Sucré / Salé – 186

Sucré Flan vanille caramel Temps de préparation : 10 minTemps de cuisson : 35 minIngrédients pour 6 personnes • 1 litre de lait• 8 œufs• 150 g de sucre en poudre• 1 gousse de vanille• Caramel Faire bouillir le lait avec la gousse de vanille fendue en deux. Retirer du feu et verser le sucre sans remuer. Laisser infuser, puis retirer la gousse de vanille. Préchauffer le four à 170 ºC (thermostat 6). Dans un saladier, bien battre les oeufs en omelette. Ajouter le lait doucement tout en remuant au fouet. Dans un moule, verser le caramel puis le mélange lait-oeufs. Cuire au bain-marie (attention, l’eau du bain-marie ne doit pas bouillir) au four une trentaine de minutes. Laisser refroidir puis démouler. Laisser au réfrigérateur pour le déguster bien froid. Lasagnes aux Épinards Salé Temps de préparation : 20 minTemps de cuisson : 40 minIngrédients pour 6 personnes • une boite de pâtes à lasagnes pré-cuites• 500 g d’épinards• 2 grandes boîtes de tomates pelées• un oignon, du fromage râpé• 15 cl de crème fraîche liquide• herbes de Provence, huile d’olive, sel et poivre Faire cuire les épinards. Préparer un coulis de tomates en mixant les tomates pelées. Faire revenir l’oignon émincé dans un peu d’huile d’olive. Ajouter le coulis et assaisonner (sel, poivre et herbes de Provence). Laisser mijoter la sauce à feu doux. Couper les épinards refroidis en petits morceaux. Verser une cuillère de sauce tomate au fond d’un plat à gratin. Disposer une couche de pâtes à lasagnes. Napper d’un peu de sauce tomate et ajouter des épinards. Napper à nouveau de sauce tomate, d’un filet de crème fraîche et de fromage râpé. Répéter l’opération 2 ou 3 fois. Terminer par une dernière couche de pâtes à lasagnes. La napper généreusement de sauce, de crème et de fromage. Faire cuire environ 40 minutes au four préchauffé à 180 °C (Th. 6). Bon appétit !

