La tragédie que vit le peuple palestinien depuis les attaques terroristes du Hamas contre des civils israéliens le 7 octobre 2023 est une horreur absolue. Ce drame est venu petit à petit s’insérer dans nos vies d’artistes d’une manière déroutante et douloureuse. Jamais je n’aurais pensé que ces circonstances me conduiraient à en parler dans cette chronique, dont l’objet est de mettre en lumière des artistes que j’aime et qui ont traversé d’une façon ou d’une autre ma vie de musicien.
Amir, né à Paris, est franco-israélien. C’est sa participation à la finale de la troisième saison de The Voice : La Plus Belle Voix, qui lui permet de représenter la France au Concours Eurovision de la chanson 2016, où il s’est classé en 6ème position. Jusque-là, rien de ce parcours ne le conduisait à figurer dans une de mes chroniques. Ses chansons sont jolies, il chante bien, mais ne figure ni dans ma playlist, ni du côté des chanteurs qui me bouleversent en concert.
En juillet 2017, nos routes se sont déjà croisées au festival de Carcassonne où nous avions partagé avec plaisir la même scène. Le concert, ce soir-là, était extraordinaire. Le public très nombreux, composé principalement de jeunes fans d’Amir, nous a réservé un accueil énergique, heureux et généreux, dansant furieusement sur notre funkish & groovish !
En juillet 2025, aux Francofolies de Spa en Belgique où Amir était programmé, plusieurs artistes ont répondu à un appel au boycott. Un mouvement pro-palestinien de Liège, Liège Occupation Free, l’accusait « de soutenir le “génocide” dans le territoire palestinien de Gaza » […], remettait en cause sa participation « à un événement dans la colonie illégale d’Hébron » en Cisjordanie en août 2014, et « son absence de prise de position critique face aux crimes commis par le gouvernement israélien […] ».1
La direction des Francofolies a maintenu le concert d’Amir et répondu « Nous ne sommes pas en mesure d’évaluer moralement sa trajectoire personnelle autrement que par ses chansons traitant de thèmes universels et consensuels tels que l’amour, la fête, la quête de soi et la résilience. ».1
Cet épisode m’a permis de regarder en face ce que je vivais et éprouvais moi-même depuis des mois au travers de mon projet musical.
La première fois, j’ai considéré que c’était un accident de parcours, une exception qui confirme la règle, ce programmateur qui me répondait : « On ne peut pas te programmer avec ce qu’il se passe en ce moment. » Il a fallu que je lui fasse préciser ce qu’il entendait par « ce qu’il se passe » pour que je réalise douloureusement qu’il parlait du conflit israélo-palestinien. Puis, comme les programmations se font faites plus rares, toujours dans le déni, j’ai mis cela sur le compte de la crise de la culture.
Ensuite, des organisateurs m’ont demandé, certes un peu gênés, si mon concert était politique ou si j’allais prendre la parole au sujet du conflit israélo-palestinien. D’autres m’ont annoncé que la sécurité allait être renforcée avant d’envisager l’annulation du concert. Et enfin, il m’a été demandé de ne chanter que les chansons en langue française, donc pas celles en yiddish (ce que j’ai refusé de faire ; et le concert a eu lieu).
Pendant ce temps, j’ai vu que, pour d’autres artistes que j’écoute, il y a eu des déprogrammations ou des refus de programmation en lien avec la langue chantée ou leurs origines (Oi Va Voi, Noga Erez…).
J’ai ouvert les yeux dans la douleur.
Maintenant, je me prépare à vivre dans cette atmosphère fétide où l’artistique est contaminé par le politique dans son expression la plus triste. Pourtant, l’artiste fait de la politique dans une dimension tellement douce et humaine : au travers des émotions qu’il ressent et partage, dans un mouvement salutaire. Une magie humaine passe et nous rassemble, nous transcende, dans l’écrin d’une chanson.
C’est ce qu’a fait Amir avec son ami Nazim Khaled, avec « En face ».
C’est ce qui s’est passé avec moi, sur scène, à Aniane ce mois de juin 2025, avec nos amis de « l’orchestre BTP » invités à partager la scène, ensemble.

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