Sucré / Salé – 182

Sucré Gâteau aux poires et chocolat Temps de préparation : 25 minTemps de cuisson : 40 minIngrédients pour 8 personnes • 200 g de chocolat à cuire• 150 g de beurre• 120 g de sucre roux• 3 œufs• 130 g de farine• 1 cuillère à café de levure• 1 boîte de poires au sirop• 1 sachet de sucre vanillé Faire fondre le chocolat et le beurre dans une casserole. Verser dans un saladier, ajouter le sucre roux et le sucre vanillé. Bien mélanger. Séparer les blancs des jaunes d’œufs et ajouter les jaunes. Ajouter la farine et la levure et mélanger. Battre les blancs d’œufs en neige et les ajouter délicatement au mélange. Couper les poires en dés et les ajouter à la préparation. Beurrer un moule à manqué et y verser la préparation. Faire cuire 40 min au four à 180°C (thermostat 6). GRATIN DE PATATES DOUCES Salé Temps de préparation : 30 minTemps de cuisson : 30 minIngrédients pour 6 personnes • 4 patates douces• 4 pommes de terre• 20 cl de crème liquide (semi épaisse)• 50 g d’emmental râpé• Poivre• Sel• Muscade Éplucher et couper les pommes de terre et les patates douces. Les faire cuire dans de l’eau ou à la cocotte (environ dix minutes à partir du chuintement). Lorsqu’elles sont cuites, bien les égoutter. Pendant ce temps mélanger dans un saladier la crème, le sel, le poivre et la muscade. Prendre un plat à gratin, y mettre les légumes, verser la préparation dessus et l’emmental râpé. Faire cuire le gratin à 180° (thermostat 6) pendant 30 min environ. Servir avec une salade.
L’idée Livres 182

Littérature Chavirer de lola lafon Cléo qui vit entre ses parents une existence modeste en banlieue parisienne, se voit un jour proposer d’obtenir une bourse, délivrée par une mystérieuse Fondation, pour réaliser son rêve : devenir danseuse de modern jazz. Mais c’est un piège, sexuel, monnayable, qui se referme sur elle et dans lequel elle va entraîner d’autres collégiennes. Chavirée, c’est sûr, bouleversée, tout autant et comme dit l’un des personnages, je suis ressortie de cette lecture toute “tourneboulée”. Avec une force narrative et une construction originale, Lola Lafon nous embarque dans un récit poignant et inoubliable.1984, Cléo a 13 ans et rêve de devenir danseuse. Cléo est innocente, confiante, un peu fragile, un peu naïve… et surtout n’a pas appris à dire non. « Nous sommes traversés de ces hontes, un tourbillon qui, peu à peu nous creuse et nous vide, n’avoir rien dit, rien fait. Avoir dit oui, parce qu’on ne savait pas dire non. »Cléo est une victime et une proie facile mais Cléo est aussi victime du silence, de la honte, des compromis et des complicités qui l’entourent. « L’allégeance à une famille était l’acceptation d’un corpus de lois dont on découvrait qu’on les connaissait sans les avoir apprises. Dont on découvrait qu’on les appliquait. » Tout en finesse et pertinence, l’auteure dénonce les non-dits, les petites lâchetés, les familles qui s’accommodent et conjuguent savoir et oubli. « L’effacement de l’histoire était le résultat d’efforts conjoints, d’une solidarité familiale ».Sur une trentaine d’années, tel un puzzle qui se construit peu à peu, on apprend à connaître Cléo avec son témoignage et ceux qui l’ont connue, croisée et aimée. Yonasz, Lara, Betty, Claude… et Serge qui un jour lui explique que : « Le pardon n’est pas l’oubli […] que pardonner est une décision, celle de renoncer à faire payer à l’autre. Ou à soi même ».