Sucré / Salé – 185

Sucré Tarte aux figues et aux amandes Temps de préparation : 15 minTemps de cuisson : 25 minIngrédients pour 6 personnes • 1 pâte feuilletée• 1kg de figues• 100g d’amandes effilées• 50g de poudre d’amandes• 50g de sucre semoule Préchauffer le four à 180°C.Dérouler la pâte sur une plaque allant au four et piquer le fond à la fourchette. Saupoudrer la pâte avec la poudre d’amandes.Laver, sécher et découper les figues délicatement en quartiers. Ensuite, les répartir sur la pâte. Parsemer la tarte ainsi assemblée de sucre, puis d’amandes effilées. Mettre au four pendant 25 minutes. C’est prêt ! Spaghettis champignons et noix de cajou Salé Temps de préparation : 30 minTemps de cuisson : 30 minIngrédients pour 4 personnes • 500g de spaghettis• 25cl de bouillon de légumes• 1 c.à.s. de vinaigre de cidre • 100g noix de cajou natures• 2 oignons doux • 300g champignons de Paris• 5cl d’huile d’olive• 1/4 de botte d’estragon• Sel, poivre La veille, faire tremper les noix de cajou dans le bouillon. Faire bouillir une grande casserole d’eau. Éplucher et émincer les oignons et les champignons. Faire chauffer une poêle évasée (ou wok), verser l’huile d’olive et faire sauter les oignons et les champignons. Pendant qu’ils colorent, versez les pâtes dans l’eau bouillante. Remuer le mélange oignons / champignons. Mixer les noix de cajou et le bouillon avec le vinaigre de cidre, le sel, le poivre et l’estragon effeuillé. Ajouter le tout à la poêlée de champignons. Incorporer une louche d’eau de cuisson des pâtes. Une fois les pâtes cuites et égouttées, les enrober dans la sauce aux champignons. Bon appétit !
L’idée Livres 185

Littérature Mon Mari de Maud ventura C’est l’histoire d’une femme qui, après quinze ans de vie commune et deux enfants, est toujours folle amoureuse de son mari, et le mot-clé ici est “folle” ! Elle analyse le moindre de ses gestes et consigne ses “fautes”, allant jusqu’à lui tendre des pièges pour prendre la mesure de son amour et de son engagement, ce qui la fait inévitablement souffrir. Le contre-pied total de l’héroïne moderne et féministe ! Ce roman très addictif est un petit bijou d’humour et de réflexions intéressantes, mais parfois légèrement inquiétantes sur les réalités de la vie conjugale. La narratrice nous fait d’abord sourire (avec un peu de condescendance, il faut bien l’avouer…), puis va nous surprendre, nous agacer et franchement nous inquiéter. Le récit se déroule sur une semaine, au cours de laquelle la tension monte crescendo, jusqu’au final éblouissant ! Un premier roman magistralement réussi ! Dans le sens du vent de Aki Irie Au milieu des fjords et des plaines arides, Kei Miyama, enquêteur indépendant de 17 ans, vit avec son grand-père français en Islande. Ayant le pouvoir de communiquer avec les appareils électroniques et les automobiles, sa vie bascule quand un détective lui annonce l’assassinat de son oncle et de sa tante. Le meurtrier serait son frère. Kei va mener sa propre enquête. Dès les premières pages, les paysages de l’Islande font rêver. Le dessin minutieux de l’autrice rend l’immersion instantanée. Les décors sont somptueux et l’ambiance très calme. Et malgré un rythme plutôt lent, les relations mystérieuses des personnages, les petits contrats de Kei, son histoire familiale intrigante, et en trame de fond, l’enquête qu’il mène sur son frère, Dans le sens du vent arrive à faire vivre son histoire et à nous garder en haleine tout du long de son récit. Vivement le tome 6 ! L’ANOMALIE DU TRAIN 006 de Pascal Fioretto Génial ! Je me suis régalée ! C’est drôle, bien mené et super original. Novembre 2021, six écrivains renommés, tous passagers du train Paris-Brive-la-Gaillarde, se rendent à la célèbre Foire du livre. Soudain ça dérape, le temps se fige et le train se dédouble. Pastiche du prix Goncourt 2020 l’Anomalie de Le Tellier, l’auteur réussit avec brio à nous faire passer d’un style à l’autre où l’on reconnaît parfaitement les auteurs. Dicker qui se la pète, Carrère perdu dans l’espace, Despentes qui déboîte, Valognes en mode “cucul la praline”, Tesson perché dans les sommets… Bref, se lit d’une traite. On en redemande ! GÉANTES DE Murielle Magellan Laura, passionnée de littérature japonaise, est une jeune femme effacée qui mène une vie tranquille auprès de son mari et de ses romans. Alors qu’elle se