Sucré / Salé – 184

Sucré CLAFOUTIS AUx CERISES Temps de préparation : 10 minTemps de cuisson : 30 minIngrédients pour 8 personnes • 500g de cerises• 250ml de lait• 180g de farine• 100g de poudre d’amandes• 30g de beurre fondu• 100g de sucre blond• 3 œufs• 1 sachet de sucre vanillé Fouetter les œufs et le sucre, puis ajouter le beurre fondu.Ajouter le lait puis la farine et enfin la poudre d’amandes. Bien mélanger au fouet. Ajouter les cerises, verser dans un moule beurré (pas trop grand) et parsemer le tout de petites noisettes de beurre et de sucre vanillé. Enfourner 30 minutes à 220°C. C’est prêt ! BROCHETTES de POULET aux POIVRONs et SÉSAME Salé Temps de préparation : 15 minTemps de repos : 2 heuresIngrédients pour 8 brochettes • 800g de blancs de poulet• 100ml de sauce yakitori• 1 oignon doux• 2 poivrons verts• 4 cuil. à soupe huile d’olive • Des graines de sésames Couper la viande en gros dés et les mettre dans un plat creux. Y ajouter la sauce yakitori et l’huile d’olive. Mélanger. Laisser mariner pendant au moins 2 heures en les retournant au moins une fois. Peler et couper l’oignon et les poivrons en cube, de la même taille que les morceaux de poulet. Une fois les cubes de poulet prêts, préparer vos brochettes en alternant sur la pique la viande, le poivron et l’oignon. Parsemer à votre convenance les brochettes avec les graines de sésame. Il ne vous reste plus qu’à les faire cuire au barbecue… Bon appétit !
L’idée Livres 184

Littérature Au nord du monde de Marcel Theroux Western post-apocalyptique qui se déroule au sein des plaines et de la taïga sibériennes, un véritable ovni littéraire ! Le personnage principal, Makepeace, vient d’une famille de colons installée en Sibérie à cause du réchauffement climatique et se retrouve shérif d’une ville fantôme après une catastrophe dont on ignore les détails. Sa rencontre avec une jeune Chinoise fuyant des esclavagistes et le crash inattendu d’un avion vont l’inciter à partir à la recherche des restes de la civilisation. Ce roman d’anticipation inspiré du travail journalistique de Marcel Theroux, notamment sur la zone d’exclusion de Tchernobyl, nous interroge sur les fondements de l’humanité en période de crise, mais évoque aussi la solitude et la rage de vivre dans cette nature tour à tour hostile et fraternelle, à l’instar des être humains qui ont subsisté. JOURS DE SABLE De AIMÉE DE JONGH Washington, 1937, au cœur de la Grande Dépression. Le récit émouvant d’un jeune photoreporter au coeur du Dust Bowl, une région frappée par la sécheresse et les tempêtes de sable. Une catastrophe écologique et sociale à l’époque. Coup de cœur pour cette magnifique bande dessinée ! Un sujet méconnu qui nous prend aux tripes tant par la richesse du récit que par ses superbes aplats de couleurs. Aimée de Jongh nous plonge dans la poussière de sable comme si on y était. Et ce qui au départ devait être pour John un simple témoignage deviendra progressivement une lutte, une révolte et une prise de conscience dont il ne sortira pas indemne. Superbe. LE crépuscule de Shigezo de Sawako Ariyoshi Shigezo était un patriarche irascible et tyrannique, particulièrement envers sa belle-fille Akiko, une femme moderne qui tient à son travail et à son indépendance. Mais il est devenu un vieil homme et après la mort de sa femme, il plonge progressivement dans la sénilité et c’est à Akiko qu’il incombe de prendre soin de lui, quitte à renoncer à ce qui lui tient à cœur. En racontant le quotidien d’une famille modeste du Japon, Sawako Ariyoshi évoque bien sûr la condition de la femme japonaise, mais également la vieillesse et ce qu’elle peut comporter de déchéance physique et morale, ainsi que les problématiques liées au vieillissement de la population. Un roman riche et juste, tout en simplicité et en humanité, un hommage à la force de la femme dans la confrontation avec les épreuves de l’existence, mais aussi un regard lucide sur la fin