À lire absolument ! Un jour viendra couleur d’orange de Grégoire Delacourt Dans une France en proie à la révolte, Geoffroy, 13 ans, s’échappe dans un monde imaginaire. Sa pureté bouleverse ses proches, que ce soit Pierre, son père avec qui il n’arrive pas à communiquer, Louise, sa mère protectrice ou la jeune Djamila, confrontée à la convoitise des hommes. Beaucoup aimé. Une très belle écriture. Les descriptions du monde de Geoffroy sont magnifiquement rendues. Geoffroy a 13 ans, il n’est pas comme les autres, il voit le monde tel que nous devrions tous le voir. Il est dans sa bulle, dans sa folie qui n’est pas tout à fait folle. Sa relation avec Djamila est touchante, fine et juste. Pierre, son père, l’a abandonné, il n’a pas pu supporter cette différence. Louise, sa mère, fait tout pour lui, essaie de le comprendre au delà des mots, et le porte à la limite du possible. Bouleversant. nature humaine de serge joncour La France est noyée sous une tempête diluvienne qui lui donne des airs, en ce dernier jour de 1999, de fin du monde. Alexandre, reclus dans sa ferme du Lot où il a grandi avec ses trois sœurs, semble redouter davantage l’arrivée des gendarmes. Seul dans la nuit noire, il va revivre la fin d’un autre monde, les derniers jours de cette vie paysanne… Je ne m’y attendais pas… un vrai coup de cœur pour ce roman inattendu. Nous découvrons la vie d’Alexandre de 1976 à 1999, celui qui est resté, celui qui a assumé la reprise de l’exploitation bovine des parents, des grands parents… de génération en génération. Un jour, il tombe amoureux de Constanze une allemande de l’Est de passage à la ferme. Puis, il passera sa vie à attendre son retour. Pendant ce temps, le monde change et se transforme. La sécheresse, l’élection de Mitterrand, la chute du mur, Tchernobyl, le sida, la grande distribution, le téléphone, le nucléaire… et l’on se souvient que l’on a vécu tout ça… Tout en sensibilité, l’auteur nous touche par ses descriptions et ses personnages. Nature humaine est particulièrement humain, profond et émouvant. Zab
Wild Karma

MUSIQUE Wild Karma (Rockabilly, Octon / Clermont-L’Hérault) Formation Renaud (chant / guitare) Rémy (contrebasse) Ronan (batterie) Discographie The Corona Sessions (2020) Faster Louder ! (2017) Rumble Trouble (2013) C le MAG : quelles sont les nouvelles chez Wild Karma ? On devine que tout ne doit pas être facile, l’été a-t-il permis quelques sorties ? Renaud / WK :malgré la situation pour le moins compliquée, on a quand même réussi à faire une quinzaine de dates pendant l’été mais c’est mort depuis la rentrée, le groupe est depuis en stand-by comme tous nos autres projets. CLM : nos oreilles sont toujours bien informées, que sont donc ces mystérieuses Corona Sessions ? Et quid du 45 tours qui devait sortir incessamment sous peu ? WK : on a sorti les Corona Sessions pendant le confinement avec un fonctionnement un peu spécial : j’envoyais une démo à Ronan qui enregistrait une piste batterie, puis me la renvoyait. J’enregistrais alors mes prises guitares et voix, puis j’envoyais le tout à Rémy(contrebasse) qui enregistrait la sienne. Puis je mixais, tout ça sans se voir. Ces morceaux sont tous inédits, on a trouvé plus sympa d’enregistrer du neuf plutôt que de faire un énième concert retransmis sur le net qui est devenu une mode. En ce qui concerne le 45 tours, il contiendra quatre titres enregistrés près de Valence en Espagne, chez Marc du Subsonic pendant notre tournée d’octobre 2019. On est en train de démarcher des labels pour le moment, on ne sait donc pas encore chez qui ça va sortir, ni quand. Si des producteurs intéressés lisent l’article, ils peuvent éventuellement nous contacter après avoir écouté nos morceaux ! CLM : on note la présence d’invités, et bruyants avec ça, pour les Corona Sessions… WK : oui, sur All my life c’est Axelle (batteuse des Silly Walks) qui chante avec moi, on a écrit les paroles ensemble et c’est Ronan qui a composé la musique. Au passage, sur les autres morceaux, l’harmonica et le piano sont interprétés par Rémy ! Et c’est encore Axelle qui crie sur Beast in cage ! CLM : quand aurons-nous le plaisir de vous revoir sur les planches ? WK :le prochain concert aura lieu pour le Stomping à la Secret Place (Saint-Jean-de-Védas) le vendredi 6 novembre avec les Tazmen. CLM : quelque chose à ajouter ? WK : Rock’n’Roll is never too loud ! Albums disponibles à l’écoute et à l’achat à l’adresse suivante : https://wild-karma.bandcamp.com/ Ged
