Le même et l’autre

PHILOSOPHIE Le même et l’autre Deux événements ont rapproché Lodève et Paris en 2024 : la restauration de la Cathédrale Saint-Fulcran qui précède celle de Notre-Dame de Paris. Certes Lodève est à l’avant-garde : la ville a organisé ses festivités plusieurs mois avant l’ouverture des portes de la Vieille Dame, le 8 décembre prochain, et ces journées eurent un vrai succès populaire. Mais une question taraude mon esprit : pourquoi ce besoin de reconstruire à l’identique des monuments du passé alors que notre société voue un culte au progrès et à l’évolution ? Et d’ailleurs, est-ce vraiment les mêmes édifices que nous pourrons tous visiter ? Bien qu’elles soient reconstruites à l’identique, y compris leurs clochers, ce sont des bâtiments différents, avec des murs différents, des poutres neuves sous un toit changé, une flèche différente… Que veut dire être le même pour un édifice religieux ? Est-ce parce que les fidèles pourront venir dans le même cœur ? Mais si la symbolique est la même, pour autant le cœur sera un autre cœur. Alors que tous les ouvrages architecturaux de cet âge ont connu de multiples modifications au cours des siècles, alors que nous avons tous vu Notre-Dame de Paris brûler en ce mois d’avril 2019, il y a une forme d’obsession pour la reconstruction à l’identique, la recherche de la stabilité dans le semblable. Pourquoi n’en a-t-on pas profité pour construire autre chose ? Des tas de projets, baroques ou post-modernes ont été balayés d’un revers de la main par la majorité des médias et “experts” d’un soir, au profit d’un conservatisme d’une apparence qu’on voudrait immortelle. Mais il y a un paradoxe : il va sans dire que la cathédrale Notre-Dame appartient à notre patrimoine commun, que nous soyons pieux ou pas, mais restaurer la cathédrale à l’identique, n’est-ce pas justement trahir l’identité de la cathédrale, en remplaçant les pièces d’origine, calcinées, par des pièces neuves, mais étrangères à la cathédrale d’origine ? L’identité est-elle réellement dans la forme de la cathédrale – en particulier ce qu’on voit, c’est-à-dire la fameuse flèche qui date du XIXe siècle – ou dans la sacralisation du lieu pour des activités religieuses et/ou touristiques, quel que soit ce lieu, quelle que soit la forme qu’il prend ?
Sucré / Salé – 196

Sucré Tarte aux abricots Temps de préparation : 15 minTemps de repos : 45 minIngrédients pour 6 personnes • 1 pâte sablée• 600 g d’abricots (bien mûrs de préférence) • 4 c.à.s. de sucre• 4 c.à.s. de farine• Cassonade• Poudre d’amandes Placer la pâte sablée dans un moule à tarte. Étaler sur la pâte le mélange des 4 cuillères à soupe (rases) de farine et celles de sucre. Laver les abricots et les couper en 4 ou 6. Afin d’éviter que la tarte soit détrempée, disposer les abricots côté peau sur le fond de tarte composé du mélange sucre/farine. Parsemer la tarte d’un peu de cassonade et de poudre d’amandes.Enfourner pour 45 minutes à 200°C (thermostat 6-7). Bon appétit ! GALETTEs DE COURGETTES RÂPÉES Salé Temps de préparation : 30 minTemps de cuisson : 13 minIngrédients pour 6 personnes • 2 courgettes• 2 œufs• 1 tasse de farine• 1/2 gousse d’ail• 3 c.à.s. de fines herbes• Sel, poivre Peler et râper les courgettes. Les mettre dans une passoire, saupoudrer de sel et laisser dégorger pendant 1 h. Les rincer et les sécher dans un torchon en serrant fort puis les mettre dans un saladier. Ajouter la farine, les œufs, les fines herbes, l’ail haché, le poivre et le sel. Bien mélanger. Si la consistance est très liquide, ajouter un peu de farine. Faire chauffer de l’huile d’olive dans une poêle et y disposer des petits paquets de la préparation. Laisser dorer 3 minutes puis les retourner ensuite régulièrement jusqu’à ce que les galettes soient dorées.Bonne dégustation ! No posts found!