rend à une rencontre avec un auteur japonais à la médiathèque de sa ville, on lui demande de participer à l’interview au pied levé. La rencontre se passe étonnamment bien, à tel point que l’auteur la cite sur une radio nationale quelques jours plus tard. Cet événement va faire basculer la vie de Laura : elle devient une célébrité locale et se voit proposer un poste où elle pourra se consacrer à sa passion. Petit à petit, elle va prendre confiance en elle et se métamorphoser… au sens propre puisqu’elle se met à grandir de façon inexpliquée. Les chapitres du roman sont entrecoupés de passages du journal de l’auteure où elle nous livre ses réflexions autour du féminisme et des rapports homme-femme, dans une forme apaisée et qui tend vers l’équilibre et la conciliation, mais également autour de la littérature et des rencontres fortuites. La portée métaphorique du récit est très forte et l’univers de la littérature japonaise permet de passer du réel à l’imaginaire et rajoute une touche de fantaisie. Un roman très original, drôle et touchant dans la partie romancée et sensible et pertinent dans la partie journal. Artifices de Claire Berest Abel Bac, flic solitaire et bourru, évolue dans une atmosphère étrange depuis qu’il a été suspendu. C’est cette errance que vient interrompre Elsa, sa voisine, lorsqu’elle atterrit ivre morte un soir devant sa porte. Beaucoup aimé. Un style accrocheur et tout en nuances. On entre tout de suite dans l’histoire et on est très vite attaché aux personnages. Abel Bac, un flic triste et désabusé et Mila, une artiste troublante et mystérieuse. Abel et Mila ont vécu un drame par le passé et tout va finir par les rapprocher. Construit comme une enquête policière, on cherche avec Camille (la collègue d’Abel) à comprendre le fin mot de l’histoire et on n’est pas déçu par le dénouement qui est à la hauteur de nos attentes.Original et efficace. LES AMANTS MéTéORES de éloïse Cohen de Timary Un soir, dans un bar, Marianne fait la rencontre de Virgile, un paysagiste talentueux et fantasque. Très vite, c’est l’évidence : ils s’aiment comme on ne s’aime qu’une fois. Véritable coup de foudre pour ce petit roman très émouvant. Un chassé croisé entre deux destins. Celui de Marianne et de Virgile, un couple unique et magique, fou d’amour et celui de Florence, médecin anesthésiste qui après LE drame va prendre tous les risques. Une écriture originale avec des ponctuations étonnantes, avec un style narratif qui mélange la troisième personne et la première, qui alterne le familier et le littéraire…, et surtout des personnages forts et attachants. Deuxième roman de cette auteure à suivre assurément. DE SILENCE ET DE LOUP de Patrice Gain Tiksi, ville portuaire oubliée aux confins de la Sibérie, accessible par avion ou par bateau deux ou trois mois l’an. C’est là, à 700 kilomètres derrière le cercle polaire, qu’Anna rejoint une équipe de scientifiques qui s’apprête à hiverner sur la banquise à bord d’un voilier. Patrice Gain a encore frappé. Un récit fluide et tendu à la fois. Toujours en lien avec la nature et ses rudesses. Il raconte ici une histoire d’aventure sombre et triste sur la nature humaine dans le climat extrême de la Sibérie à travers le récit d’Anna journaliste scientifique. En complète empathie, nous souffrons avec Anna des drames à répétition qu’elle
The Sonic Preachers

MUSIQUE The Sonic Preachers (Garage rock punky et crazy / Sète) Formation Djo (chant) Shap (guitare et chant) Laurent (guitare et chant) Romano (basse et chant) Alain (batterie et chant) Discographie Chapter One (EP 25-centimètres, 2018) Split 30-centimètres avec Little Green Fairy (octobre 2021) Le rock sétois n’est pas mort, il n’y a juste qu’à jeter une oreille au premier vinyle des Prêcheurs Soniques ! Après une longue absence discographique, les cinq reviennent pour un nouveau disque à sortir incessamment sous peu, nous nous sommes chargés de leur poser quelques questions à chaud ! Laurent (guitare) fut notre interlocuteur, merci à lui. Quand on lui demande des infos au sujet du vinyle à paraître, Laurent “pense que l’esprit du premier mini LP est toujours là, mais les morceaux du split sont plus finis. En fait l’idée au départ était de faire un split 45 tours avec : une face nous, une face Little Green Fairy, mais comme ils enregistraient avec Chris Bailey des