous.– Je ne parlais pas des vivants.”  Petit coup de foudre pour ce troisième roman à 4 mains. C’est à la fois désuet comme un bon Agatha Christie et en même temps moderne par les images que le récit évoque. On ne s’ennuie pas une seconde, c’est un huis clos comme je les affectionne, avec des dialogues plus vrais que nature, du cocasse,

L’idée Livres 197

Littérature Madeleine, résistante TOME 3 de Bertail / Morvan / Riffaud 1944. Madeleine – résistante, nom de code “Rainer” – est arrêtée après avoir abattu un officier nazi. Un crime “terroriste”, qui la condamne aux terribles interrogatoires des Brigades spéciales, la police de Vichy.   Un troisième tome tout aussi bon que les précédents. Nous suivons le parcours d’une jeune femme exceptionnelle qui résiste de toutes ses forces à l’envahisseur, aux tortures et aux injustices. Madeleine est attachante, sincère et volontaire. Sa générosité et son empathie sont hors du commun et viennent éclairer cette sombre page d’histoire qui continue à nous faire froid dans le dos. Un récit et des dessins d’une grande qualité. À ne pas manquer. Monique s’évade de Édouard Louis “Une nuit, j’ai reçu un appel de ma mère. Elle me disait au téléphone que l’homme avec qui elle vivait était ivre et qu’il l’insultait. Elle qui avait quitté mon père quelques années plus tôt pour échapper à l’enfermement domestique se retrouvait à nouveau piégée”.  Après Combats et métamorphoses d’une femme, Édouard Louis rend une nouvelle fois hommage à sa mère. Loin d’être plombant, comme il nous a souvent habitué, son récit est ici, solaire, positif, beau et touchant. Il va nous livrer par petites touches la transformation de sa mère, sa revanche sur la vie. Sa relation avec elle est particulièrement émouvante. Édouard Louis est d’une finesse, d’une douceur, d’une réflexion et d’un recul sur les événements hors du commun. Aux marges du palais de Marcus Malte Bienvenue en Frzangzwe (toute ressemblance avec notre beau pays serait purement fortuite) où le fossé se creuse entre les précaires et les nantis… Une équipe de bras cassés follement attachants prépare le grand soir tandis que la fille de l’archimaréchal rêve d’échapper à sa vie bien ordonnée. Les deux mondes vont entrer en collision dans une suite de péripéties burlesques. Marcus Malte signe ici une fable révolutionnaire joyeusement déjantée, aux personnages décalés et touchants. Comme dans ses précédents romans, on est sous le charme de sa langue extrêmement inventive, et on sent le réel plaisir qu’il a dû prendre à écrire celui-ci.  Un vrai régal et un antidote bienvenu au sérieux et à la morosité ! Conque de Perrine Tripier Dans un royaume contemporain fictif, l’historienne Martabée est mandatée par l’Empereur pour diriger le camp de fouilles archéologiques où l’on vient de retrouver des vestiges des Morgondes, les ancêtres de la nation. Après l’excitation des premières découvertes, qui semblent coller à la vision impériale d’un grand peuple de guerriers et d’artistes, il lui faudra affronter d’autres facettes du passé de son pays et les sombres coutumes de ses aïeux. Se joue alors pour elle le choix crucial entre la gloire et la vérité… Deuxième roman de Perrine Tripier, Conque est une fable moderne, intime et politique, qui explore les thèmes du pouvoir et de la responsabilité intellectuelle. L’écriture riche et ciselée de l’autrice nous plonge dans ce récit glaçant sur la quête des origines et l’écriture (ou réécriture) de l’histoire. Les deux visages du monde de David Joy Lorsque Toya, une jeune afro-américaine, revient dans sa ville natale de Caroline du Nord et engage un projet artistique visant à dénoncer le racisme, elle provoque de violentes tensions dans cette communauté d’apparence tranquille. Suite à ce pavé dans la mare, deux meurtres sont commis. Une jeune inspectrice et un shérif proche de la retraite mènent l’enquête et révèlent peu à peu les faux semblants entretenus depuis des décennies. Dans son nouveau roman noir, David Joy s’attaque à la question complexe du racisme dans la société américaine mais aussi à celles de l’art et de la transmission. La trame est impeccable, les dialogues ciselés, et les portraits psychologiques des personnages extrêmement bien détaillés, ce qui nous plonge dans cette histoire d’un réalisme criant de vérité et de tristesse. Un roman tout en subtilité, dominé par de puissantes figures de femmes, et d’une écriture toujours aussi fluide et percutante. Les hommes manquent de courage de Mathieu Palain Suite à son essai sur la violence masculine Nos pères, nos frères, nos amis, Mathieu Palain reçoit le témoignage de Jessie et après de nombreux entretiens avec elle, décide d’en faire un roman. Marco, 15 ans, le fils de Jessie est en rupture scolaire et familiale et sa mère n’arrive plus à lui parler. Un soir, après deux jours sans nouvelles, il lui demande de venir le chercher à une fête et lui avoue peu après avoir commis un acte irréparable. Face à son fils cette nuit-là et dans une tentative de lui ouvrir les yeux sur ce qu’il a fait, Jessie se raconte et revit des épisodes de sa construction de femme dans une société patriarcale. A travers ce récit en “je”, Mathieu Palain explore de nombreux thèmes très contemporains, questionnant notre regard sur la féminité, la maternité, les relations hommes-femmes, mais aussi sur la transmission filiale des traumatismes. Un roman d’une grande puissance, sensible et percutant. Medusa de Isabelle Sorente Aux yeux de Liam, sa sœur est une héroïne. Lorsqu’elle meurt à vingt ans, le deuil semble impossible. Liam décide de reconstituer la dernière pensée de sa sœur, persuadé qu’elle est à l’origine de l’univers chaotique dans lequel il doit désormais vivre.  