Dans la chronique de Bekar – Tom Guibal

MUSIQUE Dans la chronique de bekar Tom Guibal Dès que cela fut possible, je me suis rendu à un concert de Tom Guibal. Accompagné de Niko Sarran à la batterie, de Sam Marshal à la basse, Tom Guibal tient le micro et sa guitare. Il y a des artistes comme ça, sur scène, ils donnent une vitalité à leurs chansons, pour offrir à l’auditeur ce moment qui les convainc que ça valait vraiment la peine de passer de l’album au live. Là, Tom Guibal ose des expériences, des prises de parole propres au rock français. Il fait monter un danseur russo-ukrainien, Mitia Fedotenko et conclut son titre d’un “Fuck Poutine” qui pose les choses : le rock français a dans son histoire toujours su dire “fuck” à bon escient. Le prochain clip de Tom Guibal, en cours de tournage, mettra en scène Mitia Fedotenko. Pendant une heure et demie, les titres s’enchaînent dans une énergie particulièrement heureuse. On peut lire sur le visage de chacun des musiciens et de Tom Guibal en particulier un engagement sans faille dans ses chansons. Enfin, présenter Tom Guibal c’est parler de son côté décalé très assumé. Des imitations de Claude François dans ses clips, des photos humoristiques où il porte plusieurs paires de lunettes, se coiffe d’une perruque et arbore des mimiques inattendues : “c’est aussi moi” précise-t-il : “L’une de mes facettes. J’aime les Monty Python et l’humour décalé, je fais les choses très sérieusement, sans me prendre moi-même au sérieux. Et puis cet album, “Comme des mots”, est très chargé dans les textes et la musique, j’avais envie de proposer autre chose pour l’univers visuel”. Tom Guibal, prépare aujourd’hui un nouveau clip et un nouveau single. Pour le découvrir, en son et en images, rendez-vous sur toutes les plateformes. youtube.com/@tomguibal | www.bekar.fr Bekar No posts found!
Unicorn Overlord

Jeux Vidéo Unicorn overlord Développé par Vanillaware et Atlus.Paru en février 2024 sur Nintendo Switch, PS5, PS4 et Xbox Series. Genres : Aventure, Tactical RPG. Déconseillé aux -12 ans Avec un nom pareil, (suzerain licorne) vous pourriez penser qu’il s’agit d’un jeu débordant de joyeusetés roses et autres arcs-en-ciel, mais que nenni ! L’histoire du jeu est même plutôt sombre, puisqu’elle décrit le voyage d’Alain, Prince de Cornia, et de ses compagnons, cherchant à reconquérir leur royaume déchu. L’introduction du jeu donne le ton : la Reine Ilénia (la mère d’Alain) se fait tuer par Galvius, juste après avoir donné l’ordre à son maître d’armes de protéger son fils en l’emmenant hors du royaume. C’est dix ans plus tard que nous prenons le contrôle d’Alain, âgé désormais de 17 ans, afin de libérer le monde du joug diabolique du nouvel Empereur. Si le synopsis est loin d’être novateur, le reste de l’intrigue apporte son lot de surprises, notamment grâce aux très nombreux personnages et leurs histoires variées. Mais si ça ne parle pas de licornes roses, alors de quoi s’agit-il ? Afin d’aborder lesdits personnages plus en détail, il me faut d’abord vous parler des combats, composante principale de Unicorn Overlord. Car oui, vous l’aurez deviné, qui dit reconquête d’un royaume déchu, dit batailles. Très loin d’être un jeu nécessitant de marteler les boutons de la manette sans réfléchir, il faut au contraire agir avec prudence et réflexion lors des affrontements. De très nombreuses confrontations attendent Alain et ses compagnons partout en Fevrith. Malgré une envergure variable en fonction du contexte géographique, chaque bataille se montre digne d’intérêt. Maintenant accrochez-vous à votre slip, car de prime abord, les combats de Unicorn Overlord sont loin d’être facile à comprendre. Avec des stratégies à plusieurs niveaux et de multiples paramètres de combat, je vais tâcher de rendre ça le plus clair possible et laisser découvrir aux plus curieux d’entre vous, en jouant, les subtilités que je passe sous silence pour plus de clarté. Pour combattre, il est préférable de former des escouades robustes. Car ce sont elles qui iront sur le champ de bataille affronter les ennemis, alors