Sucré / Salé – 199

Sucré Gâteau moelleux à la vanille et aux fraises Temps de préparation : 20 min Temps de cuisson : 45 min Ingrédients pour 8 personnes • 300 g de farine • 250 g de fraise • 100 g de beurre • 120 g de sucre • 1 pot de yaourt  • 3 œufs • 1 sachet de levure chimique • 1 sachet de sucre vanillé • 1 c-à-c. d’essence de vanille Laver, équeuter les fraises et les couper en deux. Chauffer le four à 180°C. Battre le beurre en morceaux avec les sucres dans un saladier. Ajouter les œufs en les fouettant bien puis incorporer le yaourt, la farine et la levure. Mélanger jusqu’à obtention d’une pâte. Verser celle-ci dans un moule beurré, disposer au dessus les fraises en les insérant légèrement dans la pâte et mettre au four pour environ 45 minutes. À la fin de cuisson, laisser refroidir, démouler, et décorer à votre convenance. Bon appétit ! Aubergines farcies au poulet Salé Temps de préparation : 20 min Temps de cuisson : 30 min Ingrédients pour 4 personnes • 2 aubergines• 2 blancs de poulet• 400 g de pulpe de tomate• 50 g de fromage râpé• 10 cl de crème liquide• 1 oignon• 1/2 gousse d’ail• Sel, poivre, huile d’olive Couper les aubergines en 2 et les creuser avec une cuillère en réservant la chair. Émincer finement les blancs de poulet, hacher l’ail. Faire revenir l’oignon et l’ail dans une poêle, puis ajouter le poulet émincé et la chair des aubergines. Saler, poivrer et laisser cuire pendant 10 min. Verser la pulpe de tomate et la crème, puis laisser cuire à feu doux pendant quelques minutes. Hors du feu, incorporer une poignée de fromage râpé à la farce et bien mélanger. Farcir ensuite généreusement les aubergines et ajouter le reste du fromage râpé. Enfourner à 200°C pour 30 min et servir immédiatement. No posts found!

Dans la chronique de Bekar – Sidi Bémol

MUSIQUE Dans la chronique de bekar Sidi Bémol © Frank Loriou Les chansons trouvent ici un groove qu’il qualifie lui-même de gourbi-rock. En concert, j’ai vu combien la générosité entendue dans les albums et les chansons était celle d’un homme. Il occupe la scène, avec ses musiciens, avec une simplicité déroutante. On pourrait avoir l’impression qu’on est avec lui, chez soi, ou chez lui, à boire un café pendant qu’il  joue ses titres.  Le public danse, chante, l’interpelle, réagit à ses textes dans une atmosphère fraternelle et amicale. Il se permet quelques prises de paroles, dont on pourra dire que certaines sont politiques, je dirai surtout qu’elles sont audacieuses et courageuses, au regard du contexte de tensions internationales, en particulier entre la France et l’Algérie. Comme ses albums, le concert est généreux. À celui auquel j’ai assisté il a même offert quelques titres qu’il joue habituellement à l’occasion d’un autre répertoire : les chants marins Kabyles. Et si vous devez entrer dans le répertoire de Sidi Bémol par la porte de la découverte, je vous conseillerai de laisser faire le hasard, celui qui m’a conduit vers lui : selon que la pochette vous plaît, qu’un titre attire votre regard, qu’une vidéo tombe sous le clic de votre souris ou de votre doigt. Une des mes chansons s’intitule Rabbi Bekar… Sidi Bémol est aussi parfois nommé Cheikh Sidi Bémol. Il est des ponts entre les artistes, entre les cultures, entre les gens. Il y a des mains qui se tiennent au travers des voix et des chansons. www.sidibemol.com | www.bekar.fr Bekar No posts found!