de vie. Zelda twilight Princess T.9 de Akira Himekawa Série de manga issue de l’univers du jeu vidéo éponyme The Legend of Zelda : Twilight Princess, mettant en scène Link, un jeune garçon élu par les déesses pour sauver le monde du mal. Allié à l’étrange personnage de Midona, Link parcours le vaste territoire d’Hyrule pour le libérer du Crépuscule, monde parallèle dans lequel il prend la forme d’un loup et où les habitants sont réduits à l’état d’âmes… Dans ce neuvième tome de la série, nous devrions suivre nos protagonistes à la recherche du miroir des ombres, sorte de portail obscur permettant de se rendre dans le royaume du Crépuscule, où devrait se trouver Ganondorf, incarnation de la haine… Y retrouvera-t-on les émotions qui font le charme de la série ? Qu’en est-il du passé obscur de Link ? Comment évolueront les relations entre les personnages iconiques ? Questions qui, je l’espère, trouveront réponse le 30 juin prochain… Avant l’ÉTÉ de CLAUDIE GALLAY Années 1980. Pour la fête du Printemps, cinq amies d’une vingtaine d’années décident de présenter un défilé de mode : elles vont chiner, coudre et créer des tenues, mais surtout elles vont oser monter sur scène, entrer dans la lumière. Envisager cette audace, c’est déjà changer et certaines vont changer bien plus encore… L’histoire de cinq copines qui montent un projet ensemble et qui au fil des pages se révèlent. Surtout Jess, la narratrice, qui apprend à mieux se connaître, à ouvrir les yeux sur sa vie et celles des autres. Une prise de conscience douloureuse sur ce qu’elle croyait acquis et qui s’effondre peu à peu. Notamment, sur sa meilleure amie Juliette, véritable bombe à retardement. Quel plaisir de retrouver cette auteure ! Cette façon d’écrire, lumineuse, touchante et subtile. Claudie Gallay accorde souvent de l’importance à la famille, à la filiation, aux racines, avec son lot de joies et de malheurs. Elle a l’art d’évoquer sans juger, sans jamais mettre les gens dans des cases. Rien n’est écrit, tout est à faire et tout est à envisager. Des gens simples, des vies souvent compliquées mais décrites toujours avec beaucoup d’humanité. Et Si ? de CHRIS HAUGHTON Oh ! Des mangues ! Les singes adorent ça ! Sauf qu’en bas des tigres rôdent. Hmm… Et si ? Si les gourmands se laissaient tenter ? Après Pas de panique petit crabe, où le papa apprend à son petit à s’émanciper, le dernier album de Chris Haughton nous parle de la tentation. Avec toujours une grande sensibilité et beaucoup d’humour l’auteur réussit une fois de plus son pari. Ses personnages au graphique épuré et ses couleurs vives, véritable marque de fabrique, sont un régal pour les yeux. A dévorer sans modération. LE serpent majuscule de Pierre Lemaître Mathilde est une vieille grosse femme à l’allure inoffensive qui pourrait bien vous rappeler votre grand-mère, héroïne de la Résistance de surcroît. Mais Mathilde est en réalité une tueuse d’un grand professionnalisme avec un net penchant pour les gros calibres. Quand sa mémoire commence à flancher, elle va laisser dans son sillage une traînée sinueuse de cadavres, que la police aura bien du mal à comprendre… Pierre Lemaître revient au genre du polar avec ce premier roman enfin publié et offre à ses lecteurs un livre jouissif, caustique et sans aucune morale ! Des dialogues incisifs, des personnages fascinants (même si on devine qu’il ne faut pas trop s’y attacher) et un scénario percutant. Tous les éléments sont réunis pour un moment de lecture jubilatoire ! L’ÉTÉ SANS RETOUR
NWAR