Saints, il aurait été dommage de ne faire que deux titres, du coup nous avons décidé de faire un split album. Eux comme nous ont enregistré début 2020 et avec toute la confusion et le peu de concerts qui ont suivi, les caisses étaient vides et ça ne sort que maintenant.” La formation a un peu changé depuis la Covid, Romano (ex-A10, Electric Manchakou, Deniz Tek etc.) a remplacé au pied levé le 5 février 2020 l’ancien bassiste à Paloma. Mais, fatalitas, “en 2020 nous avons annulé une bonne quinzaine de concerts, en 2021 nous n’en avons pas trop cherché, ça ne servait pas à grand chose si c’était pour les annuler. Pour 2022, nous allons commencer à booker avec de jolis projets comme une tournée en Espagne.” Il ne faudra pas oublier la France mes gaillards, en attendant, où peut-on se procurer la musique du groupe ? “Le premier vinyle est toujours en vente et il nous reste des tee shirts, nous sommes en train de monter une asso pour séparer un peu le merchandising du groupe. Le nouveau vinyle sera tiré à 300 copies et entièrement autoproduit. Rauky des Little Green Fairy a juste ressorti le label qui avait sorti l’album des Velvet Powder. Il y a cinq titres par groupe, les nôtres ont des paroles de Djo montées comme des scénarios de petits films (I really miss you, Last friend, I wanna know, Go to the station, Gun city)”. Laurent précise que la chose a été enregistrée au Studio de la Butte ronde à Sète chez Guillaume (chanteur des Electric Comedie et bassiste de Little Green Fairy depuis le premier confinement) et que le projet d’enregistrer un dix ou douze titres pendant l’hiver prochain se fera dans le même esprit. Quand on lui demande des nouvelles de la scène sétoise que nous suivons de près, Laurent répond que “Des groupes il y en a, mais peu tournent. Comme le Untidy Execution de Michael O’Leary ou Sonic Assassin. Il y a des projets de Romano et moi mais aurons-nous le temps de les mettre sur pied ?” Le message aux lecteurs se veut clair : “Arrêtons de nous déchirer avec la situation actuelle. On nous a déjà reproché le concert sous pass sanitaire de samedi dernier. Je comprends qu’on ne veuille pas se vacciner et je ne suis pas pour ce pass qui est une obligation cachée de la vaccination mais il est là. Et samedi ces smiles que j’ai vus sur le visage des gens, pour nous c’est un plaisir d’offrir ça. On en crève de ne pas faire de live. Alors rendez-vous le 9 novembre à la Secret Place avec les Fleshtones !” Nous y serons ! Albums disponibles à l’écoute et à l’achat à l’adresse suivante : https://thesonicpreachers.bandcamp.com Ged
Eiffel

Cinéma Eiffel Film de Martin Bourboulon (France) Avec Romain Duris, Emma Mackey, Pierre Deladonchamps… Genre : Drame, Biopic, Comédie – Durée : 1 h 49 Sortie : le 13 octobre 2021 Venant tout juste de terminer sa collaboration sur la Statue de la Liberté, Gustave Eiffel est au sommet de sa carrière. Le gouvernement français veut qu’il crée quelque chose de spectaculaire pour l’Exposition Universelle de 1889 à Paris, mais Eiffel ne s’intéresse qu’au projet de métropolitain. Tout bascule lorsqu’il recroise son amour de jeunesse. Leur relation interdite l’inspire à changer l’horizon de Paris pour toujours. Enfin, il arrive sur les écrans. Et il en aura fallu du temps ! Outre plusieurs sorties repoussées, pour cause de pandémie, le film contant les pérégrinations de Gustave Eiffel pour réaliser sa création la plus folle aura mis 24 ans pour arriver dans nos salles obscures. 312 m (à l’origine, la tour la plus haute jamais construite par l’homme) de pur génie, un des monuments les plus célèbres du monde et pourtant peanuts, pas un seul long métrage (de fiction) sur sa genèse et son géniteur. Évidemment, dans un nombre incalculable de films de tous pays, elle apparaît, soit pour symboliser Paris, la France, soit pour servir de décor lors de scènes d’action pour le moins impressionnantes. Heureusement, une jeune écrivaine, Caroline Bongrand, alors âgée de 30 ans, a des envies de cinéma et se balade de sociétés de production en studios de ciné pour présenter ses scénarios. Après moult refus, elle se souvient de son doudou de ses 6 ans, une tour Eiffel. Bingo, nous sommes en 1997 et proposant l’histoire de ce monument sous forme de romance, elle signe un contrat pour l’écriture du projet. Super, oui mais non ! Plus de 20 ans de