autant être bien préparé ! Ces escouades sont composées de plusieurs personnages 1, et chacun d’eux possède une classe qui définit ses compétences au combat. Ainsi, chaque personnage possède des forces et faiblesses propres qui détermineront son utilité, ou son rôle, dans les escouades. Prenez par exemple les Mages qui possèdent une force de frappe magique inégalée. Ils seront dévastateurs contre les Légionnaires, eux-mêmes très robustes face aux épées des Épéistes. Épéistes qui par leur rapidité arrivent à éliminer les mages avant qu’ils ne lancent leurs sorts. Là j’espère que vous vous dites “J’ai tout compris”, car ce n’est pas fini ! Chaque escouade est formée en deux lignes et trois colonnes, soit six emplacements pour y loger nos unités. La ligne avant protège la ligne arrière des assauts adverses, tandis que la ligne arrière élimine les ennemis ou soigne la ligne avant. Vous comprendrez ainsi que placer un mage sur la ligne avant et un légionnaire sur la ligne arrière n’est pas optimal face à une escouade ennemie comprenant un épéiste. Car l’épéiste attaque le mage et le légionnaire ne peut rien faire. Voilà la base, version ultra simplifiée. Car là, c’est avec trois classes. Imaginez ce que ça donne avec la bagatelle des presque 80 classes du jeu. Oui, 80 ! J’ajoute que chaque personnage a une dizaine de statistiques qui influencent son comportement en combat (par exemple, un personnage avec une initiative haute attaquera en premier), qu’il est possible d’équiper nos unités de différents équipements octroyant d’autres compétences, et le cerveau explose. De plus, les affrontements entre chaque escouade se déroulent automatiquement. Ce sont donc tous ces paramètres qui régissent quel personnage attaque qui, dans quel ordre et avec quelles compétences. C’est alors la composition de l’escouade alliée face à celle de l’escouade ennemie qui détermine la victoire ou la défaite de l’affrontement. Il est donc nécessaire, en amont d’une bataille, d’adapter ses escouades à celles rivales. Puis de déplacer les bonnes escouades face aux bons adversaires, pour remporter le combat. C’est là le cœur de la stratégie de Unicorn Overlord. Il y a encore beaucoup d’autres subtilités à découvrir qui enrichissent grandement le gameplay, mais je pense vous avoir déjà suffisamment pris la tête… “Je n’ai pas tout compris alors comment je fais pour former mes 10 escouades composées chacune de 6 personnages moi ?” Vous vous dites ? (Si si, vous vous posez la question…). Je vais vous répondre, non sans ironie, que c’est facile ! Il y a plus de 60 personnages jouables dans le jeu, chacun avec une histoire à découvrir, une classe personnelle (ou presque) et des compétences uniques ! Tous ces personnages qu’Alain recrute dans son armée, lorsqu’il libère les territoires du joug de Galvius, gagnent en affinité lorsqu’ils combattent ensemble. Ainsi, les liens entre chacun des 60 personnages peuvent être renforcés, au combat ou lors de l’exploration, en partageant un repas par exemple. Cette affinité donne lieu par la suite à des dialogues entre les personnages qui donnent vie à ces derniers et permettent au joueur d’en apprendre plus sur les combattants qu’il dirige. C’est avec plaisir que j’ai découvert l’histoire de ces protagonistes tout au long du jeu, au cours de ma progression dans l’intrigue plus globale et lors de l’exploration de Fevrith. Cette vaste terre est composée de 5 régions distinctes, qui abritent chacune différentes espèces vivantes. Humains, Elfes, Anges (et j’en passe) peuplent les majestueuses terres de la planète. C’est avec une certaine excitation que j’ai exploré les différentes régions. Car les activités hors-combats sont nombreuses : restaurer les villes, trouver des lieux cachés, accomplir des missions, ce ne sont pas les surprises qui manquent. Chaque lieu a sa petite particularité, chaque décor est soigneusement peint. Les personnages sont dessinés et animés avec précision, chacun de leurs mouvements est crédible. Le style très “bédéesque”, à la fois des décors et des personnages, est parfaitement maîtrisé, personnellement