Adieu les cons

Cinéma Adieu les cons Film d’Albert Dupontel (France)Avec : Virginie Efira, Albert Dupontel, Nicolas Marié… Genre : Comédie | Durée : 1 h 27 En salles le 21 octobre 2020 Lorsque Suze Trappet apprend à 43 ans qu’elle est sérieusement malade, elle décide de partir à la recherche de l’enfant qu’elle a été forcée d’abandonner quand elle avait 15 ans. Sa quête administrative va lui faire croiser JB, quinquagénaire en plein burn out, et M. Blin, archiviste aveugle d’un enthousiasme impressionnant. À eux trois, ils se lancent dans une quête aussi spectaculaire qu’improbable. Depuis maintenant quelques décennies nous avons appris à « Sortir Couvert ». Qui aurait pu imaginer que ce slogan serait une 2ème fois d’actualité, pour, il est vrai, une autre partie de notre anatomie, et transformerait une bonne moitié de l’humanité en bipèdes inexpressifs. A quand un beau sourire de bienvenue à notre endroit ? Alors dans ce chaos médico-politico-médiatique du je sais que je ne sais pas, il nous reste, à nous les amoureux du 7ème art, ce lieu du rêve sans contrainte : les salles obscures avec cet immense pan de mur sur lequel nos regards vagabondent. Vive le ciné ! Pour faire la nique à cette saleté de virus, tout du moins pendant une paire d’heures, le cinéma déjanté, drôle, irrévérencieux, corrosif, tendre (et oui également !) du singulier Dupontel est, sans hésitation aucune, le remède parfait. Fan depuis la première heure, notamment de son Rambo ou de son passage du Bac, je n’ai raté aucun de ses films. Pourquoi commencerais-je ? De « Bernie » (un classique) à « Au revoir là-haut » (un chef-d’œuvre) en passant par « Le Créateur », « Enfermés dehors, « Le Vilain » et « 9 mois ferme », perso, il m’est difficile de faire un classement. Mais finalement à quoi bon, quand on aime, on ne « classe » pas ! Bon, j’avoue, j’ai un petit faible pour Maniette, la maman du Vilain dans le film éponyme, personnage burlesque quasi cartoonesque interprété magistralement par Catherine Frot. Mais hormis quelques scènes ou personnages, puisés ça et là dans sa filmographie que je pourrais citer comme mes préférés, je suis client inconditionnel de son univers hors des sentiers battus du cinéma hexagonal. Effectivement, son humour féroce et décalé de ses premiers sketches, que l’on retrouve évidemment dans ses réalisations, ne laisse pas indifférent. C’est son fonds de commerce et le consensus, à entendre ses propos, n’est pas son fort. Donc pas de juste milieu, on aime ou on n’aime pas ! Alors « Adieu les cons » ! Mais qui sont ces cons ? Ceux qui n’adhèrent pas à l’artiste qu’il est, ceux qui pourrissent la vie de tout un chacun, ceux qui ne comprennent rien à rien, ceux qui ne doutent de rien, ceux qui feraient mieux que les autres mais qui n’ont rien fait quand ils le pouvaient, ceux qui disent « il fallait… » après coup, ceux qui ne savent pas qu’ils sont forcément le con de quelqu’un, ceux qui le sont tellement qu’ils ne s’en rendent même pas compte, etc. bref, ça fait du monde ! Et le pire dans tout ça c’est que, comme le disait le grand Georges, « Quand on est con, on est con ». Même pas de vaccin !!! Côté casting, outre les habitués Nicolas Marié et Philippe Uchan (3ème film avec Dupontel pour tous les deux), l’incontournable