Un roman magnifique, intelligent où la poésie vient côtoyer la symbolique avec élégance. L’auteure, aidée par sa Muse, a le devoir de rendre hommage à ses personnages et ils nous le rendent bien. Marianne qui bouleverse son entourage après sa disparition brutale, Liam qui peu à peu apprend à se reconstruire auprès de Béatrix, la Méduse de l’histoire. Difficile de les oublier. Medusa, c’est un éloge aux femmes féroces et vivantes, celles du passé, du présent et du futur, celles qui souffrent, qui se taisent et qui se perdent. La nuit de David de Abigail Assor “Je n’ai pas dit : David, allez, s’il te plaît, c’est dangereux. David, on annule, s’il te plaît, écoute-moi, je crois qu’il ne faut pas le faire. Je ne l’ai pas dit. Peut-être que si je l’avais fait, nous serions toujours l’un près

L’idée Livres 196

Littérature Racines de Lou Lubie Entre étude sociologique et récit personnel, Racines raconte le parcours de Rose, une jeune métisse de la Réunion qui a beaucoup de mal à accepter ses cheveux crépus. On la suit de l’enfance à l’âge adulte au rythme de ses aventures capillaires et de l’évolution de son rapport à ses cheveux et à son apparence.Comme dans ses précédentes BD, Lou Lubie nous livre une enquête sociale approfondie et aborde à travers le sujet des cheveux des thèmes tels que le regard de la société sur le corps des femmes et les injonctions à une “beauté” standardisée, la taxe rose, mais aussi l’esclavagisme et le racisme. Malgré ces thèmes sérieux, la BD reste pétillante, pleine d’humour, de dérision et de tendresse. Les informations sont précises et foisonnantes mais très didactiques grâce au graphisme espiègle et efficace. Une vraie réussite à tous les niveaux ! Traverser les forêts de Caroline Hinault Après son premier roman noir Solak qui m’avait bluffée, Caroline Hinault frappe à nouveau très fort avec son dernier-né. Sa façon d’écrire percutante ne laisse jamais indifférent. L’action se situe à la frontière de la Pologne et de la Biélorussie à l’automne 2021. Nous suivons trois femmes plongées au cœur de la forêt primaire, trois parcours, trois destins différents. Alma, une jeune réfugiée syrienne qui essaie d’atteindre la Pologne, Véra, une journaliste biélorusse qui a décidé de s’isoler du monde pour mieux le comprendre et Nina, une Polonaise qui vit sur place à la frontière. Chacune va faire ressurgir en nous des émotions intenses et contradictoires, l’injustice, la violence et l’âpreté du monde face à la beauté, l’amour et l’espoir. Une très belle lecture à ne pas rater. Pirate de lumière de Lily Brooks-Dalton Née pendant le pire ouragan que la Floride ait connu, Wanda en porte le nom et les stigmates. Dans cet avenir proche, la hausse du niveau des océans, les canicules, mais surtout des tempêtes dantesques rendent une grande partie du monde inhabitable. Coup de cœur ! Un récit poignant, beau et attachant comme ses personnages. Nous sommes en totale empathie avec ces hommes et ces femmes qui luttent pour vivre et s’adapter à ce nouveau monde. C’est surtout l’histoire de Wanda qui grâce à sa voisine Phyllis, une scientifique, va apprendre à survivre au jour le jour et peu à peu découvrir les potentialités qu’offre ce nouvel environnement qui lui aussi évolue et se remodèle au fur et à mesure. Elle va devoir aussi composer avec ses semblables, ceux qui dérapent vers la violence et se complaisent dans le chaos. Et puis, il y a cette petite lumière d’espoir (au sens figuré et au sens propre car Wanda brille mystérieusement dans l’eau), que l’auteure distille tout le long du récit et qui nous redonne confiance en l’humanité. La route de Manu Larcenet L’apocalypse a eu lieu. Le monde est dévasté, couvert de cendres et de cadavres. Parmi les survivants, un père et son fils errent sur une route, poussant un caddie rempli d’objets hétéroclites, censés les aider dans leur voyage. Sous la pluie, la neige et le froid, ils avancent vers les côtes du sud, la peur au ventre : des hordes de sauvages cannibales terrorisent ce qui reste de l’humanité. Survivront-ils à leur périple ? Quelle claque ! Manu Larcenet réussit une adaptation incroyable du livre de Cormac McCarthy. Avec sobriété et justesse, il rend à la perfection l’atmosphère sombre et oppressante du récit. Les illustrations en noir et blanc et tout en nuances sont superbes. Manu Larcenet est au sommet de son art. Célèbre de Maud Ventura “La célébrité est ma vie. Est-ce que j’étais préparée à un tel succès ? Bien sûr que oui”. À la surprise de tous, sauf d’elle-même, Cléo devient une star mondiale, accumulant les millions de dollars, les villas à Los Angeles et les récompenses. Un régal ! Après son précédent livre : “Mon mari” (tout aussi excellent), Maud Ventura revient sur l’histoire d’une femme qui d’apparence normale s’avère peu à peu être borderline. Cette fois-ci, son personnage est une célébrité musicale. Les pensées de Cléo sont sans filtre, à la fois justes, touchantes, réalistes, folles, choquantes, dures, dénonciatrices, drôles…Avec un cynisme fou, des propos cinglants et une critique de la société face aux labels et à la “starification”, l’auteure ne nous épargne rien. Un grand moment de lecture avec une chute magistrale.   