Sucré / Salé – 183

Sucré TIRAMISU À la Mangue Temps de préparation : 20 minTemps de repos : 2 heuresIngrédients pour 4 personnes • 250g de mascarpone• 1 grosse mangue• une quinzaine de spéculoos• 30g de sucre• 2 œufs• 20cl de jus de fruits• Extrait de vanille • Chocolat noir en poudre Éplucher et couper la mangue en petits morceaux. Séparer les jaunes des blancs d’œufs et les battre en neige. Ajoutez le sucre aux jaunes et mélanger jusqu’à ce que la préparation commence à blanchir. Mettre le mascarpone et fouetter le tout avec un batteur. Ajouter les blancs en neige à la préparation. Séparément, mélanger le jus de fruits avec l’extrait de vanille. Dans 4 verres déposer une couche de la préparation à l’aide d’une poche. Au-dessus, déposer quelques morceaux de mangue, ainsi que les spéculoos trempés dans le jus de fruits. Renouveler les étapes et finir par le mascarpone. Disposer les verrines au frigo pendant au minimum 2h. Avant de servir saupoudrer de chocolat. Velouté aux asperges vertes Salé Temps de préparation : 35 minIngrédients pour 4 personnes • 800g d’asperges vertes• 400g de pommes de terre farineuses• 1 oignon doux• 4 brins de cerfeuil• 50g de beurre• 1 bouillon de volaille• 1 cuil. à soupe Huile d’olive • Sel, poivre Émincer finement l’oignon, couper les pommes de terres en petits dés, peler les asperges et les couper en petits tronçons. Faire dissoudre le bouillon dans 75 cl d’eau bouillante. Dans une cocotte, faire blondir les oignons avec le beurre. Ajouter les pommes de terre et les asperges, mélanger. Verser le bouillon de volaille, saler et poivrer. Laisser mijoter 30 min à couvert. Mixer la soupe, ajouter quelques gouttes d’huile d’olive et du cerfeuil ciselé. Servir bien chaud.

L’idée Livres 183

Littérature LES TROIS FENÊTRES de Jean-marie Nicolle Jean Marie Nicolle est un philosophe, spécialiste du penseur du quinzième siècle, Nicolas de Cues. Dans cet ouvrage, il s’interroge sur la notion métaphorique de la fenêtre à travers trois étapes : le temple, le tableau et nos écrans connectés. C’est donc à la fois un voyage intellectuel dans l’évolution des intermédiaires entre nous et le réel, entre l’Antiquité et aujourd’hui, mais aussi une réflexion sur l’attitude que nous devrions avoir face à ces “fenêtres” sur le monde envahissantes que sont les smartphones. Comment rester indépendant ? Des pistes sont proposées. Lire un ouvrage de philosophie est toujours stimulant, surtout lorsqu’il s’intéresse à nos vies quotidiennes. Celui-là va au-delà : il nous propose d’abord de revenir sur ce qui a fondé les premières fenêtres spirituelles avec les temples de l’Antiquité et de la chrétienté, puis ce que l’invention de la perspective a permis à partir du quinzième siècle : la naissance du sujet qui interprète le monde. Mais là où le livre devient vraiment mordant, c’est dans son analyse de l’impact de l’informatique (c’est-à-dire le traitement de l’information et non la maîtrise des connaissances) et surtout l’emprise des géants du net dans nos existences, pillant et revendant des informations sur nos vies privées. Le livre est d’autant plus stimulant qu’il est clair et assez court pour ne pas perdre ceux qui redoutent la lecture des livres de philosophie. Il donne l’impression de s’endormir moins bête une fois refermé car il a le souci de donner des conseils pratiques pour échapper à l’hydre qu’est devenue Internet. LE SILENCE DE LA VILLE BLANCHE de Eva García Sáenz de Urturi Dans la cathédrale de Sainte-Marie à Vitoria, un homme et une femme d’une vingtaine d’années sont retrouvés assassinés, dans une scénographie macabre : ils sont nus et se tiennent la joue dans un geste amoureux alors que les deux victimes ne se connaissaient pas. Très belle découverte. Un démarrage original, une suite captivante et un final à la hauteur. Des personnages forts et attachants, une découverte des coutumes basques et visite du pays sans ennui, que demander de plus ? : Que ce cinquième roman de