MUSIQUE NWAR (Instrumental bulldozer / Adissan) Formation Laurent Graziani (guitare) Nicolas Gromoff (batterie) Discographie LP (2020) EP (prochainement) La première fois que l’on a vu se produire ce duo, on a eu la preuve qu’il se dégageait de leurs compositions quelque chose de résolument hors norme, quelque chose qui pouvait – et c’est authentique – faire pleuvoir à l’intérieur des bâtiments (!!) quitte à remplir des seaux à champagne innocents, on ne pourra jamais dire qu’en vieux routier du rock on s’attendait à ce genre de séisme. Blague à part, Nicolas (le batteur) et Laurent (le guitariste) ont commis avec leur album vinyle éponyme un des objets sonores les plus puissants depuis des lustres. Une déflagration donc, mais qui demandait quelques explications. Précisons d’emblée que le duo ne vient pas de nulle part, si les noms de Tantrum, Drive Blind, Lunatic Age ou Frankie IV Fingers vous disent quelque chose, ces messieurs étaient de l’aventure, et ça a dû aider à bétonner leur projet. NWAR : Nos collaborations passées, notre amitié qui ne date pas d’hier, notre proximité géographique, l’envie d’essayer quelque chose d’inédit tant au niveau line-up que de la liberté musicale, bref… on s’est bien trouvé, et la formule duo nous convient parfaitement jusqu’à présent. CLM : Mais alors du coup, NWAR c’est noir (hmpf) et aussi la guerre (war), peut-être une référence à ce match rythmique incessant entre les deux instruments ? NWAR : Ouais… tout bien considéré, ouais… Mais ce n’est pas guerrier. On ne se rentre pas dedans quand on joue. Ça viendra peut-être, mais c’est pas ça. Toutefois si c’est l’image que la musique t’évoque, c’est intéressant… Le nom du groupe n’a pas été plus conceptualisé que ça… un peu comme notre travail dans son ensemble. Le délire de base est assez sombre mais ça vient comme ça sans vraiment réfléchir les choses. Je pense néanmoins que l’on se bat contre quelque chose… une espèce de karma qui devient tout pourri autour de nous. Qui nous effraie un peu sans doute, et du coup, la musique de NWAR reflète juste… cet état d’esprit CLM : Quand on laisse traîner l’oreille, on prend du heavy rock des Seventies, un peu de noise Nineties, des pincées metal et hardcore façon math et on n’est pas loin de la vérité, ni si loin que ça de ce que les deux faisaient respectivement dans leurs groupes précédents, une forme d’intégrité dans ce monde de brutes mais aussi l’impression que les influences des gens de la quarantaine ne seront jamais surpassées, “c’était mieux avant ?” ou pour exprimer l’ambiance dégueulasse de ces derniers temps, rien de mieux qu’un bulldozer pour défoncer les murs, très nombreux ces jours-ci ? Laurent : “Intégrité” est pour moi un “mot maître” depuis le premier jour où j’ai touché une guitare jusqu’à aujourd’hui ! Nos influences musicales sont ce que nous sommes… J’ai tendance à me laisser influencer par tout et n’importe quoi : les grands classiques rock, les nouveautés bruyantes, des musiques de films, des bruits dans la nature… Albums disponibles à l’écoute et à l’achat à l’adresse suivante : https://nwartheband.bandcamp.com/ Ged
Old

Cinéma Old Film de M. Night Shyamalan (USA) Avec : Gael García Bernal, Vicky Krieps, Rufus Sewell…Genre : Thriller, Fantastique, Horreur – En salles le 21 juillet 2021 En vacances dans les tropiques, une famille s’arrête pour quelques heures sur un atoll isolé où ils découvrent avec effroi que leur vieillissement y est drastiquement accéléré et que leur vie entière va se retrouver réduite à cette ultime journée. Liberté retrouvée, gestes barrières (euh, bon passons !), la plage, la montagne, le farniente, les repas entre amis, les restos, les boites de nuit (en fait, je ne sais pas vraiment), etc… et le CINÉ ! Après la disette, c’est l’opulence. L’été sera chaud pour les “professionnels de la profession (cf JL Godard)”. Entre reports, re-reports, reprises et nouveautés, on ne sait plus à quelle toile se vouer. Ok, il y en a pour tous les goûts, il y a du bon et forcément du moins bon, mais la bourse risque de chauffer si vous voulez vous faire quelques séances de rattrapage. Alors dans ce barnum de réalisateurs-trices, d’acteurs-trices, de genres, etc., les vacances approchant à grands pas, quoi de plus évident que de s’intéresser au dernier film de Shyamalan. Évidemment, le calibre du réalisateur