et charmante Virginie Efira fait désormais partie de la bande à Albert. Efira que l’on ne présente plus tellement elle est à l’affiche. Depuis une dizaine d’années, elle tourne en moyenne 3 films par an. A part Depardieu ou Deneuve, je ne vois pas qui fait mieux. Voilà, tellement évident pour moi de courir voir cette histoire de cons que je n’ose même pas imaginer que ce soit « une histoire à la con » ! Bon film et sortez couvert. PARCE QUE Quatre amis décident de mettre en pratique la théorie d’un psychologue norvégien selon laquelle l’homme aurait dès la naissance un déficit d’alcool dans le sang. Du coup ça picole grave en espérant que leur vie sera meilleure… Parce que : Réalisé par Thomas Vinterberg. Réalisateur de “Festen“, un de mes films préférés qui m’a mis une claque monumentale. Depuis, je ne rate aucune de ses réalisations ! Un jeune flic trouillard et maladroit apprend à tort qu’il n’a plus que 30 jours à vivre. Dernière chance pour lui de devenir un héros au sein de son commissariat, il va se transformer en tête brûlée… Parce que : Réalisé et interprété par Tarek Boudali accompagné de ses potes Philippe Lacheau et Julien Arruti, la fine équipe de Babysitting. Une des meilleures comédies de ces dernières années. Avec en prime José Garcia en super méchant. Quatre ans après Dernier train pour Busan, il ne reste que des zombies dans la péninsule. Un groupe de soldats forcés d’y retourner découvrent que des survivants non contaminés se sont regroupés dans une bande bien plus dangereuse que les zombies… Parce que : Je n’ai pas vu “Dernier train pour Busan“, en revanche, j’ai lu un maximum de critiques dithyrambiques à son sujet et notamment sur la virtuosité du réalisateur (Sang-Ho Yeon). Je demande donc à voir. D’abord «…Busan » et sa suite dans la foulée. Tout sourit à Audrey et Jérôme. Ils ont trois merveilleux enfants et leurs métiers les passionnent. Le temps d’un week-end, ils partent chacun de leur côté… avec leurs amants respectifs. Sauf qu’ils ont la même idée : aller dans leur maison de campagne… Parce que : A vrai dire, au feeling tout simplement. J’ai vu la BA, je l’ai trouvée plutôt cool et par les temps qui courent, un petit vaudeville sur l’adultère (presque un pléonasme !) ça ne peut pas faire de mal. Ah si, il y a Elsa Zylberstein, une de nos meilleures actrices, solaire, pétillante, charmante, etc. Claude Bermejo
Le Retour des Boutures

Nature Le retour des boutures L’histoire d’Ecosud donne envie de se projeter dans quelques décennies pour imaginer un monde où Fabien Hanaï, jeune patron visionnaire, Arnaud Million son directeur technique, deux semeurs d’espoir qui œuvrent à la transition écologique, auraient gagné la partie. Qui sait ? Leur projet de relocaliser la production de végétaux pour sauver la biodiversité d’un désastre annoncé pourrait figurer dans le recueil de contes et légendes du monde d’avant que nous aurions plaisir à lire à nos petits-enfants pour qu’ils se souviennent que 30/40 ans plus tôt, au moment où la planète, la faune, la flore et nous-mêmes courrions à notre perte, des gens ordinaires avaient su baliser le chemin vers le monde d’après. « Oui, raconte-nous encore l’histoire du jour où les arbres se sont remis à parler occitan ! », diraient les enfants qui adorent les héros ordinaires qui font des choses extraordinaires. « Eh bien cette histoire a commencé l’année de la Covid et du confinement. Imaginez les enfants, toute l’humanité arrêtée en même temps comme un seul homme, c’était une occasion en or pour la Nature de se dégourdir un peu les jambes. Après cet épisode, même les gens qui avaient oublié ce qu’était la Nature se sont mis à la redécouvrir. C’est à ce moment que leur projet s’est mis à