Le chant de la rivière de Wendy Delorme Dans son nouveau roman, Wendy Delorme nous livre deux récits qui entrent en résonance : celui d’une jeune femme venue écrire à la montagne dans la maison d’enfance de son bien-aimé, et l’histoire de deux jeunes filles au début du siècle dernier, racontée par la rivière-narratrice.Ce texte (presque trop) court et porté par une écriture intime et poétique, nous entraîne dans ces deux histoires pleines de passion et de révolte contre la folie des hommes.Tout comme dans Viendra le temps du feu, son premier roman, l’autrice aborde des thématiques féministes engagées tout en faisant la part belle à l’introspection et aux émotions de ses personnages.Une lumineuse ode à l’amour, à la poésie et aux femmes indomptables ! L’année de la sauterelle de Terry Hayes L’objectif d’un agent de la CIA est de s’infiltrer, d’accomplir sa mission et de quitter la zone par tous les moyens. Et lorsque l’exfiltration d’une source cruciale conduit cet agent à croiser la route d’un terroriste qu’on disait mort, c’est la sécurité de tout l’Occident qui est menacée. Le récit débute en Iran et se termine en Russie en passant par des aventures incroyables. Dix ans après l’inoubliable “Je suis Pilgrim”, l’auteur va encore plus loin dans les rebondissements. De l’espionnage, de l’action, du suspense, du thriller, tout y passe, même du fantastique ! Le livre (un pavé de presque 700 pages) se lit comme on visionne une série addictive avec des cliffhangers à chaque chapitre. Une écriture carrée, maîtrisée et des scènes d’anthologie inoubliables (certes, parfaitement improbables mais ça nous est égal). L’agent Ridley Kane se surpasse et va changer le monde !

L’idée Livres 195

Littérature Nuit torride en ville de Trevanian Trevanian est un Grand. (Quel dommage qu’il faille dire “était un grand” puisqu’il est décédé en 2005). Être capable d’écrire aussi merveilleusement, du thriller, du western, de la comédie, du drame, de l’espionnage… c’est prodigieux ! Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, ce livre est précieux car c’est un mixte de tout. Composé d’une dizaine de nouvelles savoureuses, on passe d’un genre à l’autre, d’une époque à une autre en se délectant à chaque fois. Des grandes villes d’Amérique à Paris, de la Terre sainte à l’Angleterre ou au Pays basque, on découvre à la fois un jeune psychopathe qui charme sa victime crédule, deux femmes basques qui se disputent un pommier, un vieux forain qui fait l’éducation de son apprenti, la légende d’un Amérindien qui cherche à unifier son peuple, un écrivain célèbre qui apprend une vérité dérangeante sur lui-même… Bref, un régal d’émotions ! Le Chevalier aux épines T.3 de Jean-Philippe Jaworski Le troisième et dernier tome de la trilogie Le Chevalier aux épines est un vrai régal !   Dans un univers de fantasy médiévale, au milieu des querelles d’honneur et des jeux de pouvoir, on y assiste au dénouement des intrigues développées dans les tomes précédents. La saga s’inspire du roman de chevalerie, mais loin de tout manichéisme, les récits des différents personnages se succèdent pour tisser une histoire complexe, tour à tour épopée héroïque, drame énigmatique et conte fabuleux.   Jaworski, qui avait déjà placé la barre très haut avec ses premiers romans, nous entraîne dans un récit plein d’actions et de rebondissements, excellemment bien écrit, avec un lexique d’orfèvre, de la poésie, de l’épique… bref un petit bijou qui ravira les aficionados du genre comme les néophytes ! Nos armes de Marion Brunet 1997. Mano et Axelle, aussi passionnées que révoltées, évoluent dans le milieu engagé et militant d’une ville étudiante. Exaltées par leurs idéaux, entourées par un groupe soudé, elles rêvent d’un autre ordre social tout en laissant naître entre elles un amour fou. Jusqu’au jour où elles participent à un braquage qui tourne mal… Après le poignant L’été circulaire de Marion Brunet, il nous tardait de lire son dernier né. On n’est pas déçu ! Avec beaucoup de pudeur, de finesse, sans jamais tomber dans le mélo, l’auteure raconte les histoires d’une bande de potes aux destins tragiques en forme d’injustice. On est particulièrement touché par Mano et Axelle, deux jeunes femmes contraintes de vivre leur vie en parallèle… L’une est en liberté et l’autre en prison. 