L’idée Livres 186

Littérature L’enfant réparé de grégoire delacourt “J’ai compris depuis ce qui motiverait mon chemin d’écrivain. Présenter à l’adulte que je suis devenu l’enfant que je fus.” Bouleversant. Il aura fallu 9 livres pour que l’auteur dans son dixième roman parle enfin de lui. Nous suivons son cheminement pas à pas, l’histoire de sa vie et du drame d’enfance qui le définira. Sa révélation après son roman « Mon père », où l’on devine que le prêtre c’est son père et que l’enfant violé c’est lui. Que toutes ses histoires précédentes auront été écrites pour réussir à écrire ce dernier livre, pour réaliser et comprendre qu’il fut une victime. Victime de la violence d’un homme. 55 ans de refoulement. Grégoire Delacourt baisse la garde et se livre franchement à nous avec beaucoup d’émotion, de pudeur et de délicatesse. SangomA (les Damnés de Cape Town) De Caryl ferey et corentin rouge En Afrique du Sud, une vingtaine d’années après l’Apartheid, les cicatrices laissées par l’ancien système peinent à se refermer. Dans ce contexte, Sam est retrouvé mort sur les terres de la ferme des Pienaar, ses employeurs. Le lieutenant Shepperd – esprit léger, avisé autant que séducteur et tête brûlée – est chargé de saisir les enjeux qui auront mené au drame. De la bonne BD comme on les aime. Une histoire noire, très noire qui tient la route, forcément c’est Caryl Férey qui est aux commandes, on retrouve son style acéré, sombre, réaliste et on se régale ! Un scénario illustré par des dessins magnifiques et parfaitement maîtrisés. Racisme, vengeance, violence, superstition et rédemption sont au programme. On ne perd pas une miette de ce western contemporain. THE promised neverland de Kaiu Shirai & Posuka demizu L’histoire débute à l’orphelinat de Grace Field House, dans laquelle nous suivons Emma, Norman et Ray, trois enfants très doués. Un soir, alors qu’ils se réjouissaient de voir l’un de leurs camarades partir trouver une famille, le rêve vire au cauchemar lorsque Emma et Norman suivent leur « Maman » (qui gère l’orphelinat) : au lieu de trouver une famille d’accueil, les enfants sont livrés à des démons comme nourriture… Grace Field House est en réalité une ferme d’élevage ! Leurs péripéties ne font que commencer… Le style graphique enfantin de l’ouvrage dénote avec le ton de son histoire, créant ainsi un décalage assez savoureux. Il est ainsi possible de discerner les émotions et les sentiments des personnages plus facilement. Ajoutez à cela une histoire haletante et des personnages attachants… vous obtiendrez une série à ne pas louper ! Dans la nuit blanche de olivier adam Antoine était dans le coma. Il s’était fait renverser par une bagnole et on l’avait emmené aux urgences alors qu’il avait perdu connaissance. Physiquement, il n’y avait pas trop de dégâts. Deux côtes cassées. Le poignet fracturé. Mais pour le moment il était dans les limbes. Je ne m’attendais pas à ça ! C’est un roman pour ados… Un bon roman pour ados. Touchant et palpitant. Chaque chapitre est raconté par un personnage différent qui revient par intermittence. Antoine 16 ans est dans le coma et on découvre au fur et à mesure ses sensations. On est aussi avec Lea, sa sœur, qui est partie vivre à Paris, avec Hugo, son pote de toujours et secrètement amoureux de lui, avec Gabriel, Chloé, Nathan, les amis de Lea… bref, tout un petit monde qui gravite autour d’Antoine. Leurs pensées, leurs interactions et puis la recherche du coupable, celui qui a laissé Antoine sur le bord de la route sans s’arrêter. On accroche tout de suite, c’est crédible et très bien mené, on ne lâche pas le livre jusqu’au dénouement qui est à la hauteur de nos espérances. Contes de l’inattendu de Roald Dahl LE recueil de contes et nouvelles pour adultes de Roald Dahl, dont quatre nouvelles inédites en français et incluant également ses récits autobiographiques, Moi, Boy et Escadrille 80. Principalement connu pour l’immense succès de son œuvre jeunesse (Matilda, Charlie et la chocolaterie, Sacrées sorcières…), Roald Dahl a pourtant écrit tout au long de sa vie des fictions pour adultes, le plus souvent sous la forme de courtes nouvelles teintées d’humour noir. Les histoires se déroulant principalement dans l’Angleterre des années 40-50, on pourra trouver au décor un charme un peu désuet mais le style et les personnages restent d’une étonnante actualité. On y retrouve une intrigue saisissante dès les premières lignes, des personnages criants de vérité et un dénouement toujours inattendu qui peut parfois faire grincer des dents. Mention spéciale pour Jeu, qui démontre, si besoin était, la puissance de l’imagination ! Apaiser nos tempêtes de jean hegland Lorsque Anna, étudiante en photographie à Washington, et Cerise, lycéenne de milieu modeste en Californie, tombent enceintes par accident, chacune va faire un choix qui va déterminer le cours de sa vie. Des années plus tard, après avoir vécu l’expérience de la maternité de différentes manières, elles vont être réunies par le hasard. Après Dans la forêt, Apaiser nos tempêtes est le deuxième roman de Jean Hegland à avoir été traduit en français. C’est une réflexion intime et approfondie sur la maternité, sur la difficulté d’être une mère mais également un roman sociologique sur notre monde actuel qui a vite fait de nous faire basculer dans la précarité et la pauvreté. Un roman réaliste et contemporain sur la vraie vie où les personnages sont des gens comme vous et moi confrontés aux difficultés et aux aléas de l’existence. À mains nues de amandine dhée Dans À mains nues, Amandine Dhée explore la question du désir à la lumière du parcours d’une femme et de ses expériences sexuelles et affectives. Comment devenir soi-même dans une société où les discours tout faits et les modèles prêts à penser foisonnent ? La narratrice entrecoupe des passages écrits à la troisième personne où elle revisite des événements de son enfance et de son adolescence avec des passages à la première personne où elle raconte ses difficultés à concilier son nouveau rôle de mère avec