les intéresser ». Fabien, l’homme qui veut sauver la biodiversité, comme Arnaud, qui l’a rejoint dans l’aventure, ne m’en voudront pas de magnifier ce récit voire d’y mettre une touche de fantastique. Gageons qu’au même titre que Greta Thunberg, la jeune militante écologiste suédoise engagée dans la lutte contre le réchauffement climatique, ils seront des exemples pour les générations futures. Sans avoir l’aura d’une Greta, vouloir réapprendre l’occitan aux arbres, n’est-ce-pas déjà extraordinaire ? Dans la réalité, leurs arbres ne parlent pas. Ils ne pourraient pas vu leur taille. Ce ne sont que de minuscules boutures prélevées dans des espaces naturels protégés, destinées à être élevées en serre puis replantées sur le même territoire.Vous ne voyez rien d’héroïque à cela ? Sauf si je vous dis que le marché des végétaux s’est mondialisé et qu’on ne vend pratiquement plus dans l’Hérault que des plants made in Portugal ou Italie. Retour vers le local A ce moment de l’histoire, Fabien entrerait en scène, par la petite porte parce qu’en 2020 il n’est encore que le jeune patron d’une start-up qui a raflé toutes les aides publiques accordées aux projets innovants et levé 400 000 euros supplémentaires pour déployer son projet sur tout l’Arc méditerranéen.Sa société Ecosud vient d’installer à Lodève son deuxième site de production en France. Le premier est situé à Loriol-du-Comtat, près de Carpentras, dans le Vaucluse. C’est le tout début de son aventure. A ce moment de l’histoire, Fabien entrerait en scène, par la petite porte parce qu’en 2020 il n’est encore que le jeune patron d’une start-up qui a raflé toutes les aides publiques accordées aux projets innovants et levé 400 000 euros supplémentaires pour déployer son projet sur tout l’Arc méditerranéen.Sa société Ecosud vient d’installer à Lodève son deuxième site de production en France. Le premier est situé à Loriol-du-Comtat, près de Carpentras, dans le Vaucluse. C’est le tout début de son aventure. Quatre ans auparavant, Fabien travaille encore dans le milieu de l’horticulture. Et partout où il passe, il entend le même discours. Responsables d’espaces verts, agriculteurs, associations de défense de l’environnement, pépiniéristes indépendants se plaignent des effets désastreux de la mondialisation sur la biodiversité. Les raisons de ce désastre écologique ne sont pas seulement imputables au changement climatique. Depuis des années, l’importation massive de plants sélectionnés pour leur rapidité de croissance, leur coût, leur esthétisme a produit des dégâts considérables. Ces clones ne sont au mieux pas adaptés à nos écosystèmes au pire nuisibles. Beaucoup meurent, sont trop exigeants en eau ou trop pauvres en pollen, invasifs et/ou porteurs de maladies mortelles. Les grandes épidémies comme le Xylella fastidiosa, une bactérie mortelle pour 200 espèces végétales, ont été introduites par ces brassages de populations végétales. l’importation massive de plants a produit des dégâts considérables Des végétaux venus d’ailleurs Cette aberration interpelle Fabien. Pendant quatre ans, il va beaucoup bosser, étudier, travailler avec des botanistes, scientifiques, labos partenaires, utilisateurs finaux afin de créer sa marque, Cérès, en capacité de fournir aux collectivités locales des végétaux 100% locaux-compatibles c’est à dire prélevés, élevés à moins de 50 km de là où ils seront utilisés. « Cérès, ont dit à Fabien les communicants de l’accélérateur de start-up où Ecosud est en couveuse, c’est la déesse de l’agriculture. Une valeur sûre ». Son idée de relocaliser la production de végétaux n’est pas inédite. Au même moment, des scientifiques connus comme le botaniste Francis Hallé, spécialiste des plantes