L’idée Livres 199

Littérature Ta promesse de Camille Laurens “Au moment où s’ouvre ce livre, je romps une promesse. Lorsque je l’ai faite, c’est idiot, j’étais sûre que je la tiendrais. Enfin, idiot, je ne sais pas. La moindre des choses, quand on fait une promesse, n’est-ce pas d’y croire ?”  Après Celle que vous croyez et Fille, c’est le troisième roman que je lis de cette auteure et je suis à nouveau sous le charme. Le sujet n’est pourtant pas facile : une passion amoureuse tendre et joyeuse qui peu à peu se révèle être une relation toxique, sous influence perverse et insidieuse. Camille Laurens réussi parfaitement l’exercice, entre l’alternance de propos naïfs provoqués par l’amour fou et l’analyse pertinente qui découle de l’emprise psychologique. Une grande maîtrise aussi dans la construction du roman, sous forme de témoignages adressés au système juridique (avocat, juge…) qui nous alertent sur un drame en devenir, les quelques pages sous forme de poèmes qui viennent répondre à l’urgence du trop plein d’émotions et enfin les envolées de la meilleure amie de l’héroïne qui nous oxygènent et nous reposent. Une lecture à ne pas rater. Le voyageur de Koren Shadmi En perpétuel mouvement, un homme parcourt en auto-stop l’immensité des États-Unis en quête de l’origine de son mal, étrange et apparemment incurable : l’immortalité Petit coup de cœur pour cette BD aux allures post-apocalyptiques. Le voyageur déambule d’un siècle à l’autre dans ce qui pourrait être notre monde futur et c’est plutôt flippant. On découvre avec lui à travers ses différentes rencontres, un monde désolant, dur et de plus en plus inhumain. On appréciera au passage, les petits coups de griffes sur les croyances en tout genre et ceux qui la promeuvent. Simple, efficace et, hélas, réaliste. Une histoire d’ours de Eowyn Ivey Birdie élève seule sa fille Emaleen au sein d’une petite communauté en Alaska. Elle peine à joindre les deux bouts et noie ses rêves d’ailleurs dans l’alcool et la fête. Sa rencontre avec Arthur, un homme mystérieux, va la décider à aller vivre avec lui dans une cabane au coeur des montagnes et de la nature sauvage. Tout leur parait idyllique au début mais les absences prolongées d’Arthur et son comportement de plus en plus inquiétant vont faire prendre une autre tournure à leurs vies. Ce conte entre noirceur et féérie explore les thèmes de l’amour, de la transformation et de la connexion profonde de l’homme à la nature. L’histoire est tour à tour racontée par la mère et par la fille dans une langue puissante et évocatrice qui nous plonge au coeur de la beauté sauvage de l’Alaska. UN PÈRE DE JEANLOUIS TRIPP Longtemps resté enfant unique, JeanLouis reçoit dans ses premières années l’affection exclusive de son jeune père. Mais avec la naissance de ses frère et sœur, cet âge d’or se termine, et ses parents se déchirent bientôt en d’incessants conflits. Ce climat de tension, qui exacerbe le désir d’indépendance du fils aîné, va influencer ses choix de vie.  L’auteur parcourt sa vie, de sa naissance à la mort de son père. Un père à la fois idolâtré et incompris, aimant et abandonnique, un père aux nombreuses qualités, aux idéaux forts et tout aussi démissionnaire et contradictoire.  JeanLouis Tripp réussit parfaitement à exprimer ce mélange de sentiments, tant par la force de ses dialogues et son analyse pertinente que par ses dessins lumineux. Ma vie sans moustache de Romain Puértolas Ne manquez pas cette fable historique uchronique désopilante ! Après Comment j’ai retrouvé Xavier Dupont de Ligonnès, Romain Puértolas enquête cette fois-ci, sur la mort d’Hitler et nous entraîne dans une aventure ubuesque à travers le monde. Construite comme une enquête policière, avec intrigues, rebondissements et facéties, l’histoire rejoint la vraie avec beaucoup d’originalité. On a toujours le sourire et ça fait franchement du bien par les temps qui courent.  Mais, s’il nous amuse, l’auteur n’en n’est pas moins rigoureux dans ses démonstrations avec un esprit critique et scientifique bien aiguisés.  