Mad Birds

MUSIQUE Mad Birds (Punkabilly rock’n’roll / Montpellier)   Formation Phil (guitare / chant) Mickey Woodslapper (contrebasse) Val (batterie) Discographie Psycho surfer don’t wanna die (CD-2016) Les oiseaux doux-dingues de retour sur les platines ! Le successeur de Psycho surfer don’t wanna die s’est fait attendre mais entre les contraintes sanitaires et un changement de batteur (Chicken se consacrant désormais à Darjeeling Opium), ça se comprend. Mais Phil (guitare / chant) n’est pas du genre à baisser les bras : “Malgré le Covid-19, on a quand même réussi à faire quelques trucs ; des compos, une maquette, et (très peu) de live. S’il y a eu de l’isolement, c’est un isolement physique et imposé. Une vraie passion ne peut pas disparaître à cause d’un virus !” Northern railroad contient onze titres en anglais mais certains flirtent avec le français (Hel est très beau) et l’espagnol : “le texte de la chanson-titre a été écrit à 80 % par ma femme qui de Lille, dans le TGV pour rentrer chez elle, m’envoyait des messages. En gros le texte parle de séparation, et qu’un jour nous n’aurons plus besoin de ce train pour être ensemble. Pour Holy hel, c’est une chanson que j’aime beaucoup et qui semble plaire. En traduisant le texte mot à mot, je me suis rendu compte que cela collait bien ; ce qui est rare. Quant à l’espagnol, je parle trop peu pour prétendre écrire dans cette langue.” La bonne idée d’avoir sorti l’album sur cire noire (et la pochette de Patrice Poch le méritait) n’a pas dû être une sinécure vu que les marchands de soupe se sont jetés sur le filon commercial…et pourtant : “Après un loupé sur le premier qui du coup n’est sorti qu’en CD, il était important pour nous que celui-ci permette aux gens d’écouter la musique avec la chaleur et les craquements que seul un vinyle peut restituer. On a fait faire 500 exemplaires, mais nous n’avons pas été trop impactés car nous avons lancé la fabrication juste au bon moment.” Certains morceaux sont sur la setlist live depuis un moment, on se demandait si la composition était collective : “Le disque aurait dû sortir juste au moment où cette pandémie nous est tombée dessus. Et boum, tout s’arrête pendant deux ans. On a préféré retarder la sortie car les gens avaient bien trop de préoccupations pour y prêter attention. En général je compose le morceau que je propose ensuite, les modifs s’imposent d’elles-mêmes car on travaille pas mal la structure qui pour moi est aussi importante que la seule chanson.” L’écoute ne décevra pas les fans de rock’n’roll puriste et sans fioritures comme les grands du genre à leurs débuts. Mais au fait : quid des groupes modernes pour Mad Birds ? Phil avoue : “Je ne suis pas très curieux, je n’ai pas le réflexe de chercher de nouveaux trucs. Je n’ai aucune excuse avec tous les moyens actuels. Toutefois il y en a un qui n’est ni récent, ni inconnu, c’est Reverend Horton Heat : ses compos me scotchent et c’est un grand guitariste en plus du reste. Mais je ne pense pas qu’un groupe en particulier m’ait influencé, c’est tout ce que j’ai pu découvrir et écouter depuis longtemps, du punk rock à la country : Ramones, J. Cash, Cramps, Undertones, Buddy Holly…”  L’enregistrement avec Spi (O.t.h. / Naufrages) est devenu une habitude, on le soupçonne même d’avoir dégainé l’harmonica, avec raison : “J’aime bien travailler avec lui, on a souvent la même vision, il est calme et s’investit en proposant des idées d’arrangements. Du coup, c’est bien lui qui joue de l’harmo sur le disque.” Espérons donc des retrouvailles dans un club bouillant pour la dose de décibels, à bientôt ! “Pouvoir jouer live nous manque, ça reprend, mais vraiment doucement. On a pas le cul sorti des ronces, mais on y croit.” Retrouvez le groupe Mad Birds sur internet : www.facebook.com/themadbirds Ged