l’auteure (mais premier roman traduit en français), soit le début d’une longue série ? Oui ! Ce lien entre nous de David Joy Le point de départ de Ce lien entre nous est le meurtre accidentel de Carol Brewer par Darl Moody, alors qu’il braconne. Celui-ci va paniquer et cacher le corps avec l’aide de son meilleur ami. Le frère du défunt, connu pour sa violence, aura vite fait de remonter la piste des deux hommes… David Joy est un jeune écrivain américain et Ce lien entre nous est son troisième roman. Ses livres se déroulent tous dans la région des Appalaches, territoire vaste et hostile, et mettent en scène des personnages ordinaires, souvent d’origine modeste et en proie à des addictions, dans des situations extrêmes. David Joy explore les limites de notre humanité dans un style percutant, le rythme est implacable et s’accélère jusqu’au dénouement final. Un roman très noir mais également très touchant, dont l’ambiance et les personnages nous hantent longtemps après avoir tourné la dernière page. Dr.Stone de riichiro Inagaki et Boichi Senku réalise une expérience dans la salle de chimie de son école. Son meilleur ami Taiju est sur le point d’avouer ses sentiments à Yuzuriha. Mais avant qu’il ne puisse faire quoi que ce soit, tous les humains de la planète sont instantanément transformés en statues de pierre. 3700 ans plus tard, Senku se réveille mystérieusement. Il découvre une terre où la nature a repris ses droits, où la technologie a disparu et où la science a été oubliée. Mais pas pour Senku, lui qui construisait des fusées miniatures à 6 ans. Après avoir réussi à “dé-pétrifier” ses amis, il décide de reconstruire une civilisation nouvelle à l’aide des méthodes scientifiques.Nombreuses sont les péripéties et les défis que nos héros devront relever. Les rencontres ne cesseront pas de nous surprendre et l’intrigue nous tiendra en haleine sur toutes les planches de chacun des tomes. Des personnages attachants aux personnalités variées, dans un monde improbable dévasté par le temps… KOMODO de David Vann Sur l’invitation de son frère aîné Roy, Tracy quitte la Californie et rejoint l’île de Komodo, en Indonésie. Pour elle, délaissée par son mari et épuisée par leurs jeunes jumeaux, ce voyage exotique laisse espérer des vacances paradisiaques : une semaine de plongée en compagnie de requins et de raies manta. Ça débute comme une comédie grinçante. Tracy, à cran, envoie des répliques cinglantes à chaque dialogue. Le frangin et la mère en prennent plein la poire et nous, nous rions un peu jaune. Règlement de compte, passé mal digéré, tout est effacé lors des plongées. Le dépaysement, la splendeur des fonds, la faune aux milles couleurs et aux milles dangers potentiels. Spectacle magnifique et reposant… jusqu’au drame.L’auteur, d’une main de maître, alterne les ambiances sans jamais nous lâcher. On est sur un fil tendu à l’extrême prêt à basculer à tout moment comme l’héroïne. Suffocant. JOUEUSE de Benoît Philippon Maxine propose à Zack (joueur de poker professionnel comme elle ) une alliance contre un concurrent redoutable. Piège ou vengeance… Zack n’en sait rien. Mais comment résister à la tentation du jeu ? Le défenseur des femmes opprimées a encore frappé ! Après l’excellent Mamie Luger, l’auteur nous embarque dans une histoire de vengeance avec efficacité et toujours beaucoup d’humour.Maxine joueuse de poker émérite rencontre Zack tout aussi bon joueur et roi de l’arnaque avec son pote Baloo. Le trio a en commun un passé douloureux et le même désir d’en découdre. C’est parti pour l’aventure ! Plaisant, percutant, émouvant… A ne pas rater. Du tout au tout d’Arnaud Le Guilcher Pierre a un problème, il est atteint depuis toujours d’épanchement lacrymal dès qu’il est confronté à la beauté, ce qui lui vaut d’être embauché par la société Poséidon, sorte de bric-à-brac d’artistes et de professionnels du monde de l’art, chapeauté par le joyeux et bienveillant

Nika Leefgang Project