Questions à Alexandre Civico

Interview Questions à Alexandre Civico ©Barbara Tajan C le Mag : Parce que “Comment glander au bureau…” ne suffit pas, vous avez écrit différents ouvrages aux éditions Rivages dont “La Terre sous les ongles” et “La Peau, l’Écorce”. Chez Actes-Sud, après Atmore Alabama, vient de paraître Dolorès ou le ventre des chiens. Quel en est le pitch ? Alexandre Civico : Dolorès Leal Mayor est arrêtée pour avoir tué une dizaine d’hommes puissants après les avoir séduits. Ce faisant, elle a acquis, malgré elle, un statut d’icône féministe, et d’autres femmes se sont mises à l’imiter, à tuer à leur tour des hommes en position de domination symbolique et financière. Devant cette “épidémie”, l’État envoie un jeune psychiatre, Antoine Petit, à la prison où Dolorès est incarcérée avec une mission simple : Dolorès doit être déclarée irresponsable de ses actes afin d’éviter un procès qui entérinerait définitivement son statut d’icône. ClM : Quelle est l’origine de ce livre ? A.C. : L’idée d’une “épidémie” de meurtres est une idée ancienne, qui devait se trouver au centre de mon premier roman (où des ouvriers et ouvrières se mettaient à assassiner leurs patrons), mais “La Terre sous les ongles” m’a emmené ailleurs. Puis, un jour, j’ai découvert l’existence d’une terroriste basque de l’ETA, que l’on surnommait la Tigresse, qui avait pour particularité de séduire ses cibles avant de les abattre. Soudain, j’avais la figure qui me permettait d’écrire cette histoire. ClM : Dans un style direct et assez jubilatoire vous instaurez, tel un dialogue, une alternance de chapitres consacrés à Antoine et Dolorès, qui sont-ils ? A.C. : Antoine Petit est un jeune psychiatre aux addictions multiples, un personnage profondément cynique et désespéré, un homme qui a abandonné tout espoir. Dolorès Leal Mayor est la petite-fille d’un révolutionnaire espagnol, venu en France après avoir commis un attentat contre Franco. Élevée dans le mythe de la révolution, elle n’y croit plus, mais garde un feu intérieur qui lui rend le monde insupportable. Je constate simplement que ce n’est qu’à travers des mouvements violents que le peuple a réussi, parfois, à obtenir l’amélioration de certaines conditions de vie ClM : La rage de Dolorès résonne chez Antoine, l’alternance des chapitres fait comme un miroir entre les deux personnages ; de quoi sont-ils le reflet ? A.C. : Ils sont deux réactions face à un monde insoutenable qui mène à la violence et à la rage. ClM : Faut-il nécessairement passer par un comportement radical pour faire comprendre la bêtise du patriarcat ? A.C. : La réaction de Dolorès, et celle des autres femmes, n’est pas uniquement une réaction au patriarcat, mais à la combinaison infernale du capitalisme et du patriarcat. Je n’ai pas de réponse tranchée à cette question. Je constate simplement que ce n’est qu’à travers des mouvements violents que le peuple a réussi, parfois, à obtenir l’amélioration de certaines conditions de vie. ClM : “La tempête, c’est une rage que vous appelez haine pour pouvoir nous embastiller”. La rage est-elle saine ? A.C. : Je ne sais pas si la rage est saine ou bénéfique, mais elle est le moteur de Dolorès, et sans doute un peu le mien. ClM : Le combat d’une femme ordinaire qui ne veut pas être un symbole mais simplement reconnue pour ce qu’elle est ? Un combat peut-il se passer de symboles pour exister ? ROMAN : 192 pagesÉditeur : Actes SudParution : janvier 2024ISBN : 978 233 018 6142 A.C. : Je n’aime pas les héros. “Malheureux le pays qui a besoin de héros” dit Brecht dans “La Vie de Galilée”. Un combat devrait pouvoir se passer de figures héroïques. Un combat est souvent phagocyté par la figure héroïque qui l’incarne. Les symboles, c’est autre chose. Un peuple qui agit peut créer des symboles forts sans avoir besoin d’une incarnation par un individu unique. ClM : Dolorès dit : “je ne demande pas à un écrivain de m’aider à m’évader, je veux qu’il me montre où sont les barreaux”. C’est quoi pour vous la littérature ? Stephan Pahl No posts found!