Matrix Resurrections

Cinéma Matrix Resurrections Film de Lana Wachowski (USA) Avec : Keanu Reeves, Carrie-Anne Moss, Jada Pinkett Smith… Genres : SF, Action – Durée : 2 h 28 – En salles le 22 décembre 2021 Dix-huit ans après les événements de Matrix Revolutions, Thomas A. Anderson (alias Neo) ne se souvient plus de rien et mène une vie d’apparence normale à San Francisco. Il se rend régulièrement chez un psychiatre à qui il raconte ses rêves étranges et qui lui prescrit des pilules bleues. Après la réapparition de visages familiers et en quête de réponses, Neo repart à la recherche du lapin blanc. Il rencontre un certain Morpheus, qui lui offre le choix entre rester dans la Matrice et prendre son envol. Neo est de retour. Bonne nouvelle pour les millions de fans de la Matrice qui n’osaient espérer une suite. En même temps, faut dire que dans le 3ème volet Matrix Revolutions ce cher Neo meurt, dont acte. Eh bien non, la magie du cinéma et l’imagination sans limites des scénaristes nous font le coup de Jésus ressuscité. Eh oui, l’Histoire se répète. Hélas, trop souvent dans la vraie vie mais ceci est une autre “histoire”. Donc Neo is back, tout comme Trinity également morte dans un accident d’atterrissage, il me semble. Mais bon, mort virtuelle, mort réelle, en grattant un peu, l’Élu et la consœur ont forcément droit à une seconde chance et cette chère Lana Wachowski n’a pas boudé son plaisir à écrire le 4ème opus. Il aura fallu quasi 20 ans mais le bébé est là et, croisons les doigts, bien là. Pour une fois que nous avons un “super héros” (en fait Neo peut être considéré comme tel) qui n’est pas issu de Marvel ou de DC Comics, il y a de quoi se réjouir.  Si la saga originelle Matrix a révolutionné le film de SF par ses scènes d’actions démentes et ses effets spéciaux très spéciaux, notamment le “Bullet Time” (effet de ralenti extrême avec le visuel de la trajectoire d’une balle), souhaitons que ce 4ème volet nous en mette également plein les yeux. Cependant, l’informatique depuis 20 ans a tellement évolué que les réalisateurs vont de surenchère en surenchère pour nous scotcher sur nos fauteuils et finalement faire de nous des quasis blasés de toutes prouesses SFX. Alors pour nous enfoncer encore plus profond dans nos coussins, va falloir que la Matrice frappe fort, très fort. (Euh, Monsieur Cameron, pensée émue et Avatar, la suite c’est quand vous voulez !) Aux commandes, réalisation et écriture, nous retrouvons Lana Wachowski (Bound, Matrix 1, 2 et 3, Speed Racer, la série Sense8…) sans sa sœur Lilly occupée par d’autres projets. Même à 50 %, j’ai confiance, il y a du savoir-faire ! Devant la caméra, les anciens (ou les originaux) sont de retour : Keanu Reeves, qu’on ne présente plus (vous savez, le fameux John Wick !), Carrie-Anne Moss (Trinity dans Matrix 1, 2 et 3, Memento, la série Jessica Jones…), Jada Pinkett Smith (Niobe dans Matrix 2 et 3) et même Lambert Wilson. Hélas, Laurence Fishburne (Morpheus) et Hugo Weaving (Agent Smith), personnages importants de la saga, manquent à l’appel. Ainsi va la vie… Et bien sûr les petits nouveaux (que je ne connais pas !) : Yahya Abdul-Mateen II (la série Watchmen, Candyman), Neil Patrick Harris (la série How I Met Your Mother) et Jessica Henwick (la série Iron Fist) pour prêter main-forte aux vétérans ! Bref, 20 ans après, la trilogie Matrix est devenue un classique du cinéma de SF et même carrément du cinéma tout court. Sa résurrection saura-t-elle en faire une icône du 7ème art ? L’avenir nous le dira. Quoique dès le 22 décembre, nous aurons déjà une petite idée. Faut dire que, dans un autre domaine, j’entends bien, ça a plutôt bien marché… Bonnes et Heureuses Fêtes de fin d’année. Claude Bermejo