a un peu joué dans mon choix ! De plus, dans son propos n’y aurait-il pas comme une métaphore de ce qui nous attend si nous nous laissons aller à la vie d’avant en transgressant les consignes de sécurité sanitaire encore en vigueur ? Bien sûr, dans le film le trait est quelque peu forcé (heureusement pour nous !). M. Night serait-il visionnaire ou simple hasard ? “Il n’y a pas de hasard”, parait-il. Phrase que me surinent régulièrement quelques proches. Théorie à laquelle je n’adhère pas forcément. Je penche plus pour coïncidence ou synchronicité. Bref… Adapté du roman graphique Château de sable de Pierre Oscar Levy et Frederik Peeters, le sujet peut rappeler L’étrange histoire de Benjamin Button (Brad Pitt) en sens inverse. Button rajeunissait au point de finir en fœtus et dans Old les protagonistes vieillissent jusqu’à devenir poussière en quelques heures. Certes, Button avait un peu plus de temps devant lui mais dans les deux cas, c’est “moyennement” cool ! Shyamalan a écrit le scénario en s’inspirant plus que librement du roman dixit les auteurs (pas contents ?). Souhaitons que la sauce prenne et que l’on retrouve le grand metteur en scène qui nous a fait bien flipper dans quelques-unes de ses précédentes réalisations. En commençant, ça va de soi, par Le 6e sens. Film culte référence qui a fait pas mal d’émules (Les autres, L’orphelinat). Suivront les bons (ou très bons) : Incassable, Signes, Le Village, Split, les moins bons (ou bof !) : La jeune fille de l’eau, Phénomènes, Le Dernier maître de l’air, After Earth, The visit et le “je ne l’ai pas vu” : Glass. Côté casting, la star mexicaine Gael Garcia Bernal (Amours chiennes, Neruda), l’excellent Rufus Sewell qui a trop peu de premiers rôles (Chevalier, Father) et Vicky Krieps (Le dernier Vermeer, De nos frères blessés, Serre-moi fort). Bonnes vacances, bons films et méfiez-vous des panneaux (ou autres documents publicitaires) signalant une quelconque interdiction, on ne sait jamais. Prenez soin de vous ! PARCE QUE Au 17e siècle, alors que la peste se propage en Italie, la très jeune Benedetta Carlini rejoint le couvent de Pescia en Toscane. Dès son plus jeune âge, Benedetta est capable de faire des miracles et sa présence au sein de sa communauté va changer bien des choses… Parce que : Le sulfureux Paul Verhoeven aux commandes (La Chair et le sang, RoboCop…). Le tyrannique Lancelot-du-Lac et ses mercenaires saxons font régner la terreur sur le royaume de Logres. Les Dieux, insultés par cette cruelle dictature, provoquent le retour d’Arthur Pendragon et l’avènement de la résistance. Arthur parviendra-t-il a restaurer la paix sur l’île de Bretagne ? Parce que : Je n’ai pas vu la série télé, paraît que c’était (c’est ?) super bien, alors pourquoi pas ? 1981. Hubert Bonisseur de La Bath, alias OSS 117, est de retour. Pour cette nouvelle mission, plus délicate, plus périlleuse et plus torride que jamais, il est contraint de faire équipe avec un jeune collègue, le prometteur OSS 1001. Parce que : Les 2 premiers avec leur humour décalé (parfois potache !) étaient plutôt cool et sortaient du lot des productions de l’époque. Je suis curieux. L’histoire de Paul Atreides, jeune homme aussi doué que brillant, voué à connaître un destin hors du commun qui le dépasse totalement. Il devra se rendre sur la planète la plus dangereuse de l’univers… Parce que : Pas lu le bouquin éponyme de Frank Herbert, rien compris à la première adaptation ciné de David Lynch, cours de rattrapage ! Claude Bermejo
Voyage Local