MUSIQUE Nika leefgang project Grungy pop / rock / Clermont l’Hérault   Formation Nika Leeflang (chant, guitare) Romain Preuss (guitare, chœurs) Aymeric Severac (basse, chœurs) Yannick Gomez (batterie) Discographie 7 songs (2009) Hey right ! (2017) Bad sunday (2021) ©Simon Quenu Mine de rien, depuis 7 songs, cela fait plus de douze ans que l’on suit Nika et ses multiples projets. On l’avait laissée partir chanter en tournée avec les LIMIÑANAS, alors qu’elle avait aussi sorti de son côté un EP (Hey right!) manière de donner signe de vie, mais voilà que soudain le disque nouveau atterrit en 2021 (franchement ces dates, on dirait de la science-fiction, la situation apocalyptique y mettant du sien pour se la jouer dystopique…), sans crier gare et après bien des péripéties, la chose était là, dans la boîte aux lettres ! Si le dimanche, c’est écrit, était mauvais, le lundi s’annonçait prometteur avec ce PROJECT se dévoilant enfin via des baffles qui attendaient ça depuis un bon moment. Et pour la première fois le format est considéré comme un longue-durée, de quoi plonger plus profondément dans l’univers de la formation née récemment autour de l’aimant Nika. La voix d’or clermontaise d’origine néerlandaise nous fait encore le coup de la lascivité irrésistible, tandis que sa guitare rappelle qu’elle vient – et y reste fortement ancrée -, du rock. Particulièrement celui de cette charnière pop / noisy / grungy liant années 1980 et 90, les PIXIES, PJ Harvey, Beck, BREEDERS, mais on croise d’autres fantômes (celui de Gainsbourg semble planer au-dessus de l’introductif Bad sunday tandis que le psychédélisme hanterait presque les superbes Never tell it et Old stones). On n’a toujours pas choisi si on préférait les paroles en français ou en anglais, ces deux facettes se montrent complémentaires et possèdent chacune un charme particulier, un peu comme chez MADEMOISELLE K avec qui le groupe de Nika partage ce don pour imprimer ses morceaux dans les crânes sans user de facilité, sans hésiter à se montrer piquant. ©Simon Quenu L’enfermement généralisé n’a pas inspiré à Nika que des chansons guillerettes, loin s’en faut, mais on recommande malgré tout ce très bon Bad sunday, fenêtre atypique et authentique vers ce que pourrait être le monde si on se retrouvait dans la peau de l’artiste, fine observatrice du climat, de ses contemporains, elle se livre aussi personnellement sans que le disque ne tourne à l’auto-thérapie, on y voit plus un carnet de pensées posées sur papier, un chapitre-carte postale envoyant de douces pensées malgré des déconvenues inhérentes au show-business. Nika prouve qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même : bien ouèj !    Cette fois-ci la distribution de l’album est assurée par M.A.D / [PIAS], les commandes sont donc aussi possibles auprès de votre disquaire (acheter des disques, c’est soutenir la culture !). Ah et puis tiens, au passage, les amateurs de clips vidéo devraient fureter sur Youtube…! Ged

Chaos Walking

Cinéma Chaos Walking Film de Doug Liman (USA) Avec : Tom Holland, Daisy Ridley, Mads Mikkelsen… Genre : SF, Action | Durée : 1 h 49 | En salles le 16 juin 2021 Dans un futur proche, les femmes ont disparu. Le monde de Todd Hewitt n’est habité que par des hommes, et tous sont soumis au Bruit, une mystérieuse force qui révèle leurs pensées et permet à chacun de connaître celles des autres. Lorsqu’une jeune femme, Viola, atterrit en catastrophe sur cette planète, elle s’y retrouve en grand danger… Todd jure de la protéger, mais pour réussir, il va devoir révéler sa force intérieure et percer les sombres secrets qui étouffent son monde… Le chaos en marche, ça ne s’invente pas ! Bon, chaos n’est peut-être pas le mot idoine pour qualifier la période “quelque peu” trouble que nous traversons (mon optimisme me perdra !), mais il faut reconnaître que c’est tout de même le grand bazar. Alors, en quête d’un film pour ma rubrique ciné, tombé sur ce titre, après un rictus mi-moqueur, mi-étonné, je me