Questions à Patrice Gain

Interview Questions à Laure Noualhat Invité à la librairie un point un trait, le 13 janvier 2022 © Chantal Briand C le MAG : Vous êtes ingénieur en environnement et professionnel de la montagne, votre cinquième livre paru en 2021 est De silence et de loup. Vos ouvrages abordent en filigrane la question du lien entre l’Homme et la nature, est-ce une question nécessaire aujourd’hui ? Patrice Gain : J’écris des romans contemporains. Logiquement, la question du lien entre l’Homme et la nature revient dans mes textes. L’Homme exploite cette planète comme si tout lui appartenait, sans égard pour lui-même et a fortiori pour les espèces avec lesquelles il partage cet espace. Seuls comptent la croissance et le profit. Si les océans meurent, nous mourons et pourtant nous nous précipitons pour pêcher le dernier poisson, harponner le dernier cétacé et en prime nous y déversons tant de choses dont nous ne savons que faire. Les mers ne seront bientôt plus que d’immondes cloaques toxiques. © Chantal Briand ClM : La nature, présente dans la plupart de vos écrits, est-elle tout autant un décor qu’un élément essentiel du récit au même titre que les personnages ? P.G. : Quand j’écris, il me faut une histoire et un territoire, puis je pose mes personnages au milieu. Ils interagissent ensuite les uns avec les autres. ClM : Lorsque Anna, le personnage de ce roman, rejoint une mission scientifique en Sibérie, vous racontez les difficultés administratives, mais aussi les obstacles que rencontre cette mission. Est-ce du vécu ? Mais surtout est-ce une façon de rappeler les difficultés des missions de recherche scientifique ? P.G. : Oui, effectivement, rien n’est jamais écrit par avance quand on s’aventure dans ces territoires du bout du monde. ClM : Dans votre livre, la recherche scientifique effectuée en Sibérie aborde la question des moyens dont elle dispose. La question des moyens est-elle une réalité des missions scientifiques en général et celles environnementales en particulier ? P.G. : Paradoxalement, la recherche scientifique repose sur la volonté de quelques chercheurs, de quelques laboratoires universitaires, dont les financements émanent le plus souvent de grandes entreprises cherchant à “verdir” leur image. ClM : Dans De silence et de loup, les grands espaces s’opposent à l’atmosphère confinée de vos personnages, Anna sur son bateau et Sacha dans la chambre du monastère. Comment se construisent ces oppositions ? P.G. : Je voulais mettre en scène deux huis clos, celui d’Anna sur le voilier polaire et celui de son frère Sacha au sein du monastère de la Grande Chartreuse, congrégation cartusienne. Les grands espaces ne s’opposent pas à l’érémitisme, ils sont souvent, pour ne pas dire toujours, le cadre de vie de ceux qui s’y adonnent. ClM :  Dans votre livre Denali, l’environnement naturel est à la fois le refuge et la source du danger pour Matt. Est-ce la même approche pour Anna dans De silence et de loup et pour Tom et Luna dans Le sourire du scorpion ?  P.G. : C’est vrai pour Tom et Luna, dans Le sourire du scorpion. En ce qui concerne Anna dans De silence et de loup, c’est différent. La toundra sibérienne, en hiver, est un lieu particulièrement hostile pour toutes personnes autres que celles natives des peuples indigènes de Sibérie. ClM : Dans cette atmosphère pesante, oppressante, vous créez une ambiance qui caractérise les romans noirs, mais vous abordez aussi de nombreux sujets de société, (l’homosexualité, la vengeance, la pédophilie, la religion, le silence, la mort, la fratrie, …) lequel de ces thèmes vous tient le plus à cœur ? P.G. : Je dirais la fratrie, parce que c’est là que résident les liens de l’enfance. ClM :  Pensez-vous que le roman noir soit aussi un vecteur des questions d’actualité ? P.G. : Incontestablement. Bon nombre de romans noirs sont en prise directe avec le monde. Ils tirent les fils de ce qu’il y a de noir en nous (et ils sont nombreux) pour, indirectement, dire comment notre monde tourne. ClM : Dans De silence et de loup, vous abordez le thème de la violence faite aux femmes. Les réponses par les mots d’Anna et les actes de Jeanne sont-elles destinées à nous interroger sur la question de la vengeance et de la justice des Hommes ? P.G. : La vengeance est la seule chose qui reste dans notre esprit quand l’abominable l’a vidé de sa substance. Ce n’est pas tant la justice des Hommes qu’elle interroge, mais l’Homme lui-même, dans sa propension à commettre des actes abjects. ClM : Le 13 janvier prochain, vous serez à Lodève à la librairie un point un trait, située au pied du Larzac, pas si éloignée des lieux évoqués dans Le sourire du scorpion. Seriez-vous inspiré par les grands espaces du Larzac et les terres rouges du Salagou ? P.G. : Oui, sans aucune hésitation ! Stephan Pahl