Petite devinette pour finir : Hitler avait les yeux de quelle couleur ? (je vous laisse chercher la réponse sur Internet et vous serez, peut être comme moi, étonné par la réponse… décidément, les idées reçues ont la vie dure ;)) La ronde des poupées de tatiana arfel Émilienne devrait être à la retraite, mais n’a pas assez cotisé. Alors elle est agente de nettoyage dans les toilettes d’un centre commercial – dame pipi. Au rythme des procédures d’hygiène, Émilienne revoit son existence cabossée et insoumise, guidée par son furieux désir de liberté. Après l’excellent L’attente du soir, Tatiana Arfel confirme son immense talent avec cette ronde des poupées. D’un coté, l’histoire poignante aux multiples rebondissements d’Émilienne et de l’autre,  douze histoires de femmes qui défilent devant le miroir des toilettes, le temps pour elles de se mettre sur pause (au passage, sacré tour de force de l’auteure qui change de style pour chacune d’entre elles). À la fois lumineux, tendre, dur, triste, les récits sonnent juste et nous bouleversent. PLUS LOIN QU’AILLEURS de CHABOUTÉ J’ai rêvé de partir au bout du monde, arpenter ses grands espaces. Mais j’ai été contraint de resterAlors je suis parti en restant… J’ai vu tout ce qu’ils ne regardent plus, écouté et voyagé avec la musique d’un joli mot. Observé une chaise, prêté l’oreille à la couleur du son. J’ai exploré et consigné les us et coutumes de cette contrée qui m’était si inconnue : le coin de ma rue… Après l’inoubliable Un peu de bois et d’acier, du même auteur, il y aura une place toute particulière dans ma bibliothèque pour ce superbe Plus loin qu’ailleurs. J’y ai retrouvé la même douceur, la même poésie, l’originalité dans la simplicité et surtout une profonde humanité.  Les planches de dessins en noir et blanc, émaillées de quelques taches de couleurs, sont saisissantes. Ne passez pas à côté de cette petite merveille ! Paradise Garden de Elena Fischer Billie, 14 ans, vit seule avec sa mère Marika dans une cité en Allemagne. Elles ont du mal à joindre les deux bouts mais compensent

Ça Switch 2 niveau

Jeux Vidéo ça switch 2 niveau Développé par Nintendo et Grezzo. Paru en septembre 2024 sur Nintendo Switch.Genres : Aventure, Exploration, Réflexion. Déconseillé aux moins de 7 ans. Bonjour à tous ! Dans chaque magazine, je vous parle en long en large et en travers d’un unique jeu qui a su embraser ma flamme vorace de Gamer. Si j’ai bien en tête 2-3 jeux qui pourraient correspondre à mes critères d’articles, je n’ai pas encore suffisamment progressé pour me faire un avis définitif et le partager avec vous. Concours de circonstances supplémentaires, Nintendo se prépare à la sortie, le 5 juin prochain, de sa toute nouvelle console : la Nintendo Switch 2. Elle succède à la Nintendo Switch que je vous avais présentée en décembre 2017 dans le no 157 du mag. L’arrivée d’une nouvelle console n’étant pas fréquente, l’occasion est trop belle pour ne pas en parler, d’autant que j’ai du mal à contenir mon excitation… Let’s-a-go ! En reprenant le concept de console hybride de la Switch, Nintendo continue sur sa lancée en améliorant la formule : un écran, des manettes et une console plus grande (pour un meilleur confort de jeu en mode portable) ; une ergonomie retravaillée avec des manettes qui s’attachent magnétiquement, stabilisant la tenue de la console ; de nouvelles façons de jouer, les deux manettes pouvant faire office de souris, comme sur un ordinateur ; des composants plus récents permettant des performances de jeu bien plus avancées, ça fait plaisir ! Pour faire simple, finis les ralentissements, la fluidité bancale ou la définition un peu faible des jeux. Un point important à souligner : cette nouvelle console permet aussi de jouer aux jeux de la première Switch ! Par exemple, deux des meilleurs jeux vidéos à mon sens, The Legend of Zelda : Breath of the Wild et Tears of the Kingdom (no 192 du mag), pourront être mis à jour sur Switch 2 pour augmenter leur résolution, leur fluidité et réduire les temps de chargement1. Ces jeux étaient déjà exceptionnels, ils le deviendront encore plus ! Alors bon, une nouvelle console qui permet de mieux jouer aux anciens jeux c’est bien, mais une nouvelle console qui a de nouveaux jeux, c’est mieux. Et c’est le cas (ouf ;D) ! Dès le 5 juin paraîtra Mario Kart World ! La célèbre série de jeux de course revient avec un nouveau jeu, 11 ans après la sortie du précédent, Mario Kart 8 (voir le mag no 120). La formule reste la même : les joueurs s’affrontent lors de