péripéties, scénarios réécrits, trop coûteux, réalisateurs ok puis pas ok, acteurs, actrices, producteurs qui défilent, bref, une espèce de Dallas au pays du cinoche. Et puis les planètes s’alignent et le tournage démarre en août 2019. Hélas, les planètes foirent quelque peu leur alignement et paf, en pleine poire, une pandémie et un confinement mettent à nouveau en stand-by voire en danger le projet. Galère quand tu nous tiens ! Mais non, l’équipe est tenace, solidaire et le clap de fin du dernier jour de tournage résonnera. Derrière la caméra, un réalisateur qui n’a que 2 films à son actif (Papa ou maman 1 & 2). Perso, je ne les ai pas vus et ne jugerai donc pas son travail. D’après mes lectures à son sujet, monsieur hyper compétent, audacieux et surtout qui a la confiance de ceux qui mettent les pépètes. Tant mieux ! Devant la caméra, c’est une autre histoire puisque pour incarner Eiffel qui mieux que Romain Duris. Acteur que j’adore avec une gouaille bien de chez nous (avec parfois quelques envolées lyriques à la Bébel), un côté bateleur et une image de rebelle, caractères qui correspondent au personnage, et bien sûr un charisme évident. Pour la demoiselle, il en fallait bien une puisqu’il s’agit non seulement d’une fresque historique mais également d’une romance “romanesque” à la hauteur du projet. Une actrice “franglaise” (d’outre-manche par sa maman) pour interpréter Adrienne, une bourgeoise bordelaise ??? Mais bon, à sa décharge, elle a vécu en France jusqu’à ses 17 ans ! Emma Mackey, vu dans la série “Sex Education” dans laquelle elle excelle dans le rôle d’une punk rebelle et qui correspondrait au tempérament de ladite Adrienne. A voir ! La construction de la tour a également connu de nombreux aléas avant d’être érigée au cœur de l’Exposition Universelle de Paris en 1889 et devenir l’emblème totémique de notre pays. Souhaitons que le film ait une aussi belle aura. Ah et pour la petite histoire, mythe ou réalité, la forme de la tour serait un A comme l’initiale du prénom de l’amour de sa vie. Oui, c’est beau… PARCE QUE Sortie : 6 octobre. James Bond a quitté les services secrets et coule des jours heureux en Jamaïque. Mais son vieil ami Felix Leiter de la CIA débarque pour solliciter son aide : il s’agit de sauver un scientifique qui vient d’être kidnappé. Mais la mission se révèle bien plus dangereuse que prévu ! Parce que : Bond, James Bond… Évidemment et en plus Daniel Craig tire sa révérence ! Sortie : 3 novembre. Appartenant à une ancienne race d’êtres humains, les Eternels, qui peuvent manipuler l’énergie cosmique, ont été créés par les Célestes afin de protéger la Terre contre leurs homologues, les Déviants. Parce que : Chloé Zhao (réalisatrice du chef d’œuvre : Nomadland), Angelina Jolie (quand même) et puis un genre que j’affectionne particulièrement : la SF. Sortie : 15 décembre. Quatrième volet de la saga “Matrix”, lancée en 1999. Parce que : Synopsis lapidaire mais pour les fans de la saga la plus innovante de la fin des années 90, début 2000, la tension monte. Les frères Wachowski devenus depuis des sœurs ont révolutionné les effets spéciaux et la réalisation du ciné d’action. Sortie : 22 décembre. Lorsque les pires tyrans et génies criminels de l’Histoire se réunissent pour planifier l’élimination de millions d’innocents, un homme se lance dans une course contre la montre pour contrecarrer leurs plans. Découvrez les origines de la toute première agence de renseignement indépendante. Parce que : 3ème volet des aventures “So British” d’agents très spéciaux. La grande classe, j’adhère. Claude Bermejo
Questions à Laure Noualhat

Interview Questions à Laure Noualhat Dans le cadre de la venue de Laure Noualhat à la librairie un point un trait le samedi 25 septembre, nous avons questionné l’auteure sur son engagement écologique. C le MAG : Vous êtes journaliste, écrivaine, réalisatrice, vous avez co-signé avec Cyril Dion le film “Après demain”, et les questions sur l’environnement ne vous laissent pas indifférente. Pourquoi faudrait-il éviter la fin de l’humanité, au risque de ne plus pouvoir faire des rallyes en 4×4 sur le bord des plages ? Laure Noualhat : Je m’échine à vouloir éviter la fin de l’humanité pour les vacherins à la framboise, les tableaux de Jérôme Bosch, le risotto à la scamorza fumée, tous les albums de Charlélie Couture et