25 ans d’enfermement pour avoir tiré sur un flic qui venait d’assassiner son ami Nacer. Pas de retour en arrière possible, pas de contrôle Z… l’horreur absolue. L’écriture est acérée, réaliste et percutante, on en ressort soufflé et essoufflé. Le tombeau scellé T.3 de Tamsyn Muir Attention, ça déménage ! La sortie du tome 3 de la série (début avril) peut être l’occasion de découvrir cet univers hors normes et totalement addictif de nécromanciens de l’espace. Tamsyn Muir, jeune autrice néo zélandaise, nous embarque dans son imaginaire riche avec cette histoire de Maisons implantées sur différentes planètes qui vont se retrouver pour une quête mystérieuse. Le mélange des genres (SF, fantastique, horreur, enquête…), les protagonistes parfaitement incarnés et les nombreux rebondissements rendent la lecture très fluide malgré le travail minutieux de construction de l’Univers et des personnages. Ajoutez à cela une ambiance gothique et un humour corrosif résolument féministe et vous aurez une petite idée de cette saga unique en son genre ! (Série prévue en 4 tomes, premier et deuxième tomes sortis en poche) Dolorès ou le ventre des chiens de Alexandre Civico C’est la fin d’une traque. Dolorès Leal Mayor vient d’être appréhendée. Elle est accusée d’avoir assassiné une dizaine d’hommes après les avoir séduits. Antoine Petit, psychiatre, est sommé de déclarer Dolorès irresponsable de ses actes. Débutent alors, les entretiens au centre pénitentiaire niché au cœur des Alpes. Dolorès 45 ans, tout en haine et violence contenues, va un jour dégoupiller et se mettre à tuer des hommes, riches, gros et répugnants. Antoine, un jeune psychiatre qui comble la vacuité de sa vie par toutes sortes de drogues, doit faire un rapport sur elle. Un rapport truqué qui doit la faire passer pour folle et éviter un procès qui ferait d’elle une icône. Car Dolorès a fait des adeptes, partout en France des femmes craquent et tuent les “gros porcs”. Nous suivons leurs deux récits en parallèle, leur confrontation tout en méfiance et défiance qui peu à peu se transforme en connivence. Nous les découvrons se révéler à eux-mêmes et devenir complices jusqu’au final qui est à la hauteur de nos attentes. L’écriture est belle, tendue, acérée et parfois même poétique. Une belle découverte. Du côté sauvage de tiffany McDaniel Arc et Daffy sont sœurs jumelles et grandissent dans un petit coin de l’Ohio entre leur mère droguée et prostituée et leur grand-mère pourvoyeuse de tendresse et de poésie. À la mort de cette dernière, elles se retrouvent livrées à elles-mêmes et tentent de survivre en plongeant dans leur monde imaginaire. Devenues jeunes adultes, elles se débattent pour échapper aux démons de leur enfance tandis que des cadavres de femmes s’accumulent dans la rivière…Les différents personnages féminins du roman, marginales et déconsidérées, subissent une violence parfois très brutale mais qui ne bascule jamais dans le sordide vide de sens et l’autrice parvient à évoquer leur douleur tout en conservant leur dignité. Comme elle avait si bien su le faire avec Betty, Tiffany McDaniel nous entraîne dans une histoire déchirante entre lumière et noirceur, portée par une écriture d’une puissance extraordinaire, à laquelle il est impossible de rester indifférent. Un piège de papier de Eva García Sáenz de Urturi Alors que la récente publication d’un roman historique, Les Seigneurs du temps, rencontre un immense succès auprès des habitants de Vitoria, l’inspecteur et profiler Unai López de Ayala est confronté à des meurtres aussi cruels qu’abjects. Ainsi s’achève la trilogie de la ville blanche (Tome 1 : Le silence de la

L’idée Livres 194

Littérature Le pays des loups de Craig johnson Lorsque le cadavre d’un berger est découvert, Walt Longmire est d’abord tenté de conclure à un suicide. Mais les liens de la victime avec la puissante famille basque Extepares, à l’histoire jalonnée d’épisodes violents, l’aiguillent sur la voie d’un possible meurtre. Un vrai régal de retrouver notre petite bande du Wyoming ! Longmire est “en kit” après avoir secouru sa fille enlevée au Mexique mais cela ne va pas l’empêcher d’enquêter assidûment avec l’aide de ses adjoints. Surtout Vic, qui avec sa gouaille, nous arrache un sourire à chacune de ses apparitions. D’ailleurs, Walt n’est pas en reste dans ce tome, on retiendra avec délectation son interview avec Jon Rupert et son émission de cryptozoologie sur le câble. La façon qu’à Walt de remettre à sa place le journaliste sur les pseudosciences est un pur régal d’esprit critique. Les visions poétiques et la symbolique sont aussi très présents dans l’univers de Craig Johnson qui continue de nous divertir à chaque nouveau tome, vivement la suite ! LE COUP DU FOU de ALESSANDRO BARBAGLIA Juillet 1972, les caméras du monde entier sont braquées sur l’Islande, où aura lieu la finale du championnat du monde d’échecs. Le Russe Boris Spassky, tenant du titre, fait face à l’Américain Bobby Fischer, un autodidacte aussi génial qu’imprévisible. Une fois passée les premières pages (je ne suis pas spécialement fan des champions d’échecs), on se laisse prendre par le rythme