courses déjantées pour atteindre la ligne d’arrivée dans la meilleure position possible ! Mais elle modifie un aspect qui change tout : chaque circuit est implanté dans un vaste monde interconnecté ! Passer d’une course à l’autre fera partie de la compétition avec des tracés « hors-piste ». Si avec 12 personnages les courses étaient déjà mouvementées, c’est désormais à 24 qu’elles se joueront : autant dire que l’ambiance risque d’être explosive… et ça n’est pas tout ! En plus du mode Grand prix traditionnel, deux nouveaux modes de jeux viennent augmenter la jouabilité : Élimination et Balade. Le premier fait toujours s’affronter 24 joueurs, mais cette fois ce sont 6 tracés « hors-piste » successifs qui éliminent chaque fois les quatre derniers joueurs. Autant dire que rester en tête est primordial ! Le second est quant à lui bien plus tranquille ! Comme son nom l’indique, il permet de se déplacer librement dans le monde ouvert du jeu : explorer, découvrir de nouveaux passages dans les circuits, s’entraîner, profiter des paysages, remplir des missions, récolter de nouvelles tenues pour les personnages, et sûrement bien plus encore… Une façon inédite de jouer à Mario Kart et de profiter de l’aspect connecté du monde. J’ai très, très, très hâte ! Le 17 juillet prochain sera l’occasion pour moi de tester le second gros jeu mis en avant par Nintendo lors de sa présentation de la console : Donkey Kong Bananza ! Un tout nouveau jeu du célèbre gorille dans un monde 3D (le précédent date de 1999…) et franchement, je lui tire ma casquette de Mario. Je m’attendais au contraire à retrouver Mario pour sa nouvelle aventure qui se fait, elle aussi, attendre (depuis 2017 !), mais non. C’est Donkey Kong qui vient tout fracasser (littéralement, le jeu permet au joueur de détruire l’intégralité du niveau à l’aide de la force herculéenne du singe). Ce gameplay devrait apporter une fraîcheur à l’exploration du monde d’un jeu de plateforme. Une maniabilité qui semble parfaite, un DK plus expressif que jamais, je dois avouer que ce jeu aussi me fait de l’œil. Malgré le peu d’informations concernant ce nouveau jeu, j’ai du mal à contenir mon excitation tant le jeu me donne envie. Mais je ne veux pas trop m’avancer… Je vous parlais de Metroid Dread dans le no 186 du mag, un jeu qui s’était fait attendre 19 ans. Vous commencez à comprendre le schéma, mais Metroid Prime 4 : Beyond s’est fait attendre presque tout autant. Le troisième opus est sorti en 2007 et sa suite annoncée dès 2017 pour la Nintendo Switch, je vous en parlais déjà dans mon article présentant la console ! C’est finalement en 2025 que le jeu sortira aussi sur Switch 2 dans une version améliorée, avec de meilleurs visuels et de nouvelles commandes. Oui, car Metroid Prime est un FPS2 et bénéficiera de la fonction « souris » de la Switch 2 pour des commandes plus intuitives – comme sur un ordinateur, la souris permet d’être plus précis et plus réactif qu’avec un joystick. J’ai très hâte de mettre les mains sur ce Metroid Prime 4 et révéler les mystères que réservent la planète Viewros et ses étranges habitants… Le célèbre professeur d’archéologie Hershel Layton revient en grande pompe… 12 ans après sa dernière aventure ! Je vous en parlais d’ailleurs à l’époque (nos 113 et 117 du mag). Professeur Layton et le Nouveau Monde à vapeur est un jeu d’énigmes, l’histoire mêlant fantastique et rétrofuturisme. La patte artistique propre à la série se retrouve pour la première fois en super définition, les ambiances des décors, des musiques et des énigmes semblent toutes être encore présentes. Annoncé fin 2023, les informations concernant le jeu ont été peu nombreuses, mais il est toujours annoncé pour cette année alors je l’attends de pied ferme ! Enfin un jeu dont le précédent ne date pas de la décennie dernière. Bon presque. Hyrule Warriors : Les Chroniques du

La forteresse des âmes mortes