tropicales, lancent le projet de faire renaître en Europe de l’Ouest une forêt primaire, qui grandirait sans aucune gestion humaine. Cependant Fabien est un des premiers à imaginer le moyen de le faire sur une grande échelle, grande comme son enthousiasme communicatif. Un an après sa mise en route, son projet a déjà séduit l’Hérault, le Vaucluse, le Gard, une partie des Pyrénées, l’Ardèche, la Lozère qui lui ont alloué 70 sites de prélèvement dans des espaces naturels protégés où il travaille, précise-t-il, sans impacter le milieu naturel. Quatre années de recherche lui ont permis de mettre au point une méthode pour prélever « mieux et le moins possible ». Prélever mieux et le moins possible C’est sur un de leur site de prélèvement que je les rencontre en octobre 2020. Fabien et Arnaud m’ont envoyé en guise d’invitation des coordonnées GPS. L’appli m’indique 45 min de route jusqu’au barrage des Olivettes. Après le lac du Salagou, la forêt se densifie. Comme prise en étau, la route devient plus sinueuse laissant la végétation s’expanser. Nous sommes sur les terres du département de l’Hérault, un des premiers à s’être engagé pour le projet Cérès. Passés quelques virages, je perds ma trace GPS mais finis par repérer en bord de route, leur drôle d’équipage. Sur une bâche, ils ont installé leur campement d’un jour. Le soleil est
La vie aux frousses

PHILOSOPHIE La vie aux frousses Avril 2020 une étude de l’université de Harvard préconise des mesures de distanciation sociale jusqu’en … 2022 : ne plus se toucher, ne plus se serrer les mains, garder une distance entre un et quatre mètres. Une véritable révolution qui risque de devenir une routine déroutante ! Cela sur fond d’angoisse d’un virus, un ennemi invisible qui se joue de l’extrême sophistication de nos sociétés. Quelle est la nature de cette angoisse ? Une angoisse se distingue de la peur dans le sens où elle n’a pas besoin d’un objet précis pour se nourrir. Elle peut se diffuser sans réel motif, nous empêchant de respirer. Cette angoisse fondamentale, celle de mourir. Mourir trop tôt, trop bêtement, de manière injuste ; ce coronavirus laisse se diffuser cette angoisse : à la fois peu de chance d’en mourir et en même temps trop de risques pour le négliger. L’angoisse de la mort nous structure dans nos comportements. Cela me fait immédiatement penser à un roman d’anticipation américain, Face aux feux du soleil d’Isaac Asimov qui met en scène une planète où plus aucun être humain n’est en contact. Les seuls contacts se passent via des hologrammes, c’est-à-dire des visio-consultations comme il commence à se développer avec nos médecins. Lorsqu’un policier, Elijah Baley aidé par son « ami » robot R. Daneel Olivaw, doit aller enquêter sur cette planète appelée Solaria, les robots lui construisent une maison qu’ils détruiront après son départ. Pas de contamination. Plus de relations humaines charnelles, sauf de manière contrôlée pour la reproduction. Plus d’enfants qui jouent ensemble. Plus de confinement avec ces enfants qui sont élevés dans des fermes d’élevage. Conséquences : chacun vit avec ses propres robots. Il n’y a plus de maladie. Plus de meurtre. Pas de police. Une liberté au cœur d’un isolement rigoureux. Pas de violence car les robots ne peuvent pas justement faire du mal aux êtres humains. Plus de pudeur non plus, car en présence uniquement virtuelle, le regard de l’autre est devenu moins pesant. A l’inverse sur Terre, les habitants vivent reclus sous de grands dômes avec une lumière artificielle, dans une promiscuité et un rationnement perpétuel, traumatisés et allergiques à tout rapport avec la nature (les microbes, les bactéries, les virus?). Ce monde lointain, dans tous les sens du