Tourisme Voyage local Pris dans la nasse d’un monde confiné, combien sommes-nous à vouloir redécouvrir notre environnement proche, nous reconnecter à la Nature, réapprendre le goût des choses simples ? Le voyage auquel j’aimerais vous convier ne nécessite pas de boucler vos valises, encore moins de surfer pendant des heures sur le net pour trouver le bon hébergement et s’entendre dire, au final, “c’est nul, il n’y a même pas de piscine !”. Pas besoin de vous préparer physiquement pour le grand jour “tu as dit combien de mètres de dénivelé ?”, ni de tergiverser pendant des heures avec vos ados “mais ça sert à quoi d’aller marcher ?”. Inutile de vous faire suer dans les embouteillages aoûtiens ; de vous quereller avec le GPS ou votre conjoint, “je t’avais dit à droite mais pas cette droite !”. Vous ne finirez pas sur une plage les pieds dans la serviette du voisin. Ni au restaurant à poireauter après le serveur débordé, vous faussement décontractée, tentant de calmer l’agacement palpable qui s’invite à la table : “On n’est pas bien là ?!” Si, évidemment, c’est bien les vacances ! Mais réfléchissez. Qu’est ce qui est bien dans ce que je viens d’énumérer et qu’immanquablement vous avez éprouvé un jour ? Alors, si cette année, vous changiez de “braquet” ? Au lieu d’envisager de partir loin, vous pourriez expérimenter la proximité. Les vacances au pays. À vélo, à pied, sur place. Tranquillement chez vous. Cette formule présente l’avantage de vous éviter tout ce qui figure plus haut dans le texte. Elle allégera aussi considérablement votre bilan carbone. Votre facture en fin de mois. Votre charge mentale. Elle pourrait d’aventure se révéler bien plus exotique que vous ne l’imaginiez. Au fond tout est là pour celui qui sait regarder. N’est-ce pas une des leçons que nous a enseignée la Pandémie ? Au lieu d’envisager de partir loin,vous pourriez expérimenter la proximité En ces temps incertains, écrivait-il, il est plus que nécessaire d’apprendre à “chouanner”, cela veut dire prendre la poudre d’escampette, disparaître, défendre le monde que l’on aime en se dissimulant… (En référence à Barbey d’Aurevilly, qui, en parlant des chouans et de leur façon de combattre dans les chemins creux, emploie le verbe “chouanner”). “Cette dissimulation est urgente nous car nous sommes rentrés dans une époque de surveillance généralisée et consentie”, poursuivait-il avant de conclure “Rien ne sert de courir le monde. Pour cela il suffit de se tenir sur ces chemins où on est autonome, libre, environné par la beauté des paysages et permet une forme d’accomplissement intérieur de la pensée, de l’équilibre, du sentiment d’être à la verticale de soi-même”. Comme Sylvain Tesson, beaucoup d’entre nous voient aujourd’hui dans la proximité une destination. Un touriste héraultais sur cinq habite la région, et ceux qui bougent près de chez eux le font “pour se ressourcer à la campagne”, première destination des Occitans en nombre de nuitées, également appréciée par les jeunes aux petits budgets : “Ici, les cafés sont des lieux de convivialité et la randonnée, c’est gratuit !”. Dans son discours d’orientation, Vincent Garel, président du Comité Régional du Tourisme le confirmait : “Il faut battre en brèche l’idée que l’attractivité touristique d’un territoire se mesure au nombre de kilomètres parcourus”. Alors prêts à voyager sur place ? A l’école de la vie En guise d’introduction à ce voyage statique me revient un souvenir que j’aimerais partager avec vous, celui d’une randonnée dans le Vercors. J’étais partie seule, dans l’intention de passer quelques jours au vert et cette journée de juillet s’annonçait particulièrement chaude. J’avais pris du retard au réveil, fait et refait mon sac, hésité à en porter plus ou moins. Midi pointait son nez en plein cagnard dans une pente plutôt raide, et je guettais à travers les rayons du soleil, le replat, le col, le moment où je pourrais enfin me poser. Et là, au détour du sentier, m’apparurent trois personnes, assises en lotus au bord de la falaise, sous la ramure impressionnante d’un vieil arbre dont j’aurais dû retenir le nom, mais citadine à l’époque, je regardais la nature, l’arbre, ces gens, sans même les voir, les saluant rapidement au passage, pour accélérer le pas, “on n’est pas là pour s’amuser”, et continuais mon ascension. Je mis 30 minutes d’efforts