Metroid Dread

Jeux Vidéo Metroid Dread Développé par MercurySteam. Sorti sur Nintendo Switch le 12 octobre 2021. Genres : Action / Aventure / Plates-formes Metroid Dread est le cinquième opus des jeux 2D de la série. Les fans n’osaient même plus l’espérer : le jeu s’est fait attendre pas moins de 19 longues années. Sa révélation lors de l’E3 2021 par Nintendo à suscité un vif intérêt de la part des joueurs relançant l’enthousiasme de la saga auprès de ces derniers. Mais le jeu est-il vraiment à la hauteur de son engouement ? Voyons cela ensemble ! Après avoir éradiqué les Métroïdes et les Parasites X lors des 4 précédents jeux, Samus Aran est, comme nous, surprise du message envoyé par la Fédération intergalactique : une vidéo anonyme (mais authentique) montre clairement un Parasite X en vie et en liberté sur la planète ZDR. Ces terribles Parasites capables de tuer et répliquer toute forme de vie n’ont plus aucun prédateur depuis l’annihilation des Métroïdes… Pour analyser la situation sans mettre en péril de précieuses vies, la Fédération envoie des E.M.M.I. (des robots surpuissants) enquêter. Mais l’arrêt soudain de leur communication renforce le mystère autour de ZDR. La Fédération est encore une fois contrainte de faire appel aux services de notre Chasseuse de Primes préférée. Elle est la seule à même de résoudre la situation puisqu’elle ne craint pas les Parasites X grâce à son ADN Métroïde, acquis lors de ses précédentes péripéties. Ce n’est qu’une fois arrivée sur la planète que les problèmes commencent. Elle (donc nous au passage) se fait attaquer par un inconnu bien trop puissant pour elle et se retrouve sans équipement dans les profondeurs de ZDR à devoir remonter à la surface pour récupérer son vaisseau… le jeu commence alors ! Disons le, Metroid Dread ne brille pas particulièrement par la complexité de son scénario. Il n’est pas même particulièrement original ou très aguicheur mais il saura ravir les fans en leur donnant l’occasion d’en apprendre un peu plus sur les Chozos, une autre espèce importante mais peu développée de la série. Pour faire simple, l’objectif du scénario est d’expliquer pourquoi Samus s’est retrouvée perdue dans les tréfonds d’une planète et pourquoi le joueur doit l’en faire sortir. Et c’est bien suffisant, car ce n’est pas sur cet aspect que le jeu rayonne. C’était déjà le fer de lance de la série il y a plus de 20 ans, (si bien que la série a donné en partie son nom aux jeux du genre : Metroidvania) : le gameplay ! C’est lui qui donne tout son intérêt au jeu. À la fois un jeu de plateforme, d’exploration et de tir, Metroid Dread garde le joueur dans une action continue, dynamique et fluide. Samus se déplace dans un monde en 2D, et peut donc se mouvoir vers la gauche, la droite, le haut et le bas. Mais surtout courir, s’accroupir, glisser, nager, s’agripper aux murs, tirer des missiles… une liste d’actions possibles qui ne cessent de s’accroître au fil de l’aventure, renouvelant la jouabilité du titre en quasi-permanence. Le gameplay du jeu est ainsi étroitement lié aux décors qui le composent. Chaque zone est adroitement pensée pour que les mouvements de Samus soient fluides, libres et intuitifs. C’est un vrai régal de contrôler Samus : je ne me suis jamais senti limité dans mes actions et dès lors qu’une nouvelle capacité est débloquée, elle devient déjà indispensable. À première vue, la progression dans le jeu semble trop simple ou répétitive : explorer une zone, déverrouiller des capacités nous permettant d’atteindre de nouveaux endroits ou d’éradiquer un Boss, afin d’aller dans une nouvelle zone et recommencer. Dans la pratique ce n’est pas vraiment ça. Sans cesse, Samus doit faire des allers-retours entre les différents environnements, afin de s’armer face aux menaces des différentes zones. Oui, car il y a en effet un gros élément dont je n’ai pas encore vraiment parlé et qui rend l’atmosphère du jeu bien différente. Les E.M.M.I. ! Ces robots invincibles (ou presque) ont été piratés et pourchassent Samus dans le but de l’éliminer. Comme ils sont contraints à la rechercher dans des zones spécifiques de la carte, franchir la porte d’une zone E.M.M.I. change la dynamique du tout au tout. La chasseuse devient la proie. Simple et efficace : si le robot nous attrape, c’est le game over et il faut recommencer. Il faudra parfois s’armer de patience, prendre notre courage à deux mains et courir, mais surtout utiliser les capacités de camouflage à bon escient, au bon moment. En plus de la pression appliquée par les E.M.M.I., c’est l’ambiance de ces zones qui les rend particulières. L’atmosphère dégagée par la musique stridente et angoissante se mêle parfaitement à l’image dé-saturée (et donc grisâtre) pour un rendu parfait : j’en ai eu des sueurs froides… Si le gameplay de Metroid Dread est exemplaire, c’est aussi dû aux environnements qui l’accompagnent. Le gameplay est riche, les environnements sont passionnants à explorer et les ennemis offrent un challenge très plaisant à relever Je viens d’aborder les zones E.M.M.I. qui en plus d’être angoissantes sont de plus en plus complexes à fuir. Mais les décors des autres sections ne sont pas en reste. Qu’ils soient un complexe métallisé et glacial, une usine d’extraction de lave, une zone tropicale ou encore un édifice submergé, les environnements du jeu sont sublimes, et mettent parfaitement en avant ce qu’il faut. L’arrière plan n’est pas trop chargé en animations inutiles qui surchargeraient la lisibilité de l’action qui se déroule au premier plan. Les éléments avec lesquels Samus peut interagir sont clairement visibles, bien que parfaitement intégrés aux décors, ce qui rend la cohésion visuelle bien plaisante à voir. Alors oui, les limitations techniques de la Switch se font ressentir, 5 ans après sa sortie : le jeu saccade parfois et n’a pas une qualité d’image parfaite. Mais cela n’empêche pas vraiment de profiter de l’aventure. C’est dommage mais pas catastrophique. Metroid Dread est de loin mon coup de cœur de cette année 2021.