suis dit banco, je le tiens. Clics par ci, clics par là et paf, re-rictus mi-moqueur, mi-étonné. Ce film est du pain béni en cette époque “formidable” que nous vivons. Non seulement, il y a quelque chose de gentiment prémonitoire dans le titre mais en plus le postulat du scénario est un pied de nez au chamboulement sociétal qui occupe le devant de la scène médiatique ces derniers temps. Évidemment, l’intolérable ne doit plus être toléré et la gent féminine a tout mon soutien mais point trop n’en faut. L’amalgame est un chemin risqué ! Bref, venons-en au fait, l’histoire se déroule dans un monde sans femmes. Adieu #MeToo et tous ses dérivés, bonjour #MecToo. Forcément ça bugge également entre mâles. Et puis un jour, tombée du ciel, arrive une femme dans cet univers testostéroné. J’imagine ou plutôt je vous laisse imaginer… Qui n’a pas connu l’arrivée d’une demoiselle dans une bande de quelques potes pourtant si soudée : Le chaos ! LOL. Sincèrement, il est vrai que nous pouvons devenir très cons !!! Mais revenons au film. Saga dystopique (terme très en vogue qui définit un univers futuriste où “tout le monde il est méchant” contrairement à un univers utopique où “tout le monde il est gentil”) adaptée du livre “La voix du couteau”, premier roman de la trilogie éponyme de l’auteur américain Patrick Ness. Evidemment, si succès il y a, suivront les tomes 2 & 3 : Le cercle et la flèche et La guerre du bruit. Gros carton mondial en librairie au demeurant. Aux manettes, Doug Liman, réalisateur habitué aux blockbusters qui affolent le Box-Office. Alors… À son palmarès conséquent, nous trouvons, La mémoire dans la peau, Mr. & Mrs. Smith, Jumper… Devant la caméra un acteur qui assure grave, Mads Mikkelsen (Pusher 2, Polar, Drunk), Tom Holland (Le nouveau Peter Parker dans Spider-Man) et Daisy Ridley (Rey dans Star Wars depuis 2015).  Évidemment, la date de sortie est informelle. Par les temps qui courent, prévoir est du ressort d’une bonne lecture dans le marc de café plutôt que le résultat de statistiques mathématiques éprouvées. Prenez soin de vous ! PARCE QUE Gustave Eiffel est au sommet de sa carrière. Le gouvernement français veut qu’il crée quelque chose pour l’Exposition Universelle de 1889 à Paris, mais Eiffel ne s’intéresse qu’au projet de métropolitain. Tout bascule lorsqu’il recroise son amour de jeunesse… Parce que : Même pas vu la BA mais le sujet m’intéresse. Donc au feeling et Romain Duris tout de même. Tout le monde s’entendait pour dire que Cassie était une jeune femme pleine d’avenir… jusqu’à ce qu’un événement inattendu ne vienne tout bouleverser. Elle est aussi intelligente que rusée, séduisante que calculatrice et mène une double vie dès la nuit tombée. Parce que : Carey Mulligan (Une éducation, Shame, Gatsby le magnifique, The Dig) en #MeToo puissance 10. Histoire vraie de Mohamedou Ould Slahi, un Mauritanien que son pays a livré aux États-Unis, alors en pleine paranoïa terroriste à la suite des attentats du 11 septembre 2001. L’homme a passé des années en prison sans inculpation ni jugement. Il a retrouvé la liberté en 2016. Parce que : Tahar Rahim (Un prophète) & Jodie Foster. L’histoire m’a bouleversé. Paris 2020. Dans une société où les surhommes sont banalisés et parfaitement intégrés, une mystérieuse substance procurant des super-pouvoirs à ceux qui n’en ont pas se répand. Les incidents se multiplient… Parce que : Un film de super-héros made in France avec un casting qui tient la route (Pio Marmai, Benoît Poelvoorde). Forcément, je veux voir, après… Claude Bermejo

Des maths à la tomate