terme, est-il une projection pertinente pour réfléchir au monde qui nous attend ? La présence des robots et des intelligences artificielles qui nous permettent de nous éloigner des autres tout en étant toujours joignables, cette peur de tout ce qui est naturel, cet isolement de plus en plus prégnant ? Est-ce que nous ne retrouvons pas là en germe ce que notre époque nous propose ? A la fois l’angoisse d’être contaminé et l’indifférence dans la mort en série dans les eaux de la Méditerranée. En 1927, Martin Heidegger, philosophe allemand majeur du siècle dernier, faisait dans Être et Temps une analyse du sens de l’existence à partir de la question du souci de la mort. Il a cherché à comprendre cette relation que nous avons avec la mort non comme événement mais comme phénomène. La question que pose cet événement majeur qu’est la pandémie, le confinement et l’arrêt des économies par des États entiers est difficile à cerner. Un événement est juste la rencontre de plusieurs suites causales indépendantes et ce qui le caractérise c’est son caractère indépendant. Le penser et lui donner du sens relève souvent d’une gageure car non seulement son surgissement est imprévisible mais ses conséquences le sont tout autant. Nous pouvons lire dans les journaux des éditoriaux de tous poils expliquant – en fonction de leurs idéologies – que cette pandémie est le signe de la fin du capitalisme néolibéral, la preuve d’une urgence climatique, la nécessité de la fermeture des frontières à tout étranger, etc. Mais tout compte fait personne ne peut le dire. Il faudra du temps et de l’humilité pour réfléchir aux tenants et aboutissants de l’événement Covid-19. C’est la raison pour laquelle je propose plutôt de penser le phénomène « pandémie ». Un phénomène n’est pas un événement. Il est plus profond, plus prégnant, plus long dans le temps et toute une école de philosophie au vingtième siècle s’est fait la spécialité de son étude, la phénoménologie. Cette société mondiale qui accepte dans son immense majorité de se confiner pour éviter d’être infectée par le coronavirus nous offre à voir un phénomène hors norme. De quoi ce phénomène est-il le nom ? Martin Heidegger, dans Être et Temps, chap. II, § 7 donne une explication très claire de ce que cela peut être : le phénomène est ce qui se montre, ce qui se manifeste. Il est aussi ce qui est amené à la lumière, à la transparence, à la clarté. Le phénomène est ce qui se-montrant-de-soi-même. Mais le phénomène c’est ce qui a l’air de, le « semblable, le semblant. Ce qui en a l’air mais qui en réalité n’est pas ce pour quoi il se donne. Et ces deux significations nous permettent de construire une réflexion : « Ce n’est donc que dans la mesure où une chose quelconque prétend, selon son sens, se montrer, c’est-à-dire être phénomène, qu’elle peut se montrer comme quelque chose qu’elle n’est pas, qu’elle peut « avoir seulement l’air de… ». Le phénomène peut aussi être un ap-paraître, c’est-à-dire un symptôme d’une maladie plus profonde, cachée, qui elle n’apparaît pas, est invisible mais active, souterraine, qui « s’annonce à travers quelque chose qui se montre ». En d’autres mots, le phénomène est souvent annonciateur d’autres événements qui sont plus profonds. l’angoisse de la mort nous structure dans nos comportements En l’occurrence, Heidegger va expliquer que derrière cela il y la question du sens de l’être qui se pose, question qui prend son sens. Selon lui l’homme est un Dasein (en allemand, être-là) c’est-à-dire un être qui est jeté dans l’existence sans le vouloir et dont cette existence prend du sens par rapport à la mort. La mort est la fin d’une existence dans les deux sens du terme, celui d’une finalité et celui d’une fin. Mais