Questions à Diane Dupré la Tour

Interview Questions à Diane Dupré la Tour © Bruno Vigneron C le Mag : Vous avez été journaliste dans la presse économique et en 2016, vous avez co-fondé avec Etienne Thouvenot Les Petites Cantines, un réseau de restaurants de quartier, récompensé par de nombreux prix. En 2020, vous avez reçu la distinction internationale de Fellow Ashoka, qui soutient et accompagne des entrepreneurs sociaux visionnaires, capables de transformer en profondeur le fonctionnement de notre société. Comme à la maison, votre premier ouvrage, vient de paraître en mai 2024 chez Actes-Sud. Quel en est le résumé ? Diane Dupré la Tour : C’est un récit court, qui serpente entre les rencontres : celle de Marcelle, une vieille dame installée place Maubert à Paris, dont je fais la connaissance à l’âge de 14 ans, celle de Nathanaël, dont je partagerai la vie, celle de Etienne, plusieurs années plus tard, puis celles de Habib, de Pascal, de Danielle, de Zahia et des autres convives de ces restaurants de quartier. Et au milieu de tout ça : un accident de voiture. Mon monde qui s’écroule et la lente mais sûre reconstruction grâce aux relations sur lesquelles je m’appuie. C’est un livre sur la confiance. ClM : Cet ouvrage est un récit qui aborde à la fois l’intimité de votre vie et la création d’un projet, en quoi les deux sont liés ? D.D.T. : De loin, on pourrait avoir l’impression qu’il s’agit de deux sujets différents. Mais dès qu’on s’approche un peu, on s’aperçoit qu’ils ont la même cause : ce livre parle d’emprise. Il y a des fragilités humaines qui expliquent que nous puissions tomber parfois dans une relation d’emprise : la peur de la solitude, la difficulté à accepter les limites, le manque de capacité à se faire confiance… Il me semble qu’il y a un parallèle à faire entre une expérience d’emprise destructrice au niveau interpersonnel, et une expérience d’emprise comme nous sommes en train d’en vivre à l’échelle de la société – je pense à ce modèle de société dans lequel nous sommes maintenus sous cloche alors même que nous savons pertinemment qu’il nous détruit. Entre ces deux types d’emprise, les voies de sortie à trouver sont peut-être plus similaires qu’on ne le pense. ClM : Comment êtes-vous passée de la théorie (journaliste de presse économique) à la mise en pratique d’une réflexion économique, plutôt hétérodoxe (des restaurants à prix libre) ? Quelles ont été vos sources de réflexion économique et sociale ? D.D.T. : Cela ne s’est pas passé comme ça ! Déjà, en tant que journaliste, j’étais beaucoup sur le terrain. Dans les usines et les entrepôts au côté des salariés pour comprendre leur quotidien, dans les bureaux des dirigeants à recueillir leurs confidences, au café avec les syndicalistes, à la brasserie avec les avocats d’affaires, au fond de la salle de presse pendant la présentation des résultats financiers. Et puis il y a eu cet accident et j’ai eu besoin de me recentrer sur ce qui était essentiel pour moi. Je ne pensais pas explorer un nouveau modèle économique. C’est venu tout seul, à force de faire des carottes râpées, en tâtonnant collectivement pour trouver un modèle économique qui replace la relation au centre. ClM : Ce récit aborde plusieurs thèmes, dont celui du prix libre dans les restaurants que vous avez créés. Est-ce qu’un prix libre est un prix juste, et pour qui ? D.D.T. : Le prix libre n’est pas d’abord un prix juste – en quoi serait-ce juste que n’importe qui puisse payer un ou deux euros pour entrée, plat, dessert, café, le tout avec un approvisionnement très qualitatif ? Il ne s’agit pas de se poser en décideur de ce qui est juste, ni de qui doit être solidaire ou non, mais plutôt de porter notre attention collective sur la relation. C’est la relation qui est première, toutes les autres richesses en découlent. C’est avec cette vision anthropologique-là qu’il faut que l’économie renoue. C’est la condition pour une économie au service du vivant. Cela amène à piloter cette stratégie tarifaire de manière