tous les livres de Joyce Carol Oates, les films de David Lynch ou l’humour de Pierre Desproges. J’accorde tout mon crédit d’affection, sans appel, à Cent ans de solitude ou au Maître et Marguerite mais aussi au caramel au beurre salé qu’on ne trouve nulle part dans l’univers (tout comme le pâté en croûte d’ailleurs). Les humains qui pratiquent les rallyes en bord de plages peuvent y passer, peu me chaut tant qu’il restera de quoi siroter des pisco sour sur la même plage devant le plus brûlant des couchers de soleil en compagnie de mes plus chers amis. Et ils se comptent sur les doigts d’une main tchernobylisée. ClM : Est-il plus facile d’être écolo en ville là où la campagne est loin, ou à la campagne quand la ville est loin ? L.N. : Franchement, il n’y a que par chez vous que la campagne et la ville sont éloignées ! Je ne connais plus guère de corridors écologiques qui distinguent aussi nettement les deux mondes… Mais pour répondre à votre question, je dirais qu’il est difficile d’être écolo partout car dans ce vingt-et-unième siècle tordu, nous vivons un millefeuille d’incohérences majeures. J’ai souvent pensé que le suicide était le seul véritable geste écolo qui n’appelait aucune contradiction. À ceci près que ce geste définitif nous ôtait le pouvoir de débattre ! ClM : Est-ce que l’écologie supporte l’humour quand la fin du pétrole se fait attendre ? L.N. : L’écologie n’échappe pas à la règle du monde : comme votre couple, l’économie ou la cuniculture, elle a besoin d’humour et de dérision, elle a besoin de cette petite “politesse du désespoir” qui met à distance le pire. Cela dit, vous avez raison, la fin du monde se fait attendre… mais j’ai confiance, elle ne nous décevra pas. ClM : Bridget Kyoto1 est-elle née avec les accords de Jones ? L.N. : J’ai mis dix minutes à comprendre la question. Mon avatar et anxiolytique majeur, Bridget Kyoto, est la veuve symbolique du protocole de Kyoto, elle propose une Minute nécessaire sur YouTube en hommage à notre maître à tous, Pierre Desproges. Elle traverse la vie avec son humour jaune, noir ou vert en bandoulière. Comme sa cousine Bridget Jones, elle compte ses kilos – mais de CO2 – vit sous perfusion de vin rouge – mais nature – et cherche l’amour inconditionnel – mais envers l’ensemble du vivant et pas à l’endroit d’un seul mâle alpha. Bridget vit dans le vide intersidéral des réseaux sociaux. Elle est la petite fille de Mamie Collapse, qui arrive bientôt pour vous dérider sur la question de l’effondrement. ClM : En pleine pandémie, vous avez écrit “Comment rester écolo sans finir dépressif”. Y a t-il une cause à effet ? L.N. : Je l’affirme avec force, pour un écolo radical qui a passé sa vie à s’engager, la catastrophe est la meilleure façon de sortir de la dépression. C’est bien normal, elle prouve qu’il ou elle n’était pas complètement schizophrène ou borderline, ni fou. N’est-ce pas freudien de jouir d’avoir raison ?! A chaque catastrophe, je couine de joie : Fukushima, inondations, incendies majeurs… C’est fou comme je vais bien ces temps-ci ! ClM : La décroissance est elle une idée croissante ? L.N. : Tout à fait. La croissance de la déconstruction du monde est sans fin, sans limites. Comme une forme de grâce à être et à rester debout, nous devons – oui, nous devons – envahir chaque interstice politique qui s’offre à nous, marteler sans relâche que nous sommes du côté du Vivant et que nous nous battrons jusqu’au bout. Vu que nous allons tous y passer ! ClM : Pourquoi être écolo rend dépressif, alors que la mode littéraire propose l’écologie comme solution à la déprime libérale, c’est par où la sortie ? L.N. : Ah oui ? La mode littéraire propose l’écologie comme solution à la déprime libérale ? Je trouve que vous oubliez un peu vite les best-sellers d’Éric Zemmour et de Luc Ferry ! Mais il est vrai que l’ensemble des éditeurs a enfin compris qu’il y a un filon. Et les libraires doivent désormais faire de la place sur les rayonnages pour les bio-best-sellers. Beaucoup d’ouvrages de solutions relativisent l’ampleur du mur qu’on va se prendre, d’autres sont riches de constats délétères, dans les deux cas, c’est une excellente nouvelle. Exploiter nos plantations d’arbres – que je n’ose appeler forêts – pour en faire de la pâte à papier sur laquelle imprimer que “sauver les conditions de vie sur Terre est une