Littérature La forteresse des âmes mortes ©Franklin Clark Magnuson Il y a des grands conflits dans l’histoire de l’humanité dont on ne se défait pas si souvent : le conflit entre la science et la croyance, le conflit entre les hommes et la nature, le conflit entre les traditions et la modernité. Ces conflits sont souvent insolubles mais ils donnent des récits forts, poignants et souvent universels. Ce sont ces conflits que Sandrine Chenivesse nous propose dans son récit, La forteresse des âmes mortes. Jeune ethnologue de 25 ans en 1990, elle part en Chine à la rencontre des rites taoïstes funéraires.  Si vous êtes amateur de voyage à la fois dangereux et spirituels, ce livre est pour vous : on y découvre une Chine encore traumatisée par la Révolution culturelle des années soixante – et la répression sanglante qui s’en suivit, mais une Chine des campagnes qui semble ne pas avoir bougée depuis la chute du dernier Empereur. Sandrine Chenivesse découvre, sous une structure politique immobile et étouffante – celle du Parti communiste – une société elle aussi rigide mais patiente en attendant de retrouver le droit de célébrer ses rites religieux millénaires. Sandrine Chenivesse s’intéresse notamment à une petite bourgade que vous ne pourrez jamais visiter par vous-même, car elle fut inondée à la suite de la construction du plus grand barrage du monde, celui des Trois-Gorges. Mais il y a trente ans c’était un lieu de pèlerinages important, avec une montagne sacrée, le mont Fengdu. Si vous voulez vous initier au taoïsme, suivre les maîtres du Dao dans leurs rites funéraires, goûter l’ambiance qui règne dans un temple aux règles si différentes des nôtres, plongez-vous dans ce livre dense mais remarquablement écrit. Vous voyagerez loin, et peut-être comme l’autrice, ce sera un voyage intérieur. Sandrine Chenivesse réussit grâce à des descriptions précises et vivantes, à nous initier à quelques pratiques. Mais ce qui nous frappe c’est le fait qu’au-delà de l’abîme entre cette Chine si lointaine et nous, il y a des ponts étonnants. Certes vous allez être frappés par certains épisodes, comme ce qui arrive à ce voleur d’appareil photo dans un train, ou le mutisme glaçant de tous les habitants d’un village lorsqu’ils voient pour la première fois une Européenne. Mais très vite on sent également que la tradition chinoise répond aux mêmes angoisses que celle de l’Occident : se protéger d’une nature parfois meurtrière et capricieuse, prendre soin de nos morts et des familles endeuillées, résister à la violence d’une centralisation politique excessive. Et si le taoïsme est un mouvement religieux très éloigné de notre monothéisme, parfois réellement difficile à comprendre, Sandrine Chenivesse réussit grâce à des descriptions précises et vivantes, à nous initier à quelques pratiques. Vous serez proche d’elle lorsqu’elle accompagne maître Qiu pour suivre des funérailles dans la montagne et que, assise dans le Temple du Dragon noir, elle contemple une représentation des dix tribunaux des Enfers, rappelant étrangement celui de Dante. Vous tremblerez avec elle lorsqu’elle contera sa visite en rêve du Temple des Neuf Pythons. Et vous serez surpris qu’il y ait une forme de continuité entre les activités d’exorcisme en Chine, et celles qui peuvent encore se pratiquer dans certaines de nos campagnes. Tout est à la fois proche et lointain. En prime, une petite enquête presque policière : qu’est-il arrivé à Sandrine Chenivesse en août 1991 lorsque des villageois peu sympathiques la poussèrent dans une salle obscure, à côté d’un corps qui était incinéré ? Elle perdit connaissance et une fièvre la poursuivit pendant de longs mois après, sentant une présence… Il y a dans ce livre comme un écho au mythe du voyage en Enfer d’Orphée, mais la fin n’est pas la même. Sandrine Chenivesse écrit ce récit 35 ans après les faits. La Chine d’aujourd’hui est beaucoup plus moderne, du moins par l’image qu’elle nous renvoie. Le Parti communiste a abandonné ses illusions socialistes depuis longtemps ; le barrage des Trois-Gorges a modifié la relation des habitants avec le troisième plus long fleuve du monde, Le Yangsi (ou Yangtsé). Et pourtant ! On sent que les pratiques taoïstes n’ont pas disparu. Elles sont là, au carrefour avec le bouddhisme et le chamanisme.  Si vous êtes fascinés par la sagesse orientale, ce livre sera pour vous un formidable voyage, bien plus fertile que ceux qui sont organisés sur place pour les touristes. Rencontre avec Sandrine Chenivesse le mercredi 18 juin à 18h30 par la librairie un point un trait 480 pagesÉditeur : Actes SudParution : octobre 2024ISBN : 978 233 019 7735 Christophe Gallique No posts found!