supplémentaires à me rendre compte que l’image de ces trois individus était restée accrochée à la visière de ma casquette, et que je ruminais l’envie de revenir sur mes pas, pour me poser à leurs côtés. Ce que je fis. En arrivant à leur hauteur, j’eus la surprise d’entendre l’homme le plus âgé m’inviter à m’assoir en disant : -“Nous vous attendions !” Je ne vous raconte pas la suite, ce serait trop long, mais ma rencontre avec ces trois moines guérisseurs, un maître et deux disciples, de retour du Tibet, a été l’un de mes plus beaux voyages initiatiques. En les quittant quelques jours plus tard, j’ai demandé au maître :– “Et si je n’étais pas revenue ?” Il m’a répondu :– “C’est que tu n’aurais pas été prête.” Rêvons un peu Imaginez une ville comme Lodève dont tous les habitants (qui le souhaiteraient) deviendraient les ambassadeurs. Papi s’improviserait guide pour raconter le temps d’avant, pendant que son petit-fils nous entraînerait dans le monde d’après, en faisant découvrir les rives de la Soulondre, pour parler de biodiversité locale. Les créateurs, bijoutiers, céramistes, ébénistes, couturiers, couteliers organiseraient des ateliers-découverte de leurs univers, les producteurs locaux des circuits-dégustation de leurs produits. On déambulerait dans le centre historique sur les pas d’un passionné d’histoire, de botanique ou de géologie. Au bistrot, on viendrait s’attabler avec les gens du coin, et on se rendrait compte qu’ils sont comme nous, qu’il arrivent de partout, mais qu’eux ne sont pas repartis. Si tout cela existait, aurions-nous le réflexe d’aller courir au bout du monde ? Peut être moins. Bien sûr, nous n’y sommes pas encore. Les premières impressions qu’ont les “De passage”, appelons-les comme ça, de Lodève ne sont en général pas
De la vengeance et ses justifications

PHILOSOPHIE De la vengeance et ses justifications Existe-t-il un droit à la vengeance dans nos sociétés modernes ? Les événements du printemps 2020, à la suite de la mort de George Floyd à Minneapolis, Minnesota, ont pris la forme de protestations, de déboulonnages de statues, d’affrontements dans certaines villes européennes avec une envie de se venger qui aurait pu mener vers une forme de guerre civile larvée dans de nombreux pays occidentaux. L’assassinat d’un enseignant le 16 octobre 2020, suite à un cours sur la liberté d’expression, assassinat justifié par des extrémistes religieux par une volonté de venger leur prophète, est à la fois totalement différent et en même temps pose la même question : existe-t-il une vengeance légitime, alors même qu’elle entraîne toujours la violence ? Certes nous ne devons pas tout mettre sur le même plan : l’action d’un individu qui assassine au nom d’une idéologie morbide ne permet pas de comprendre un mouvement populaire qui est collectif et qui ne veut tuer personne. Mais nous devons prendre en compte le fait que les deux utilisent le même terme : la vengeance, qui est violente. La vengeance fut codifiée dès l’Ancien Testament avec la loi du Talion (œil pour œil…), qui fixait la proportionnalité des conflits. Mais nos sociétés modernes se sont construites sur un autre modèle juridique, basé sur la loi dite, c’est-à-dire une norme qui régule et organise les relations entre les individus, leur interdisant d’utiliser eux-mêmes la violence et de rendre la justice. L’équilibre qui en résulte permet la paix sociale. Néanmoins un sentiment d’injustice peut pousser à la folie et la passion pour le sang, la destruction pour tout emporter sur son passage. Comme la philosophie est d’abord une prise de recul face aux événements présents, je vais développer cette chronique à partir de deux exemples mythiques – c’est-à-dire à la fois fantastiques et criants de réel, pour cerner ce besoin de vengeance. Premier exemple , extrait de l’Iliade d’Homère : Ajax était un “guerrier achéen, noble et grand, qui dépasse les Argiens de la tête et de ses nobles