nécessité vitale” fait partie de la beauté de l’oxymore actuel. J’adore cette époque. ClM : Faut il craindre la collapsologie, soutenir l’effondring et baigner dans la solastalgie ? L.N. : Je vous vois venir : “ne vous complaisez-vous pas dans la déréliction du monde, chère Laure ?” Je m’appuie souvent sur la citation que Goethe n’a jamais écrite mais que tout le monde lui attribue: “Quoi que vous croyiez, quoi que vous fassiez, faites-le ! L’action porte en elle magie, grâce et pouvoir”. Voilà le bain le plus digne du moment : l’action, même infinitésimale, même ridicule… elles le sont toutes au regard de ce qu’il faudrait faire (diviser par six nos émissions de CO2 d’ici 20 ans, ne plus émettre un seul gramme de CO2 dans l’atmosphère dès 2050, et même avec tout cela,
Témoignages des Moulinages

Local Témoignages des Moulinages Et si, le temps d’une lecture, vous remontiez à l’époque où Lodève était encore un des fleurons de l’industrie textile ? Le voyage en vaut la peine. Venez avec moi, nous avons rendez-vous au bord de la Lergue, là où deux bâtiments se font face, encore reliés par une passerelle témoignant de leur passé commun. Oui c’est sur la route qui longe la rivière après le cimetière, sur le site des Moulinages. Vous ne pouvez pas vous tromper. Sur une des façades, l’inscription 1641 à 1941 rappelle que trois siècles durant, une partie de l’histoire textile et industrielle de la région s’est écrite ici, derrière ces façades aujourd’hui éteintes. Ils sont une trentaine à être venus au rendez-vous, comme vous. Eux sont émus, le temps les a courbés, parfois ils clopinent. Les femmes ont les joues poudrées. Un regard noisette pétille sur une silhouette allumette. Elle avoue 84 ans. Elle s’excuse. Elle ne se situe plus très bien dans le temps. Ici, ailleurs, elle a toujours travaillé dans le textile, elle et son mari, l’homme aux cheveux blancs avec une queue de cheval, qu’elle désigne du doigt : – Il faudrait voir avec lui pour les dates. Comme la femme brindille, ses compagnons de visite ont fait partie de l’histoire du site. Un temps. Ils n’ont pas oublié. – T’étais pas assise dans l’atelier à gauche en rentrant ? – Si– Alors c’est bien ça, on y était en même temps ! Regard étonné puis réplique :– Mais tu ressemblais pas à ça… Écoutez-les parler, leurs voix résonnent étrangement dans ces lieux où ils ont parfois passé 30, 40 ans de leur vie. Ouvriers, ouvrières ou fils ou petits-fils de, contremaîtres, patrons, ils ont été invités à un jeu de mémoire et une visite privée de cette friche qu’ils ont connue à l’état d’usine. Pas n’importe quelle usine : leur usine à une époque qui était aussi la leur, celle du plein emploi pour les uns “tu débauchais à midi d’un poste, et tu rembauchais ailleurs à 14 h”, celle de l’enfance volée pour d’autres. “- J’ai commencé ici à 15 ans. – Ma grand-mère à 12 ans et demi. – Et moi bien plus tôt, dans les jupes de ma mère. A l’époque, les ouvrières plaçaient leurs bébés dans de grandes poches cousues sur leurs jupes pour pouvoir les allaiter pendant qu’elles travaillaient…”. Sorties des jupes des femmes, combien de générations de paysans, vignerons se sont succédées ici à la fabrication des uniformes de l’armée, des bas, puis des célèbres collants Dim ? En 1978, la marque implante sur le site du Bouldou son usine la plus performante d’Europe, un modèle, une fierté, capable de produire 1,2 millions de collants par semaine. Eux, là, debout devant la porte, s’en souviennent encore. Ils décrivent des ateliers où la température grimpe à plus de 40 degrés, d’autres plus tempérés mais baignés dans une humidité propice à la production de fil “ils cassaient dans une atmosphère trop sèche”. Les machines sont hautes comme les arbres qui bordent encore la friche, des équipes se relaient en 5/8. Un monde bruyant, cadencé, celui d’une industrie à son apogée, qui dépense des millions pour l’acquisition des machines les plus performantes de leur génération. Michel Verdol, un petit monsieur souriant, alors patron de l’usine Dim, sillonnera le monde pour acheter des matières premières ou les précieuses machines si convoitées. Dans les années 90, il revient du Japon avec dans ses valises “des Japonais”. Ils séjourneront là pendant deux mois pour y installer une nouvelle machine. “Ils ne devaient pas dépasser un certain périmètre pour