La psychologie de la foule

PHILOSOPHIE La Psychologie de la foule “Quant à flatter la foule, ô mon esprit, non pas, Ah! le peuple est en haut, mais la foule est en bas” — Victor Hugo, L’Année terrible, 1872 Cent ans après, les Jeux olympiques furent de retour en France et ils commencèrent par le périple de la flamme depuis Marseille dès le début du mois de mai 2024. Au-delà de l’autocongratulation des autorités qui ne virent aucun incident éclater au cours de cette pérégrination, il y a eu des voix pour s’interroger sur le bien-fondé d’une telle célébration. Des râleurs me direz-vous, des « peines-à-jouir » pour reprendre l’expression de la maire de Paris. Mais pas que. Il y eut aussi des associations pour se plaindre du comportement répréhensible et irrationnel des foules au passage de la flamme, avec des conséquences préjudiciables. Prenons l’exemple des célèbres calanques de Marseille : bijou fragile, tout un chacun sait le respect qu’il faut lui consacrer. Et pourtant des centaines de déchets restèrent après le passage, au grand désespoir des associations1. Pourquoi, lorsqu’on est au sein d’une foule, se comporte-t-on souvent de manière totalement irresponsable ? Pourquoi perd-on tous ses réflexes citoyens ? Pourquoi s’accorde-t-on des droits et des passe-droits qu’on condamne lorsqu’on est extérieur à cette foule ? La réponse est dans la question : une foule n’est pas un simple agrégat d’individus ; c’est aussi un monstre qui a sa propre vie, sa propre logique et ses propres lois du comportement. Être dans une foule, c’est donc ne plus exister en tant qu’individu mais faire partie d’un ensemble qui nous avale, qui digère notre singularité et qui recrache des pions au comportement collectif. Cela fait plusieurs siècles qu’on s’intéresse au concept de foule mais ce fut Gustave Le Bon, le premier qui écrivit un ouvrage de référence, avec sa Psychologie des foules en 1895. Voilà la définition de la foule qu’il proposa : « [c’est] une agglomération d’hommes [où] il se forme une âme collective, transitoire sans doute, mais présentant des caractères très nets : […] Évanouissement de la personnalité consciente […] contagion des sentiments et des idées dans un même sens, tendance à transformer immédiatement en actes les idées suggérées, tels sont les principaux caractères de l’individu en foule. Il n’est plus lui-même, il est devenu un automate que sa volonté ne guide plus. » Nous avons donc là l’idée que la foule va submerger l’individu jusqu’à ce qu’il disparaisse. Dès lors, dominé par l’anonymat, l’individu est comme une cellule d’un corps vivant. Il y a une contagion des idées et des émotions, et ce d’autant plus vite et plus remarquable s’il y a un meneur/porte-parole identifié : tout le monde va penser dans le même sens, ou plutôt cesser de penser, au profit d’un mouvement collectif malsain. Ce que les individus ne se seraient pas permis de faire, la foule ose et use de sa force pour devenir outrageante, menaçante et dangereuse. Puis une fois que la foule s’est dispersée, cette inconscience provisoire disparaît. Mais auparavant c’est comme si, en tant qu’être rationnel, j’oubliais totalement ma liberté de pensée au profit d’une force collective qui me domine. Ce schéma semble si proche de la réalité : que ce soient les foules allemandes devant un discours d’Adolphe Hitler ou la masse de spectateurs irrespectueux au cours d’une manifestation quelconque, ou bien les terribles piétinements lors de certains pèlerinages à la Mecque, tout semble dire que parce que la responsabilité individuelle se dissout, la conscience de ses actes suit le même chemin, et la foule devient un être collectif avec sa propre personnalité. Gustave Le Bon fut le premier à vraiment théoriser ce genre de descriptions en leur donnant une dimension scientifique et il intéressa tous ceux qui voulaient explorer la dimension inconsciente du comportement humain, en commençant par le plus célèbre d’entre eux, Sigmund Freud. Dans un livre de 1921, Psychologie