et la forme originale qu’ose l’auteur. En effet, Fischer devient Achille et Spassky Ulysse, la guerre entre l’Orient et l’Occident devient celle de Troie ! Et ça fonctionne !Le narrateur nous tient en haleine avec grande maîtrise, on dévore les pages… Il nous parle aussi de son père, celui par qui tout commence, avec tendresse et émotion. JE SUIS LEUR SILENCE de JORDI LAFEBRE Barcelone, de nos jours. Eva Rojas, une jeune et brillante psychiatre, rechigne à répondre aux questions du Dr Llull. Pourtant, elle n’a d’autre choix que de collaborer pour espérer récupérer sa licence et exercer à nouveau son métier. Le style est percutant tout comme le personnage principal, ironique et sans complexe. Eva est une psy bipolaire (elle entend des voix, dont sa grand-mère qui la guide au quotidien) et elle enquête sur un meurtre dans un domaine viticole appartenant à une famille richissime et dysfonctionnelle. Et puis un jour, tout dérape… Eva se retrouve alors devant son superviseur analyste et va devoir décortiquer cette semaine de folie jusqu’au dénouement… surprenant. Une réussite ! HOKA HEY ! de NEYEF Georges, jeune Lakota est élevé par un pasteur qui administre sa réserve. Il oublie peu à peu ses racines et rêve d’un futur inspiré du modèle américain, en pleine expansion. Un jour, il croise la route de Little Knife, amérindien froid et violent et sa vie va être bouleversée. Une BD western magnifique tant par la narration que par les dessins. Un pavé qui se lit d’une traite. Georges, rebaptisé Little Red Bird, va découvrir la vie de ses ancêtres aux côtés de trois personnages atypiques et attachants, un Amérindien qui veut venger sa mère, une Amérindienne qui a fui son village et un Irlandais qui souffre tout autant de discrimination que les Indiens.L’histoire est dure, sans compromission, sans états d’âmes (comme le veut l’époque) mais nous sommes saisis par de très belles envolées. librairie Un point un trait

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Littérature L’enfant dans le taxi de Sylvain Prudhomme Je sais seulement que cela fut. Que ces deux bouches un jour de printemps s’embrassèrent. Que ces deux corps se prirent. Je sais que Malusci et cette femme s’aimèrent (…) Je sais que de ce plaisir naquit un enfant, qui vit toujours, là-bas, près du lac. Et que ce livre est comme un livre vers lui. L’auteur part à la recherche de M. l’enfant bâtard du côté de son grand-père. Ce dernier, soldat français, a eu une liaison avec une Allemande et aura un fils qu’il reniera. Par petites touches, lentement mais résolument, l’auteur remonte l’histoire de ses grands-parents et déroule la pelote du passé. Il se heurte au silence, au déni, à l’oubli et surtout à la menace de la grand-mère. Une aide inattendue vient le bousculer et le relance dans sa quête, ancrage salutaire car en parallèle, il se sépare de sa compagne et mère de ses deux enfants. Avec une écriture simple et juste, Sylvain Prudhomme nous livre une introspection émouvante et très touchante. Mississippi de Sophie G. Lucas “Remonter sa lignée familiale comme on le ferait d’un fleuve. Alluvions, sédiments,assèchements… de qui sommes-nous faits ? De quels paysages, de quelles histoires individuelles et collectives ? Et qui nous raconte, nous, gens ordinaires ?”Presque deux siècles d’une fresque familiale tumultueuse, où l’histoire des petites gens est enchevêtrée à la grande, les guerres, les inégalités et les injustices sociales.Ce texte est porté par une écriture singulière et créative, profonde et poétique.On est embarqué dans ce roman comme dans le flux de l’eau, impossible de ne pas tourner la page !On se laisse porter par la rage de vivre de ces gens ordinaires, résolus à vivre leur propre vie.Premier roman de cette autrice, mais pas le premier texte, je vous conseille aussi vivement son dernier recueil de poésie “Moujik Moujik” ! Le soldat désaccordé de Gilles Marchand Paris, années 20, un ancien combattant est chargé de retrouver un soldat disparu en 1917. Arpentant les champs de bataille, interrogeant témoins et soldats, il va découvrir, au milieu de mille histoires plus incroyables les unes que les autres, la folle histoire d’amour que le jeune homme a vécue au milieu de l’Enfer. Énorme coup de cœur !Un récit intelligent, poétique, romanesque. L’auteur parvient à faire ressortir les jolies choses dans un monde d’horreur, à faire vibrer les personnages, à les rendre superbes même quand ils se dirigent inéluctablement vers la mort. Le personnage principal, qui a perdu l’amour de sa vie et sa main gauche, va pendant 10 ans rechercher un couple d’amants maudits, Émile et Lucie. Il va vivre avec nous un chassé-croisé dramatique jusqu’au dénouement bouleversant. Ivo a mis les voiles de Nicolaï Pinheiro Brésil, fin des années 80. Pedro, un jeune garçon taiseux, apprend la mort d’Ivo et se lance alors sur la trace de son dernier périple, sur les routes du Nordeste. Allant d’indice en indice, l’amour et l’amitié s’invitent bientôt au voyage. Nous suivons le parcours de Pedro qui, à la recherche de son passé, de son histoire, va vivre