épaules”1, seulement dépassé en bravoure par le légendaire Achille. Lorsque ce dernier mourut, les rois grecs prirent la décision de donner les armes de leur meilleur guerrier non pas à Ajax, qui estimait que cela lui revenait, mais à son rival, Ulysse. Se sentant trahi, il décida de se venger et une fois la nuit arrivée, pensant reconnaître dans la pénombre les rois grecs en assemblée, il tira l’épée de son fourreau et les massacra ; situation ridicule car ce n’étaient en fait que des moutons… honteux Ajax se suicida. Agamemnon et Ménélas, rois grecs, lui refusèrent une sépulture prétextant qu’on ne pouvait soutenir les actes d’un criminel en puissance. Que penser de cette situation ? Ajax avait-il le droit de se venger en massacrant les rois juste parce qu’il s’était senti outragé ? Et même si moralement on peut établir ce droit, le droit fait-il justice ? Il faut bien s’entendre sur le sens de ces deux mots qui ont leur propre ambivalence : le droit est à la fois ce qu’on peut réclamer pour soi et l’ensemble des lois écrites ; la justice est l’institution qui applique les lois mais aussi un sentiment intime de ce qui est légitime. Il y a donc une problématique bicéphale : à la fois la subjectivité du sentiment fait de moralité, de religion, de tradition et de réflexion, et l’objectivité des lois qui sont, elles, le fruit d’un travail d’écriture, de réflexion mais aussi de rapports de force entre des idées socio-politiques parfois profondément ancrées dans la société, obéissant à une évolution que personne ne peut réellement maîtriser. Lequel des deux doit dominer l’autre ? Ajax nous dit quelque chose de notre société : à chaque fois que quelqu’un fait face à la société et à une décision qu’il estime injuste, peut-il prendre le droit de se venger ? Ajax était soldat, c’est-à-dire soumis à une discipline qui nécessitait que l’individu s’efface devant le groupe et sa hiérarchie, et pourtant il osa s’élever pour réclamer son dû, puis exprimer son dépit. Il n’en avait pas le droit car ce n’était pas légal. Mais n’était-ce pas légitime ? à chaque fois que quelqu’un fait face à la société et à une décision qu’il estime injuste, peut-il prendre le droit de se venger ? Deuxième exemple : le roman Michael Kohlhaas2, écrit au XIXe siècle par Heinrich von Kleist, mais dont l’intrigue se passe à la fin du XVe. Michael Kohlhaas était un éleveur de chevaux nomade qui, pour payer un droit de douane dut laisser ses chevaux en gage. Il ne s’opposa pas à cette contrainte car il considérait qu’il était important de respecter la loi. Mais il découvrit très vite qu’il avait été trompé. Il déposa plainte pour dommage et réparation auprès du tribunal de Dresde, ayant confiance en la justice de son pays, mais lorsque cette dernière le débouta, il décida de monter une armée avec tous les va-nu-pieds victimes d’injustices et incendia les châteaux de la région en massacrant les habitants. Plus rien ne semblait pouvoir l’arrêter jusqu’à Leipzig lorsque le théologien Martin Luther obtint un entretien auprès de lui et lui assena cette vérité : “Kohlhaas, toi qui prétends être envoyé pour manier le glaive de la justice, qu’oses-tu entreprendre, présomptueux, dans ton délire aveugle et passionné, toi qui n’es qu’injustice de la tête aux pieds… Parce que le souverain t’a dénié ton droit, ton droit dans une querelle pour un bien sans valeur, tu te dresses, homme perdu, le fer et le feu à la main, et tu te déchaînes comme le loup du désert contre la paisible communauté dont il est le protecteur… Est-ce à toi, damné, effroyable créature, qu’il appartient d’être ton juge à ton tribunal ?” Tout est dit ! Qui était-il pour incarner ainsi la justice ? Et qu’est-ce que la Justice, incarnée par la violence des massacres ? Les responsables politiques, à ce moment-là, qui comprirent à la fois l’ampleur du mouvement populaire engagé contre la lutte de l’arbitraire féodal et la nécessité de rétablir la