collective et analyse du moi, le célèbre médecin autrichien vit dans la théorie de la foule une manière de comprendre, par contraste, le rôle que jouait le surmoi – c’est-à-dire notre conscience morale – sur les individus : débarrassés du carcan que serait la culpabilité, au cœur d’une foule qui nous rend anonymes, nous nous autorisons les pires retours à nos pulsions de plaisir. Nous avons donc une explication de la raison des excès de la foule ; nous nous autorisons à transgresser les valeurs du Bien et du Mal issues de notre éducation pour suivre des penchants moins avouables : tendance à suivre comme un mouton, paresse, négligence, etc. La foule serait le lieu d’une possible perdition, où l’individu peut redevenir cet être peu estimable puisqu’il est invisible, qu’on ne peut l’accuser de quoi que ce soit… Il peut laisser ses déchets traîner derrière lui ; il peut crier des slogans douteux ; il peut même s’ouvrir à des instincts violents en participant à des lynchages. Les faits semblent démontrer cette réalité et faire force de loi. Or l’affaire n’est pas si simple : Gustave Le Bon était un penseur du xixe siècle et sa théorie va lui servir à classer les foules, voire à développer également un discours raciste. Dans d’autres ouvrages, il indique qu’une foule d’Africains n’aurait certainement pas les mêmes caractéristiques qu’une foule d’Européens – l’une et l’autre montrant ainsi les différences entre les races (et justifiant sans doute le colonialisme). Lire Gustave Le Bon sans recul ni précaution, c’est donc avoir un discours qui va pouvoir servir et justifier les condamnations morales de ceux qui se présentent comme supérieurs face à la foule ignorante, une foule dangereuse, celle des ouvriers par exemple qui défilent pour défendre leurs droits. À ce titre, ça peut servir un discours politique, la foule qui manifeste ne penserait pas : les Gilets jaunes cassent ; les écolos deviennent des terroristes, etc. La foule est inconsciente (celle de ceux qui ne savent pas) et il faut contrebalancer par le conseil ou l’assemblée de sages (eux savent, donc doivent diriger les premiers). La foule serait le lieu d’une possible perdition, où l’individu peut redevenir cet être peu estimable  La théorie de Gustave Le Bon mêle deux sciences balbutiantes à son époque, la psychologie et la sociologie. Mais que dit la science aujourd’hui ? Elle semble suivre effectivement les conclusions de Le Bon, mais avec

Questions à Lucile Corbeille

Interview Questions à Lucile Corbeille C le Mag :  Lucile Corbeille, vous êtes scénariste, illustratrice et coloriste de Abîmes, paru en avril cette année, aux éditions Delcourt. Dans cet album graphique vous nous plongez dans un univers familial, qu’avez-vous voulu partager ? Lucile Corbeille : Après avoir fait ce travail de collecte de photos de famille et de témoignages auprès de mes proches, j’ai ressenti la nécessité de rendre compte du chemin qui m’a mené à démêler les nœuds du présent, grâce au récit des histoires passées. J’étais animée par l’envie de partager mon expérience en espérant qu’elle puisse donner envie à d’autres d’interroger leur propre histoire familiale.  ClM : La scène des p. 14-16 où vos filles se disputent une robe ayant appartenu à leur arrière-arrière-grand-mère, fait aussi écho aux comportements de leurs parents (déprime, cris). Qu’il soit objet symbolique ou représentation comportementale, vous questionnez l’héritage familial, de quoi est-il le reflet ? L.C. : Nous avons l’habitude d’envisager l’héritage familial sous une forme matérielle : des objets, une maison, une somme d’argent… mais ce qui est invisible prend parfois beaucoup plus de place. J’ai entendu récemment cette formule, qui illustre tout à fait ce que j’ai voulu exprimer dans cette scène de la petite robe bleue  : « Nous ne transmettons pas à nos enfants ce que nous disons, nous ne transmettons pas ce que nous pensons… nous transmettons ce que nous sommes. » (L’inconscient – France Inter). Prendre