des journées intenses, des rencontres chargées d’émotions. Véritable parcours initiatique pour Pedro qui va s’interroger, douter et cheminer. En parallèle, nous découvrons Ivo le vieux mécanicien qui n’a jamais su rester sur place et a passé sa vie sur les routes. Mais, cette fois-ci, il semble déterminer à clôturer sa transhumance.De très belles planches aux couleurs pastel accompagnent les pérégrinations de chacun. Une réussite. Magnifique de Jean-Félix de La Ville Baugé De mes premiers jours à l’hôpital du camp, je n’ai qu’un souvenir. Un homme s’adressa à quelqu’un à côté de moi : “Elle a dû déguster, celle-là… Les FPR l’ont récupérée sur une route… elle courait à moitié nue…” Je ressentis un grand calme avant de me rendormir. “Ils savent… Ils savent…” Uppercut. L’histoire d’une rescapée Tutsie du massacre de 1994 au Rwanda qui écrit à son mari 28 ans après les faits. Elle vit en Suisse, a eu quatre enfants et n’a jamais pu raconter à son mari ce qu’elle avait vécu. Directeur d’une ONG, il tombe amoureux de cette jeune femme de 17 ans retrouvée errante au bord de la route. Il va rester à son chevet tous les jours jusqu’à la rapatrier dans son pays et l’épouser. Par bribes, Magnifique (c’est le prénom de cette femme qui porte bien son nom) va nous raconter l’abomination, l’indicible avec pudeur et dignité. L’auteur revient sur ces faits de très belle façon, comme un conte horrifique et nous interroge sur comment tout cela a pu être possible. Les différents points de vue, les enjeux politiques, militaires… Ça fait froid dans le dos et on se dit que décidément l’être humain n’est pas beau à voir. Panorama de Lilia Hassaine “C’était il y a tout juste un an. Une famille a disparu, là où personne ne disparaissait jamais. On m’a chargée de l’enquête, et ce que j’ai découvert au fil des semaines a ébranlé toutes mes certitudes.” Un monde du futur, mais pas si lointain, un monde glaçant et réaliste où les maisons sont transparentes afin d’éviter les violences cachées. La sphère privée n’existe plus, chacun voit l’autre et le contrôle. La criminalité est au plus bas, les policiers sont devenus des “gardiens de protection” mais peu à peu d’autres violences sournoises et perverses viennent s’installer. Hélène, une ex-commissaire de police va enquêter sur la disparition mystérieuse de toute une famille et va au fur et à mesure de ses recherches nous dévoiler les dessous d’une société qui a perdu son âme. Humus de Gaspard Koenig Deux étudiants se rencontrent sur les bancs de AgroParisTech. Angoissés comme toute leur génération par la crise écologique, ils veulent changer le monde ! Kevin, fils d’ouvriers agricoles, lance une start-up de vermicompostage et endosse l’uniforme du parfait transfuge sur la scène du capitalisme vert. Arthur, issu de la bourgeoisie, tente de régénérer le champ familial ruiné par les pesticides mais se heurte à la réalité de la vie rurale.Du bocage normand à la Silicon Valley, des

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Littérature Odile l’été de Emma Becker Emma Becker n’a pas son pareil pour parler de sexe. Jamais grossière, souvent crue, elle aborde la sexualité de façon bien à elle, touchante, honnête et nature. Cette fois, elle revient sur sa jeunesse et ses premières expériences avec sa meilleure copine Odile. Des années plus tard, alors qu’elles vont se recroiser, elles vont évoquer cette époque et leurs vies respectives qui en découleront. On est surpris par la maturité et le recul de cette jeune auteure, ses interrogations sur leur vécu, leurs sensations et le rôle des adultes qu’elles ont côtoyés et qui auraient dû être à leur place quand, elles, ne l’étaient pas.Elle fait bien la part des choses (et c’est parfaitement amené dans le récit), entre le domaine du fantasme et la vraie vie. Au milieu de scènes trash, Emma Becker assène des vérités, ses doutes, ses révélations sur son désir, sa peine à la jouissance pure et sans contrepartie, son rapport aux hommes et son désir de plaire à tout prix… la recherche de ce premier amour lesbien jamais assouvi. Et puis, cette fois, elle est en retrait, presque sage quand Odile ose tout, régente tout, maîtrise tout… Au final, Emma ne doit pas oublier que c’est elle qui raconte les histoires, qui fantasme sa vie et qui de fait, a le plus beau rôle. Nuits de noces de violaine bérot Envoyée à l’église par son père, dont elle craint la fureur et qui est convaincu que, là, il n’y aura aucune tentation, la narratrice tombe immédiatement amoureuse du prêtre. Il faudra beaucoup de patience à la jeune fille pour vivre enfin, pleinement, son histoire d’amour. Un petit bijou littéraire et on a envie de dire, comme d’habitude. Nuits de noces nous embarque cette fois dans une très belle histoire d’amour, un amour difficile voire impossible. L’héroïne admirable s’accroche, ne renonce pas et patiente de nombreuses années. Pour accompagner cette valse des sentiments, Violaine Bérot a choisi une forme poétique aux phrases courtes, presque essoufflées, ses propos d’apparence simple sont d’une grande puissance et le rendu est superbe. SOLAK