éviter l’espionnage industriel. Mais lorsqu’ils sont repartis, nous avons trouvé les boîtes de pellicule dans tous les coins de l’usine”. Cette histoire et beaucoup d’autres ont été collectées, puis retravaillées avec la complicité d’une équipe de chercheurs, experts, étudiants, guides conférencières, nouveaux occupants. Ensemble, il veulent écrire la suite de l’histoire, la faire voyager sous la forme d’une exposition. Morceaux d’histoire ouvrière et textile. Le site, racheté en 2018 par Marc Padilla, PDG d’Ecolodève, se reconstruit un avenir avec son passé. Aujourd’hui est un grand jour : Anastasia inaugure la visite guidée du site, qu’elle a mis deux mois à mettre au point, devant ce public si particulier d’anciens ouvrier(e)s et de nouveaux venus, heureux d’entendre pour la première fois s’exprimer par sa voix, cette grande bâtisse, restée muette trop longtemps, à laquelle ils sont venus redonner vie. Autour de la citronnade de bienvenue, prise à la buvette aménagée pour la circonstance, un petit groupe commente des photos de machines à tisser, d’ateliers, en noir et blanc, datant du début du siècle dernier. Beaucoup se souviennent encore de la famille Teisserenc-Visseq, propriétaire des lieux près d’un siècle durant, dont l’épopée industrielle s’achèvera en 1960. L’usine pantoufle au propre comme au figuré (elle fabrique des tissus pour pantoufles) et ferme par manque d’investisseurs. A sa fermeture elle laisse 400 ouvriers sur le carreau. “Ma grand-mère a embauché chez Teisserenc à 12 ans.” Elle a dit qu’elle en avait 14, à l’époque on ne vous demandait pas vos papiers. Elle travaillait sur les métiers à tisser, et rentrait couverte du bleu indigo qu’elle manipulait sur les machines à tisser. Après le boulot, elle remontait aux Plans, à pied, pour garder les vaches. Ils avaient une vie simple, l’usine, les champs, des bêtes, poules, lapins, et les repas de famille. Ils s’en accommodaient. “Ma grand-mère a embauché chez Teisserenc à 12 ans.” Elle a dit qu’elle en avait 14, à l’époque on ne vous demandait pas vos papiers Pieux et paysans, les ouvriers n’ont pas la fibre vindicative, et le système paternaliste joue son rôle de grand frère, service médical, pension. L’unique conflit social dont on se souvienne remonte aux années 20. Il dure un mois et demi. Les grévistes obtiennent huit heures de temps de travail journalier au lieu de neuf. Désormais les métiers à tisser tournent en 3/8, 2/8 pour les femmes, interdites de nuit. Souvent les deux époux travaillent à l’usine.
La diplomatie du Vivant

PHILOSOPHIE La diplomatie du Vivant Dans la nuit du 3 au 4 août dans les Hautes-Pyrénées un éleveur a été poursuivi par un ours alors même qu’il était accompagné de trois chiens et avait pris la précaution d’allumer un feu pour repousser les animaux sauvages. L’incident a donné lieu à une plainte déposée par le maire de sa commune contre l’État qui a introduit l’ours dans les Pyrénées il y a quelques dizaines d’années. Cet incident illustre un problème philosophique intéressant : l’être humain peut-il et doit-il cohabiter avec des animaux restés dans leur milieu naturel ? Ces derniers ont-il le droit (au sens juridique du terme) de défendre leur territoire face à la présence humaine ? Ce sont des questions sociétales mais qui sont relayées par des idéologies tel que le mouvement végan ou la doctrine appelée antispécisme. Celle-ci est une réflexion sur la différence entre les êtres humains et le reste du monde vivant : sommes-nous réellement une espèce à part, un empire dans un empire, pour reprendre l’expression mise en place dès le XVIIème siècle par Spinoza ? La question pose des enjeux très importants car si nous ne sommes pas différents des autres espèces, cela implique que toute forme d’exploitation, d’élevage du monde vivant peut être remis en cause. L’antispécisme est un mouvement intellectuel jeune et il est intéressant de voir comment la philosophie contemporaine peut le penser. Le philosophe Baptiste Morizot a obtenu pour Manières d’être vivant (Actes Sud, 2020) le prix Lycéen du livre de philosophie1. Il y défend une thèse à la fois simple et complexe : pendant des millénaires le monde occidental a développé une relation de domination avec les plantes et les animaux, d’exploitation même qui nous a conduit à vivre totalement séparés de ce monde, pour