J’habite dans une coopérative

Local J’habite dans une coopérative C’est une belle journée d’octobre. Sur leur terrain de 6 870 m2 situé dans le quartier des Carmes à Lodève, les fondateurs de la Caminade sont à pied d’œuvre. Phoebe quitte son appartement pour occuper un deux-pièces, qu’ils destinent ensuite à de l’hébergement transitoire, quand leur habitat partagé sera réalisé. Les travaux doivent démarrer l’an prochain : 17 logements sont prévus. La maison commune comprendra des chambres d’amis, une salle à manger, cuisine, buanderie, salle de travail et de réunion, bibliothèque-ludothèque. Une pièce de silence sera aménagée à l’écart. Mais chut on en parlera quand ce sera fait, dans deux ans si tout va bien !  Lorsque Gaëlle Lévêque, la Maire de Lodève, leur propose de visiter le site au printemps 2019, le noyau du groupe, constitué depuis 4 ans, vient d’essuyer un revers à Gignac. Ce terrain est un cadeau inespéré. La pente est raide mais l’emplacement reste idéal, en lisière de forêt, tout en étant en ville. Il possède une vue imprenable sur le cœur de bourg, une terre cultivable en contrebas et deux bâtiments, vestiges d’une ancienne vie. L’un, amianté, devra être détruit, l’autre sert déjà d’atelier collectif et de salle de réunion, le début de l’aventure. Dans le futur salon de Phoebe, l’heure est au coup de pinceau. Sur l’échelle, Jacques, ex-avocat, est le président en titre de cette joyeuse équipée, dont la moyenne d’âge des ouvriers du chantier dépasse l’âge légal autorisé. À la question : “Ont-ils eu peur de ne pas y arriver ?”, il rit : “La prise de risque fait partie de l’aventure”. À eux tous, ils ont déboursé quelques 300 000 euros pour payer les dépenses courantes, experts, bureaux d’études, architectes, et investi 500 000 euros supplémentaires, soit les 25 % du budget exigé par les administrations, les politiques, les banques, avant d’étudier le dossier. À chaque étape, il faut réexpliquer ce qu’est une coopérative d’habitants : la possibilité pour des individus de s’organiser pour concevoir et construire ensemble leur habitat, logements et espaces communs, qu’ils géreront ensuite dans une logique de partage et de solidarité (loi Alur de 2014). En Suisse, 23 % du parc immobilier est produit sous forme de coopérative, en Norvège, c’est 40 % du parc immobilier d’Oslo. En France, seuls 13 habitats partagés fonctionnent aujourd’hui selon ce mode, 46 sont en projet. Car la route est longue et semée d’embûches. Entre deux coups de pinceau, Jochen fait les présentations. Le groupe de 2 à 76 ans, l’âge de Reggie, sa compagne, qui s’en réjouit : “Porter un projet de cette envergure à un âge où les gens deviennent casaniers, se dire que la vie n’est pas finie ! Que peut-on rêver de mieux ?”. Jusque-là, le couple vivait à l’écart du monde, dans une maison construite de leurs mains, autonome énergétiquement, perdue dans la garrigue, vers Saint-Pons, à des années-lumière d’une société où on allume le chauffage en tournant un bouton. Mais s’ils y vécurent heureux et y élevèrent deux enfants, à l’approche de leurs vieux jours, l’idée du collectif s’est imposée. Comme elle s’impose de plus en plus. Au-delà d’un certain âge, qui ne s’est pas posé la question de sa finitude, de la dépendance, du placement en Ehpad ? La population des plus de 60 ans va doubler d’ici 2050, il faudra inventer d’autres modèles pour accompagner le vieillissement. Reggie et d’autres ici ont fait partie d’ECEO, un mouvement lancé par Cathy Blanc pour accompagner les personnes isolées. C’est au sein de ce collectif, dans les années 2000, que naîtra l’idée de créer des maisons ECOE pour rompre l’isolement des gens âgés. Il faudra encore attendre des années avant que la première ne voit le jour à côté de Montpellier. La leur est en passe de se réaliser. Il est midi passé, les pinceaux sont toujours actifs pendant qu’en cuisine, d’autres petites mains s’affairent. Mino interroge : – Est ce qu’on se met au jardin, au pire on aura un peu froid ou là-haut sur la terrasse, mais il faut monter une table.– Quelle table ? – Si on doit la monter, il faut qu’elle soit en plastique– On a ça nous, du plastique ? – Il me semble qu’il y en a une quelque part. Elle date d’avant nous mais on n’allait pas la jeter.  Derrière ces papys fondateurs, promoteurs de leur habitat, se dissimulent d’anciens 68tards, des membres d’Attac, des verts de la première heure quand l’écologie n’était encore qu’une suggestion d’accompagnement dans le monde politique. C’est précisément ce militantisme qui a soudé le groupe et rendu leur combat exemplaire. S’ils agissaient pour leur intérêt propre, se donneraient-ils autant de mal ? Non.  À quelques centaines de mètres de là, les compagnons de L’îlot vert de la Soulondre, s’apprêtent à effectuer leur toute première visite de site ouverte au public. Contrairement aux habitants de la Caminade, dont le noyau s’est rencontré des années auparavant, pour eux tout est allé très vite. Le collectif s’est constitué il y a quelques mois pour imaginer un projet d’habitat participatif capable de s’opposer à celui des promoteurs qui lorgnaient sur cette parcelle de plus de 6 000 m2 située en bord de la Soulondre : un petit paradis de verdure, anciennement une ferme. Si la Maire, encore une fois, a opté pour l’habitat partagé, la séance du Conseil a été houleuse, et la partie est loin d’être gagnée. D’ici fin janvier, il faudra au groupe d’autres garanties, notamment financières, pour remporter définitivement la parcelle convoitée. Cet après-midi, Rémi fait la visite. Ancien architecte, aujourd’hui promoteur d’une sobriété heureuse, il vit et milite ici au même titre que la plupart de ceux qui se sont retrouvés dans ce projet d’habitat écologique et solidaire, conçu pour devenir un lieu de mixité générationnelle, culturelle et sociale – la moitié des logements pourront être attribués à des foyers modestes. Leur dossier contient la promesse d’une vie meilleure. Des appartements tous exposés pareillement, des équipements en commun, buanderie, vélos, voitures (oui même la voiture !), des espaces partagés (jardin, salle polyvalente, atelier,