de CAROLINE HINAULT Solak. Une presqu’île au nord du cercle polaire arctique. Un drapeau à garder. Trois hommes. Une recrue. Tout va changer. Caroline Hinault n’a pas volé ses prix ! Son premier roman est très prometteur. Avec un texte court, incisif, on est suspendu aux lèvres d’un homme qui nous raconte son purgatoire aux confins des glaces. On sait que le drame va survenir dès les premières pages, en revanche, on ne sait ni comment ni pourquoi. La promiscuité de ces quatre hommes que tout sépare et qui vivent dans l’isolement complet dans des conditions extrêmes nous prend aux tripes. Cerise sur le glacier, une fin à la hauteur, totalement imprévisible et surprenante. THE NICE HOUSE ON THE LAKE T.1 de J. TYNION IV ET Á. Martínez Bueno Dix jeunes sont invités par un ami commun, Walter, à passer un séjour dans une maison de luxe au bord d’un lac magnifique. Mais peu à peu, ils découvrent que les alentours sont fermés par une étrange clôture infranchissable et transparente et que leur invitation ressemble plutôt à une sélection minutieuse au projet inavouable. L’ambiance devient de plus en plus oppressante, le mystère s’épaissit et les interrogations tombent en cascade. Au fond, qui connaît vraiment Walter ? Une narration originale et addictive qui accompagne de très belles planches de dessins. Vivement la suite dans le tome 2 qui vient de paraître ! Le choix du roi de laurence lieutaud Maxime est en apparence le fils parfait, aimable, poli, futur polytechnicien… à l’inverse de sa cadette Lisa qui vit intensément sa crise d’adolescence et qui décourage tout particulièrement sa mère Karine. Un soir d’été, Maxime paniqué va réveiller Karine et lui raconter : le retour de soirée alcoolisé, l’accident mortel et sa fuite, qu’il va lui demander de couvrir… Dans cet excellent second roman de Laurence Lieutaud, nous suivons les questionnements et les errements de Karine, en proie à la culpabilité, contrairement à son fils, mais également ceux de la mère et des sœurs de la jeune victime ainsi que le point de vue de Lisa qui se débat pour sortir de l’ombre de ce frère “parfait”. Un thriller psychologique à la fois très fin et implacable ! Le chevalier aux épines T.2 de Jean-Philippe Jaworski Le deuxième tome de la trilogie Le Chevalier aux épines est un triomphe absolu ! Dans un univers de fantasy médiévale, au milieu des querelles d’honneur et des intrigues de pouvoir, on assiste au grand retour de l’affreux Don Benvenuto, spadassin sans scrupules qu’on déteste adorer (ou qu’on adore détester) ! Jaworski, qui avait déjà placé la barre très haut avec ses précédents romans, nous entraîne dans un récit plein d’actions et de rebondissements, excellemment bien écrit, avec un lexique d’orfèvre, de la poésie, de l’épique… bref un chef d’œuvre incontestable ! Un deuxième volet qui peut par ailleurs se lire indépendamment, vision alternative et développement des événements du premier tome. LA rouille D’éric richer Nói vit dans une casse automobile avec son père, quelque part dans un pays post-soviétique cerné de misère ordinaire. Bientôt, il devra passer le “Kännöst”, un rite initiatique brutal, mystérieux et inquiétant imposé par les hommes de sa communauté. Entre soirées MMA, concerts de Métal et défonce aux détergents, Nói grandit comme il peut, chahuté par ses émotions, à l’ombre du grand père clanique et tyrannique. Sans jamais cesser de rêver de partir loin, très loin… La parution poche du premier roman d’Eric Richer nous offre l’opportunité de (re)découvrir cet auteur atypique à travers l’histoire bouleversante du jeune Nói. Entre espoir fou et désillusions, ce roman nous plonge dans une atmosphère accablante, pessimiste et terriblement sombre au coeur de laquelle les personnages, profondément humains et à fleur de peau, espèrent entrapercevoir la moindre lueur. Un roman violent, saisissant, d’une intensité rare portée par une plume percutante. La vie en fuite De john boyne Le dernier roman de John Boyne fait écho à son immense

L’idée Livres 191

Littérature Une Amitié de Silvia Avallone L’histoire d’une rencontre improbable entre deux adolescentes italiennes dans les années 90. Elisa, petite punk intello et discrète qui s’élève seule à coté d’une mère immature et complètement déconnectée de la réalité. Beatrice, jolie superficielle élevée par une mère égocentrique qui consacre sa vie à mettre en lumière sa fille afin qu’elle puisse devenir un mannequin célèbre. Pendant une dizaine d’années, elles deviennent inséparables comme des sœurs fusionnelles… Jusqu’au drame. Les années passent et Elisa trentenaire peu épanouie décide un jour de coucher sur papier leur rencontre, leur amitié et leur rupture. Beatrice, quant à elle, est devenue une star du net, une icône incontournable mondialement connue. Avec beaucoup de justesse et de pudeur, l’auteure aborde les différentes facettes de l’adolescence, les révoltes, les premiers émois, les questionnements existentiels… et bien sûr une amitié inoubliable. Vague de froid de Jean Cremers Des décors superbes, une ambiance sympathique, une belle relation entre