très différente. Si on applique de part et d’autre de la caisse un comportement fondé sur la relation de dette (“combien je te dois”), c’est la faillite assurée. Il y a un continent économique à redécouvrir : celui de l’économie du don. On pourrait écrire un livre dessus. il ne s’agit pas de dire “je te fais confiance pour donner assez”, mais “je suis heureux que tu sois là”. Nous traversons une période de famine relationnelle. Soit on manque de relations […] soit elles sont d’une qualité insuffisante ClM : Vous mélangez les ingrédients alimentaires, comme ceux de la vie, et racontez avec justesse la solitude et l’isolement dans lesquels vous étiez enfermée avant la mort de votre mari. Comment entendre une femme en détresse dans une société patriarcale ? D.D.T. : Le premier combat était contre moi-même. Il l’est toujours, tant j’avais intégré cette vision-là des relations. J’étais prise en étau entre cette culture patriarcale et la peur d’être injuste avec mon mari, d’avoir un regard trop auto-centré, de ne pas suffisamment le comprendre. Il m’a fallu du temps – et sa mort – pour réaliser que plus on se rapproche de soi, plus on se rapproche de l’autre. Sinon, c’est qu’il y a un rapport de domination qui ne se dit pas, ou de violence, quelle que soit sa forme. Il faut du courage pour franchir ce pas. Je suis reconnaissante aux femmes qui ont ouvert la voie. ClM : La violence conjugale, les coups, la terreur, (comme à la maison), ou la joie, les rires et parfois les pleurs, (comme à la maison), le titre de votre récit “Comme à la maison” couvre tous les ressentis. Est-ce que l’écrit comme la lecture sont des refuges ? Votre livre en est-il un ? D.D.T. : J’aime ce titre parce qu’il a de forte chance de prendre le lecteur au piège de ses a priori. Il ne prépare pas forcément les lecteurs au texte, pourtant à mon sens il est juste. L’écrit a été un refuge au moment où ma vie était un enfer. J’ai relu ces
L’idée Livres 196

Littérature Racines de Lou Lubie Entre étude sociologique et récit personnel, Racines raconte le parcours de Rose, une jeune métisse de la Réunion qui a beaucoup de mal à accepter ses cheveux crépus. On la suit de l’enfance à l’âge adulte au rythme de ses aventures capillaires et de l’évolution de son rapport à ses cheveux et à son apparence.Comme dans ses précédentes BD, Lou Lubie nous livre une enquête sociale approfondie et aborde à travers le sujet des cheveux des thèmes tels que le regard de la société sur le corps des femmes et les injonctions à une “beauté” standardisée, la taxe rose, mais aussi l’esclavagisme et le racisme. Malgré ces thèmes sérieux, la BD reste pétillante, pleine d’humour, de dérision et de tendresse. Les informations sont précises et foisonnantes mais très didactiques grâce au graphisme espiègle et efficace. Une vraie réussite à tous les niveaux ! Traverser les forêts de Caroline Hinault Après son premier roman noir Solak qui m’avait bluffée, Caroline Hinault frappe à nouveau très fort avec son dernier-né. Sa façon d’écrire percutante ne laisse jamais indifférent. L’action se situe à la frontière de la Pologne et de la Biélorussie à l’automne 2021. Nous suivons trois femmes plongées au cœur de la forêt primaire, trois parcours, trois destins différents. Alma, une jeune réfugiée syrienne qui essaie d’atteindre la Pologne, Véra, une journaliste biélorusse qui a décidé de s’isoler du monde pour mieux le comprendre et Nina, une Polonaise qui vit sur place à la frontière. Chacune va faire ressurgir en nous des émotions intenses et contradictoires, l’injustice, la violence et l’âpreté du monde face à la beauté, l’amour et l’espoir. Une très belle lecture à ne pas rater. Pirate de lumière de Lily Brooks-Dalton Née pendant le pire ouragan que la Floride ait connu, Wanda en porte le nom et les stigmates. Dans cet avenir proche, la hausse du niveau des océans, les canicules, mais surtout des tempêtes dantesques rendent une grande partie du monde inhabitable. Coup de cœur ! Un récit poignant, beau et attachant