Liberté, je chéris ton nom

PHILOSOPHIE Liberté, je chéris ton nom Battre le pavé pour montrer son mécontentement, voilà les nouvelles forces d’expression de la liberté. Depuis que le président de la République a annoncé le 12 juillet 2021 l’établissement d’un pass-sanitaire, chaque samedi et parfois en semaine, des milliers de manifestants crient leur colère et leur refus. Et ces manifestations rassemblèrent au plus fort de la mobilisation plus de deux cent mille manifestants. Ce fait est remarquable : il y a un refus et une contestation d’une décision collective prise par un gouvernement élu au nom de prérogatives individuelles que les manifestants estiment au-dessus de la décision du politique. La logique est libérale : l’individu et sa liberté sont au-dessus de tout le reste. Mais c’est doublé par le sentiment d’appartenance à un groupe, celui des contestataires, qui construit son identité dans le rapport de force contre l’État. Du coup la manifestation devient un rite qui unifie les individus au sein d’un collectif, alors même que ce qui est revendiqué c’est la liberté individuelle. Il est reproché au gouvernement de nier cette dernière et il est demandé que les individus puissent réguler eux-mêmes par leurs comportements individuels la progression d’un virus. Mais qu’est-ce que la liberté ? C’est la première question qu’on doit poser. Le philosophe français qui y répond le mieux a vécu au XIXe siècle. Il s’agit de Benjamin Constant, qui fit en 1819 une intéressante distinction entre deux types de liberté : la liberté développée par les citoyens grecs de l’Antiquité et la liberté développée par les Modernes (c’est-à-dire les Français de la Restauration à partir de 1814) : “Demandez-vous d’abord, Messieurs, ce que, de nos jours un Anglais, un Français, un habitant des États-Unis de l’Amérique, entendent par le mot de liberté ? C’est pour chacun le droit de n’être soumis qu’aux lois, de ne pouvoir être ni arrêté, ni détenu, ni mis à mort, ni maltraité d’aucune manière, par l’effet de la volonté arbitraire d’un ou de plusieurs individus. C’est pour chacun le droit de dire son opinion, de choisir son industrie et de l’exercer ; de disposer de sa propriété, d’en abuser même […] Comparez maintenant à cette liberté celle des anciens. Celle-ci consistait à exercer collectivement, mais directement, plusieurs parties de la souveraineté tout entière, à délibérer, sur la place publique, de la guerre et de la paix, […] mais en même temps que c’était là ce que les anciens nommaient liberté, ils admettaient, comme compatible avec cette liberté collective, l’assujettissement complet de l’individu à l’autorité de l’ensemble.” Vous comprenez comment Constant montre l’impossibilité de la réalisation de la liberté des anciens aujourd’hui (sans doute encore plus qu’à son époque en 1819) car ce qui domine aujourd’hui c’est l’expression d’une forme d’individualité dans la revendication de nos droits : J’ai droit à est sans doute l’expression la plus concrète de nos libertés, avec juste la limite, fixée d’ailleurs dans nos lois, de ne pas nuire à autrui. Dans la mesure où je ne nuis pas aux autres en ne me vaccinant pas, je peux considérer que personne ne doit m’obliger à me vacciner. Si je considère que je ne mets pas en danger les autres, je peux refuser de me soumettre à quelque contrôle que ce soit. Cette individualisation des points de vue est bien entendu paradoxale : comment et pourquoi reprocher à une application téléphonique de témoigner d’une démarche médicale au nom de la liberté, alors même que chacun d’entre nous a des dizaines d’applications qui violent plus ou moins ouvertement le respect de nos données (accès à nos photos, à nos contacts) avec un consentement signé à partir d’une déclaration préalable que personne ne lit ou quasiment personne. Seuls quelques farouches défenseurs du droit à la vie privée qui, cohérents, refusent tout usage du smartphone qui implique un suivi des données, peuvent en toute légitimité refuser le pass-sanitaire. Les autres semblent faire davantage confiance dans les GAFA (avec Facebook et Whatsapp) et autres BATX (avec TikTok) qu’en l’État français, obligé théoriquement lui de respecter les lois. Pour le prouver il suffit de comparer la possibilité de saisir le Conseil d’État et les tribunaux administratifs pour contrer l’action de l’État alors même que les entreprises du net échappent pour la plupart aux lois françaises. Mais passons sur ces considérations socio-politiques, pour revenir à ce qui nous intéresse le plus : la définition de la liberté face à la décision politique. Pouvons-nous décider, nous citoyens d’un État de droit, de remettre en cause une décision d’un gouvernement élu au titre que nous ne nous sommes pas d’accord ? La relation aux pouvoirs publics est donc la deuxième question intéressante à analyser : les Grecs de l’Antiquité qui ont inventé la démocratie recherchaient en réalité les règles de la vie bonne : nous ne sommes pas simplement des fourmis organisées, nous sommes aussi des animaux politiques qui ont à leur disposition le langage pour discuter de la définition de la justice, pour reprendre la référence à Aristote (IVe siècle avant notre ère) dans son célèbre livre, Les Politiques. Il y précise que la nature même de l’Homme est d’appartenir à une cité. Celui qui est seul, simple cellule à côté des autres, est soit un dieu soit un sous-homme. Notre humanité passe par l’appartenance à une communauté politique qui détermine nos règles de la justice. C’est donc dans notre dimension collective que nous nous épanouissons réellement. Du moins était-ce le cas pour l’homme de l’Antiquité. Les relations ont changé en cette première moitié du vingt-et-unième siècle : il est désormais courant de faire appel, face aux décisions du pouvoir exécutif, au Conseil constitutionnel pour censurer une loi ou procéder à des recours auprès du Conseil d’État ou des tribunaux administratifs. Les deux institutions assez méconnues au moins sur le plan de leur fonctionnement posent la question philosophique suivante : le droit garantit-il le respect par l’État de ses propres lois et permet-il ainsi aux citoyens de garder le sentiment de liberté au sens suivant : le citoyen doit ne pas avoir peur de l’autorité qui est au-dessus de lui et n’être pas obligé