Portrait Des maths à la tomate Alexandre Grothendieck est mort le 13 novembre 2014, dans le plus strict anonymat, à l’hôpital de Saint-Girons. Peut-être ce nom compliqué à retenir ne vous évoque-t-il rien ? C’est normal : celui que l’on considère aujourd’hui comme le plus grand mathématicien du XXe siècle avait disparu 23 ans auparavant sans laisser d’adresse, fuyant les honneurs, refusant les prix, renonçant à des gains faramineux, des titres ronflants. Il avait décidé de finir sa vie en misanthrope dans un village de l’Ariège.  Que son nom vous soit inconnu ou non, ses travaux sont à l’origine des plus grands outils de communication de notre époque, le numérique, le téléphone portable, Internet, même s’ils restent hors de portée pour qui n’a pas un solide bagage. Cédric Villani, le plus médiatique de nos médaillés Fields (l’équivalent du prix Nobel pour les mathématiques), affirme qu’il lui faudrait cinq ou six ans pour en comprendre la portée. C’est dire. Si je vous raconte son histoire c’est qu’elle nous mènera bientôt à Olmet et Villecun, pas très loin de Lodève, où celui qu’on compara à Einstein vécut au début des années 1970. Il avait le monde des mathématiques à ses pieds. Il va lui préférer les terres arides du Salagou, devenant radicalement écologiste, avant de se réfugier dans une vie spirituelle qui le coupera du monde des hommes. au bout de quelques mois, il s’est retrouvé seul sur ses 80 hectares Pascal Poot, le Grothendieck de la semence  Ce matin de mars 2021, Pascal Poot est quelque part sur son tracteur, et au téléphone, la perspective d’une visite ne l’enchante pas. « Vous ne pouvez pas attendre qu’il pleuve pour monter ? ». Comme Grothendieck, Pascal se passerait aisément du commun des mortels, des questions bêtes, des réponses toutes faites. Avec sa femme Rachel, ses filles, une équipe réduite, il cultive d’arrache-pied 150 variétés de tomates anciennes, autant de légumes. Des chèvres, des chevaux, et un mode de vie plus proche de celui de ses ancêtres qui ne se seraient peut-être pas accrochés à une terre si aride. Lui si. Ses semences anciennes cartonnent sur Internet, une notoriété qui lui vaut de doubler ses ventes chaque année. Quand la production peut suivre. Destinée en majorité à de petits revendeurs bio qui achètent ses graines par correspondance, elle nécessite un travail gigantesque d’expérimentation, de sélection, de récolte, tri, stockage, commercialisation. Mille manipulations pour quelques bras seulement. Sur ses vidéos, devenues virales, Pascal Poot campe un Alexandre Grothendieck de la semence tout à fait vraisemblable ; même look débraillé, barbu, bonnet vissé sur le crâne. Paysan, autodidacte, il déconcerte en parlant couramment d’astrophysique et de physique quantique. Pour expliquer l’incroyable résistance de ses semences élevées à la dure, en plein air, sans eau, sans produits phytosanitaires, il échafaude des hypothèses à contre-courant de ses contemporains, dans lesquelles le langage des plantes joue un rôle essentiel. Lui les comprend parfaitement et plaint votre plante verte. « Est-ce que t’as envie d’écouter quelqu’un qui t’écoutera jamais ? La communication marche dans les deux sens, moi je les entends, même à distance », dit-il en guise d’explication.  J’étais montée voir l’exploitation et le bonhomme pour la première fois en décembre dernier, j’avais pu mesurer le monde qui nous séparait, lui relié à une terre acquise par ses parents dans les années 60 alors qu’elle ressemblait encore à celle qui borde le Salagou, « une garrigue, chênes verts, cistes, thym, genêts et chardons sur 5 à 30 cm de terre et de caillasse posées sur du rocher. La pluie ? Euh… ça arrivait, rarement ». Le terrain de 80 hectares descendait jusqu’à l’emplacement de la centrale électrique. « Ça ne valait rien à l’époque. Le prix d’une 2 chevaux. Tout le monde foutait le camp à la ville, tout était à l’abandon ». Aujourd’hui il vit là, dans une maison qu’il a construite de ses mains, autosuffisante énergétiquement, – il n’a jamais payé un sou à EDF – qui respire la décroissance et le fait main. Autour d’un feu, d’un café rebouilli, l’histoire d’Alexandre Grothendieck peut commencer. Ici même, il avait construit un temple dans les années 70, un véritable temple bouddhiste, en croûte d’acajou, rapportée du port de Sète sur le toit de sa 4L. La croûte est restée.  © Ali Arkady / Vii photo A l’école de la vie Il se souvient du bonhomme. Il l’a fréquenté, a été longtemps copain avec un de ses fils, Mathieu, a bien connu Mireille, la femme avec laquelle il aura quatre enfants. Ils étaient déjà séparés. Elle vivait à Lodève. Grothendieck était arrivé par l’intermédiaire des parents de Pascal, fabriqués dans le même moule, celui du retour à la terre, des communautés. Préférant migrer vers des contrées moins arides, dans le Cantal, les Poot avaient cédé leurs terres à des copains. Il y avait parmi eux des étudiants de Grothendieck. Le mathématicien allait les rejoindre. Il venait de recevoir la médaille Fields, en 1966, pour ses travaux en géométrie algébrique. Déjà, il s’affichait comme un insoumis, refusant d’aller chercher son prix à Moscou, en soutien à deux intellectuels condamnés aux camps pour avoir publié des textes en Occident. L’urgence écologique le questionnait. Il avait donné une série de conférences aux Etats-Unis, affichait ouvertement son soutien au Vietnam, revendiquait son anti-militarisme. En 1970, l’année où la rupture est consommée, il démissionne de l’IHES, l’Institut des Hautes Etudes Scientifiques, apprenant qu’il est financé en partie par les militaires. Il comprend aussi que ses travaux ont servi à fabriquer la bombe atomique. Survivre et Vivre  Pascal Poot se souvient d’avoir vu débarquer quelqu’un qui ne connaissait pas grand-chose à la terre. Un jour, il a voulu boire de l’eau qui sortait d’une paroi, « c’est naturel, c’est bon », disait-il. « Il y a des mines de plomb dans les parages », lui répond Pascal. « J’ai quand même réussi à lui faire comprendre qu’il valait mieux s’abstenir ».  Alexandre ne vit pas sur le terrain. Il s’installe dans une maison à Olmet. Il fait attention à tout ce qu’il mange, est particulièrement sensible à la qualité bio de

Qu’est-ce que le génie en art ?

PHILOSOPHIE La vie aux frousses 1) Introduction Pierre Soulages est aujourd’hui le peintre phare de ce début de vingt-et-unième siècle. Il est qualifié souvent de génie pour sa maîtrise du pigment noir et de la lumière qui s’y reflète. Pierre Soulages explique lui-même comment il a produit ce procédé qui l’a rendu célèbre : « J’étais un jour en train de peindre et je me morfondais devant ce que j’étais en train de faire. Je l’ai souvent raconté. Ça se passait en 79, je devais poursuivre probablement un tableau comme je pensais en avoir réussi quelques uns, je me désolais, cependant je continuais à travailler ; après plusieurs heures de travail là-dessus, je me suis arrêté, pensant d’ailleurs qu’il y avait quelque chose qui se produisait qui était beaucoup plus fort que mes intentions puisque, malgré l’idée que j’avais de rater un tableau, je continuais. J’étais fatigué, épuisé même, je suis allé dormir quelques instants et je suis retourné voir ce que je faisais, et c’est à ce moment-là que je me suis aperçu que je faisais une autre peinture, une peinture où le noir n’était plus noir. Il était noir aussi, mais je faisais une peinture où la réflexion de la lumière sur des états de surface était la chose qui comptait le plus. Et c’est pourquoi je l’ai d’abord appelée “noir lumière” avant d’avoir l’idée d’inventer le terme “outrenoir” qui la désigne à présent. »1  J’ai beaucoup de mal avec cette fascination pour le noir. C’est certes très subjectif, mais je n’ai jamais été subjugué par le travail de Soulages. Néanmoins dans ce cours texte, il nous donne des éléments très intéressants pour comprendre en quoi son travail peut être considéré comme génial. Tout d’abord ce ne fut pas une découverte intentionnelle, cela a surgi presque malgré lui ; puis il sentit que le travail devait continuer de manière inlassable ; enfin il vécut cela comme une forme de reconnaissance d’autre chose que ce qu’il voulait réellement faire. Ces trois dimensions semblent être l’apparat du génie, c’est-à-dire à la fois le créateur qui fait surgir du néant ce qui n’existait pas auparavant et qui s’impose comme une évidence aux autres, mais aussi le génie qui serait un esprit au-dessus de l’artiste pour le guider et rendre exceptionnel son art. Je vous propose une balade avec trois philosophes qui ont tâché de définir le génie, Kant, Nietzsche et Freud. Ces trois philosophes vont pouvoir nous confirmer cette perception riche – mais aussi ambiguë et contradictoire du génie dans la création car les trois explorent des voies très différentes les unes des autres. 