comme ses personnages. Nous sommes en totale empathie avec ces hommes et ces femmes qui luttent pour vivre et s’adapter à ce nouveau monde. C’est surtout l’histoire de Wanda qui grâce à sa voisine Phyllis, une scientifique, va apprendre à survivre au jour le jour et peu à peu découvrir les potentialités qu’offre ce nouvel environnement qui lui aussi évolue et se remodèle au fur et à mesure. Elle va devoir aussi composer avec ses semblables, ceux qui dérapent vers la violence et se complaisent dans le chaos. Et puis, il y a cette petite lumière d’espoir (au sens figuré et au sens propre car Wanda brille mystérieusement dans l’eau), que l’auteure distille tout le long du récit et qui nous redonne confiance en l’humanité. La route de Manu Larcenet L’apocalypse a eu lieu. Le monde est dévasté, couvert de cendres et de cadavres. Parmi les survivants, un père et son fils errent sur une route, poussant un caddie rempli d’objets hétéroclites, censés les aider dans leur voyage. Sous la pluie, la neige et le froid, ils avancent vers les côtes du sud, la peur au ventre : des hordes de sauvages cannibales terrorisent ce qui reste de l’humanité. Survivront-ils à leur périple ? Quelle claque ! Manu Larcenet réussit une adaptation incroyable du livre de Cormac McCarthy. Avec sobriété et justesse, il rend à la perfection l’atmosphère sombre et oppressante du récit. Les illustrations en noir et blanc et tout en nuances sont superbes. Manu Larcenet est au sommet de son art. Célèbre de Maud Ventura “La célébrité est ma vie. Est-ce que j’étais préparée à un tel succès ? Bien sûr que oui”. À la surprise de tous, sauf d’elle-même, Cléo devient une star mondiale, accumulant les millions de dollars, les villas à Los Angeles et les récompenses. Un régal ! Après son précédent livre : “Mon mari” (tout aussi excellent), Maud Ventura revient sur l’histoire d’une femme qui d’apparence normale s’avère peu à peu être borderline. Cette fois-ci, son personnage est une célébrité musicale. Les pensées de Cléo sont sans filtre, à la fois justes, touchantes, réalistes, folles, choquantes, dures, dénonciatrices, drôles…Avec un cynisme fou, des propos cinglants et une critique de la société face aux labels et à la “starification”, l’auteure ne nous épargne rien. Un grand moment de lecture avec une chute magistrale. Le chant de la rivière de Wendy Delorme Dans son nouveau roman, Wendy Delorme nous livre deux récits qui entrent en résonance : celui d’une jeune femme venue écrire à la montagne dans la maison d’enfance de son bien-aimé, et l’histoire de deux jeunes filles au début du siècle dernier, racontée par la rivière-narratrice.Ce texte (presque trop) court et porté par une écriture intime et poétique, nous entraîne dans ces deux histoires pleines de passion et de révolte contre la folie des hommes.Tout comme dans Viendra le temps du feu, son premier roman, l’autrice aborde des thématiques féministes engagées tout en faisant la part belle à l’introspection et aux émotions de ses personnages.Une lumineuse ode à l’amour, à la poésie et aux femmes indomptables ! L’année de la sauterelle de Terry Hayes L’objectif d’un agent de la CIA est de s’infiltrer, d’accomplir sa mission et de quitter la zone par tous les moyens. Et lorsque l’exfiltration d’une source cruciale conduit cet agent à croiser la route d’un terroriste qu’on disait mort, c’est la sécurité de tout l’Occident qui est menacée. Le récit débute en Iran et se termine en Russie en passant par des aventures incroyables. Dix ans après l’inoubliable “Je suis Pilgrim”, l’auteur va encore plus loin dans les rebondissements. De l’espionnage, de l’action, du suspense, du thriller, tout y passe, même du fantastique ! Le livre (un pavé de presque 700 pages) se lit comme on visionne une série addictive avec des cliffhangers à chaque chapitre. Une écriture carrée, maîtrisée et des scènes d’anthologie inoubliables (certes, parfaitement improbables mais ça nous est égal). L’agent Ridley Kane se surpasse et va changer le monde !