s’enfermer dans celui plus confortable mais aussi plus aliénant de la technique. Il s’agit dans ce livre de repenser ces relations, de réfléchir à une nouvelle diplomatie pour ériger une harmonie entre nous et le reste du vivant. Livre de philosophie écologique donc, mais qui comme toute réflexion profonde ne se contente pas d’énoncer de grands principes moraux du type “détruire la nature c’est mal”. Il cherche plutôt à établir les conditions du problème pour élaborer des concepts qui permettent de le penser. Le problème est clairement celui de la séparation : nous vivons hors de la nature. Nous avons oublié qui elle était, quelle était sa logique. “Imaginez cette fable : une espèce fait sécession. Elle déclare que les dix millions d’autres espèces de la Terre, ses parentes, sont la “nature”. A savoir : non pas des êtres mais des choses, non pas des acteurs mais le décor, des ressources à portée de main. Une espèce d’un côté, des millions de l’autre, et pourtant une seule famille, un seul monde. Cette fiction est notre héritage.” écrit-il. Cela veut donc dire que croire que nous sommes supérieurs, différents des animaux est une vaste illusion. Nous ne sommes pas un empire dans un empire. Baruch Spinoza dans la préface de la IIIème partie de l’Éthique, écrivait : “la plupart de ceux qui ont parlé des sentiments […] conçoivent l’homme dans la Nature comme un empire dans un empire. Car ils croient que l’homme trouble l’ordre de la Nature plutôt qu’il ne la suit, qu’il a sur ses propres actions une puissance absolue et qu’il n’est déterminé que par soi.” Pour Spinoza l’homme ne possède donc pas une nature différente de son environnement et des autres êtres vivants ; malgré notre culture et notre arrogance et la suffisance de notre rationalité, nous sommes soumis aux mêmes lois que tous ceux qui vivent au sein de la nature. Nos sentiments ne sont pas éloignés de ceux que ressentent les autres mammifères. Il n’y aurait donc aucune différence entre la stimulation sensitive animale et le sentiment humain. Croire en cette différence, ce serait produire une illusion sur les causes qui déterminent nos comportements : nous sommes des animaux parmi d’autres. Baptiste Morizot reprend largement à son compte cette idée en dénonçant la tentation rituelle des hommes à doublement oublier : oublier qu’il faut être attentif à la fois à la nature et à notre nature. Etre attentif à notre nature, c’est respecter nos sentiments (naturels) contre une rationalité colonisatrice qui du coup a pour conséquence une forme de tristesse dans nos comportements : nous devenons des aliénés, c’est-à-dire des étrangers à notre propre nature. Face à cela, ce que propose le philosophe, c’est de (re)devenir un pisteur : “le pistage au sens large d’une sensibilité enquêtrice envers le vivant, est une expérience très nette d’accès aux significations et aux communications des autres formes de vie. Le pisteur, c’est en fait n’importe quel praticien du monde du vivant intéressé aux signes […]. Ce style d’attention se déploie au-delà et en dehors du dualisme moderne des facultés, qui oppose la sensibilité au raisonnement. Pister est une expérience décisive pour apprendre à penser autrement […] on est simultanément plus animal et plus raisonnant, plus sensible et plus pensant.”2 Le problème est clairement celui de la séparation : nous vivons hors de la nature. Nous avons oublié qui elle était, quelle était sa logique Voilà tout un programme ! Mais à quoi cela mène ? Notre philosophe passe de longues semaines en montagne, faisant du ski de randonnée pour suivre les traces des loups. Mais nous, citadins modernes aux prises avec nos soucis de transport, de nutrition au supermarché du coin, de garde d’enfants et autres préoccupations péri-urbaines, que devons-nous faire ? C’est là que le programme devient plus politique que philosophique ; politique au sens de la gestion du vivre-ensemble : nous devons tout autant sur le plan collectif qu’individuel prendre en compte ce qui nous entoure et cesser d’agir avec la nature à la fois comme si elle était différente de nous et juste notre possession. Le promeneur en forêt peut être à l’écoute de ce qui se passe autour de lui et l’agriculteur doit pouvoir développer une nouvelle forme de diplomatie avec la nature qui produit ce que nous mangeons. Nous nous doutons