deux frères, émouvante et drôle. Pourtant, l’un des deux porte un secret qui l’accable : il y a deux ans, il a perdu sa petite fille de trois mois et il ne s’en remet pas. Ensemble, ils parcourent la Norvège pour un pèlerinage autour des divinités nordiques. Tout ne se passera pas comme prévu mais ils vont en ressortir grandis.Un récit tout en émotion et poésie servi par de très beaux dessins sobres et reposants. Ce qui est enfoui de Julien FREU Coup de cœur ! Un récit très visuel qui serait parfait pour une adaptation série comme Stranger Things et Para//èles. Une bande de jeunes ados, 3 garçons et une fille, jouent les héros dans une bourgade perdue pendant leurs années collège (années 90). Autour, les parents s’agitent et essaient de faire au mieux. Surtout Claude le capitaine de gendarmerie et père de l’héroïne. Il doit mener l’enquête sur la disparition d’enfants et sur d’étranges phénomènes qui surviennent dans une clairière : apparition de fantômes, de lueurs rouges incandescentes et flippantes, le temps qui s’égraine d’une drôle de façon… et puis certains adultes qui se mettent à devenir violents… Bref, du mystère, de l’action, des héros drôles et charmants, de l’amitié, de l’amour et des très grands méchants… tous les éléments pour passer un excellent moment. Flagrant déni de Hélène Machelon Une jeune adolescente de 17 ans a très mal au ventre, elle se retrouve aux urgences et on lui apprend qu’elle est… en train d’accoucher ! Juliette rejette d’un bloc ce petit garçon qui tape l’incruste et a grandi littéralement dans son dos.Ses parents, sa sœur vont tout faire pour l’épauler et la guider dans cette épreuve, mais ça ne va pas être simple ni une partie de plaisir. Juliette va leur en faire voir de toutes les couleurs, passer par tous les maux, de la dépression au désir d’en finir. Et puis, un jour tout va s’éclairer.Un roman remarquablement écrit, une parfaite maîtrise des propos, crédibles et sensibles, qui font mouche à chaque fois. Du titre de l’ouvrage aux en-têtes de chapitres, tout est pertinent dans ce petit bijou littéraire. À lire absolument ! Sortir au jour de Amandine dhée À l’origine de Sortir au jour, il y a cette rencontre dans une librairie entre l’autrice et Gabriele. Gabriele est thanatopractrice. Entre les deux femmes, un dialogue s’instaure où Gabriele raconte son métier et les raisons qui l’ont poussée à l’exercer et où Amandine Dhée évoque son rapport à la mort et au deuil, particulièrement dans le cadre de sa famille. Comme dans ses précédents ouvrages, elle part de l’intime pour aborder des questions de société avec humour et une grande sensibilité et nous livre un texte qui raconte bien sûr la perte mais également la création et la transmission. Elle atteint avec brio l’objectif qu’elle s’était fixé : “écrire un livre réconfortant sur la mort”. Déperdition de la chaleur humaine de Bergsveinn Birgisson Le narrateur, un homme qui se remet difficilement de son divorce et qui ne ressent plus rien, visite régulièrement son ami de longue date interné pour une grave dépression. Lorsqu’il décide de le faire évader, une infirmière psychopathe se lance à leurs trousses dans un incroyable road trip à travers les grandes étendues islandaises.Sous des dehors de roman d’aventures déjanté, Bergsveinn Birgisson nous offre ici une profonde réflexion philosophique sur nos sociétés gouvernées par les algorithmes du rendement. Il évoque de manière touchante l’amitié et la solidarité comme remparts à la dépression et à la perte de sens.Les nombreuses références aux sagas nordiques apportent une touche de légende et d’exotisme pour ne rien gâcher ! Collection Ego aux éditions Talents Hauts Une collection de romans courts pour adolescents, qui bousculent les idées reçues en abordant des thèmes intimes et de société. Des récits justes et percutants, souvent graves mais également drôles et tendres, très faciles à lire grâce à leur rythme soutenu et à leurs personnages attachants. 1. La porte de la salle de bain de Sandrine Beau : Mia, 12 ans, se réjouit de l’apparition de ses seins mais doit faire face au regard de plus en plus insistant de certains adultes… 2. En couple de Coline Pierré : Bahia, 17 ans, vit une histoire d’amour avec Milosh mais refuse de se fondre dans l’image du couple idéalisé de son entourage. 3. Corps de fille de Marie Lenne-Fouquet : Agathe, 14 ans, se passionne pour la boxe et vit son adolescence en rejetant les injonctions à paraître plus “féminine”. La Petite Romancière, la star et l’assassin De Caroline Solé Cheyenne, 15 ans, passe ses journées enfermée dans sa chambre a épier sa célèbre voisine: une jeune star de cinéma. Sa vie bascule lorsqu’un enfant disparaît et que la police mène l’enquête.Ce livre est le récit de trois interrogatoires. Trois destins croisés : une adolescente farouche et bien déprimée qui s’interroge sur le sens de l’existence, un marginal au comportement suspect et une actrice précoce qui révèle les coulisses de la célébrité.Très chouette petit roman où chaque personnage se livre lors de son explication des faits, ou comment ne pas