connaissance de notre héritage familial permet de savoir ce que nous transmettons réellement aux prochaines générations. ClM : Un passé à découvrir, une recherche à mener, pourquoi la généalogie est-elle nécessaire pour vous ? L.C. : Est-ce le fait de devenir mère ou de vivre une période compliquée, qui m’a poussée à me pencher sur mon histoire ? Certainement un peu des deux, mais en entamant ce travail de recherche sur la famille, je n’avais aucune idée de ce que je cherchais réellement. Cette démarche s’est imposée à moi. Je me suis mise à tenir un journal, je me replongeais dans les albums photos de mon enfance que je connaissais pourtant par cœur… comme si quelque chose de nouveau allait en surgir. Je réalise aujourd’hui que j’avais besoin d’éclairer certaines zones restées dans l’ombre. La généalogie est un outil qui permet de mettre en lumière des transmissions inconscientes pour mieux s’en libérer.  ClM : Quelle place ont les femmes de la famille dans cet environnement ? L.C. : Ma grand-mère était une femme très discrète. Comme la majorité des femmes de cette époque, elle subissait l’autorité excessive de son mari. Je n’ai malheureusement jamais pu échanger avec elle sur son passé, son enfance, son métier, ses souvenirs et ses aventures. Ma mère en revanche a toujours été encline à nous parler d’elle librement. J’ai appris plus tard, qu’elles avaient la particularité commune d’aimer les femmes. Malgré la violence qu’elles ont endurée, elles ont longtemps protégé « l’image du père » aux yeux de leurs enfants. Ça a été très libérateur pour moi de comprendre ce que ma mère avait subi. Cela m’a permis de saisir le phénomène de répétition d’une génération à l’autre.  ClM : Dans votre roman graphique certains visages sont blancs c’est à dire sans la représentation des yeux, nez, bouche, est-ce une représentation symbolique des non-dits familiaux, une façon de rendre ce récit intime, universel, ou simplement pour ne pas permettre l’identification des protagonistes ? L.C. : Oui en effet, la question de l’anonymisation des personnages s’est rapidement posée. J’avais envie de travailler sur la quête d’identité alors ça m’a plu d’imaginer que les traits du visage puissent apparaître au fur et à mesure que les secrets se révèlent. Par ailleurs, j’ai une formation de comédienne et j’avais envie de faire confiance aux corps, à la gestuelle, aux déplacements pour exprimer des émotions ou les intentions des personnages.  ClM : Tel un hommage au roman-photo, vous avez construit cet album graphique en mêlant la photo et l’aquarelle ? Que permet cette technique ? L.C. : Oui, j’ai découvert ce procédé tout à fait par hasard en voulant corriger un défaut d’impression. Je me plais à penser que cette technique me permet de diluer le réel. Retravailler des images fixes, figées dans le temps, pour en faire bouger les lignes. Il y a presque une volonté de changer le passé ou au moins de le transformer.  Bande-dessinée : 176 pages Éditeur : Delcourt Parution : avril 2024ISBN : 978 241 308 2989 ClM : Comment est perçu au sein de votre famille la retranscription de ce récit ? L.C. : Notre vision des événements passés évolue aussi en fonction des grilles de lecture avec lesquelles nous les analysons. Ça n’a pas toujours été simple pour ma famille, d’imaginer que cette histoire douloureuse soit donnée à lire. Cette période de création nous a tout de même permis de revenir sur certains sujets délicats. Je tenais absolument à ce que leur parole soit respectée. J’ai retranscrit tous les entretiens que j’ai menés avec eux pour créer les scènes dialoguées. Reprenant même les expressions ou certaines hésitations. Il était important pour moi de retranscrire le plus fidèlement possible le regard qu’ils portent sur cette histoire qui est la leur.  ClM : Je vous propose de poursuivre cette discussion lors de votre venue à la librairie un point un trait le samedi 21 juin à 10 h 30 ! L.C. : Oui avec plaisir ! Merci beaucoup ! Stephan Pahl No posts found!