2) Emmanuel Kant Kant étudia cette question dans la Critique de la faculté de juger (1790). Si Kant fut l’auteur d’une œuvre monumentale qui laisse parfois pantois, il n’était pas pour autant ce qu’on peut appeler un amateur d’art. La question ne l’intéressait pas réellement et il n’a jamais quitté Königsberg pour aller par exemple à Paris, Florence ou Rome admirer les chefs d’œuvre de la Renaissance ou de l’art Baroque. Néanmoins la question esthétique était pour lui intéressante d’un point de vue philosophique car elle ouvrait vers le problème de la subjectivité du goût. Comment se construisent les jugements sur la beauté ou le sublime ? Telle était l’axe central de son œuvre. Mais avec la recherche de définition du génie dans l’art, le problème philosophique dévia un peu. Car ce qui caractérise les génies, c’est qu’ils sont reconnus par tous en tant que tels au-delà des goûts individuels, quand bien même on n’apprécie guère leur travail. Chacun peut les reconnaître comme tels mais pour autant ne pas être capable de mettre des mots pour cerner ce à quoi ils pensent. Mystère de l’esprit humain, Kant va se fixer comme objectif de délimiter très exactement ce qu’est un génie au paragraphe 51 de l’analyse du sublime, sous partie de la Critique de la faculté de juger.  ce qui caractérise les génies, c’est qu’ils sont reconnus par tous Pour s’intéresser au sublime. Parce qu’il est différent du simple beau : même s’il dénote une forme de satisfaction en sa présence, il marque également un sentiment de disproportion par rapport à soi ; est sublime ce qui nous fait face mais qu’on ne peut atteindre. En ce sens tout génie est sublime. Kant donne quelques éléments pour préciser sa définition : “Le génie est la disposition innée de l’esprit (ingenium) par l’intermédiaire de laquelle la nature donne à l’art ses règles.” Kant est clair : le génie ne s’appartient pas ; il possède une dimension innée qui lui permet d’exprimer ce que la nature lui dit. Il reprend là la définition platonicienne de l’inspiration qu’on pouvait lire dès le dialogue Ion (quatrième siècle avant notre ère), expliquant que l’inspiration vient d’ailleurs… d’un être divin qui utiliserait l’artiste comme un intermédiaire pour s’exprimer. Le génie, c’est donc un être humain qui se transcende en s’ouvrant à un quelque chose qui le dépasse ; tout cela est inné et involontaire. Kant poursuit son analyse en développant quatre points :  “1. On voit par là que le génie est un talent consistant à produire ce pour quoi aucune règle déterminée ne se peut indiquer […] l’originalité doit être sa première propriété.” Nous avons là une remarque très importante : le génie doit être créatif, et chasser toute forme d’imitation de ce qui existe déjà. Le génie doit être un révolutionnaire dans son art et c’est cette capacité à provoquer des ruptures qui note la grandeur du génie d’un artiste et le distingue radicalement, définitivement du virtuose qui lui se contente de maîtriser toutes les techniques qui s’offrent à lui. “2. Puisqu’il peut y avoir une originalité de l’absurde, les produits du génie doivent également constituer des modèles.”, c’est-à-dire permettre que les générations suivantes s’inspirent de son travail. En ce sens le génie doit être une rupture dans son art, une renaissance qui va inspirer les autres – et tout particulièrement ses disciples qui vont continuer son œuvre, imiter son style et prolonger ses découvertes. “3. Le génie est incapable de décrire lui-même