Recettes – 203

Sucré TABOULé SUCRé AUX FRUITS Temps de préparation : 15 min Temps de repos : 1 heure Ingrédients pour 5 personnes • 250 g de semoule fine pour couscous• 2 abricots coupés en dés• 2 pêches coupées en lamelles• 200 g de framboises• 50 g d’amandes concassées• 10 cl d’eau chaude parfumée fleur d’oranger • 3 càs de sirop au miel• 1 sachet de sucre vanillé• Jus d’un citron • Feuilles de menthe fraîche Dans un saladier, verser l’eau chaude parfumée, le jus de citron et le sirop sur la semoule. Mélanger et laisser gonfler le tout. Égrener avec une fourchette pour bien détacher les grains. Laver et découper en petits morceaux les abricots et les pêches. Incorporer délicatement les fruits à la semoule puis ajouter les framboises, les amandes, la menthe ciselée et le sucre vanillé.  Réserver le taboulé au frais pendant au moins 1 heure pour que les saveurs se mélangent bien.  Bon appétit ! MADELEINES JAMBON ROQUEFORT Salé Temps de préparation : 20 minTemps de cuisson : 10 minIngrédients pour 20 madeleines • 110 g de farine de blé• 1 càc de levure chimique• 3 œufs• 50 g de beurre • 100 g de jambon• 40 g de roquefort• 50 g d’emmental râpé• 1 pincée de poivre noir et d’origan Préchauffer le four à 240°C (th. 8). Faire fondre le beurre dans une casserole à feu très doux et le laisser refroidir. Dans un saladier, fouetter les œufs et ajouter progressivement la farine et la levure. Bien mélanger pour obtenir une pâte lisse.  Ajouter le beurre fondu, le roquefort et le jambon en petits morceaux puis l’emmental râpé. Assaisonner de poivre noir et d’origan. Remplir la plaque à madeleines et enfourner à 240°C pendant 4 min puis à 200°C pendant 6 min. Quand les madeleines sont dorées, sortir la plaque et démouler.Bon appétit !

L’idée Livres 203

Littérature Les fils de l’aigle de Antonin Varenne En 1970, tandis que les États-Unis s’embourbent dans la guerre au Vietnam, des pacifistes américains de vingt ans, à deux contre quarante, détournent en plein océan un cargo chargé de napalm. Beaucoup aimé. Pourtant le thème ne m’inspirait pas, je ne suis pas fan des romans historiques, mais là, j’avoue, l’auteur s’en sort magnifiquement. Comme les protagonistes du bar, nous sommes pendus aux lèvres du journaliste gaucho qui raconte l’histoire de ces deux jeunes idéalistes qui ont voulu détourner un paquebot rempli d’armes pour soutenir les soldats américains au Vietnam. Par petites touches, les auditeurs du bar, dont un lieutenant de police qui en tant que jury vient de reconnaître la culpabilité d’un des deux protagonistes, vont évoluer et changer leurs points de vue. (On pense au film culte Douze Hommes en colère de Sidney Lumet). Romancé à partir d’un fait réel, Antonin Varenne parvient à nous toucher avec ce récit humaniste qui dénonce l’absurdité des guerres.  Il pourra nous en parler de vive voix le 13 juin car lui aussi a répondu positivement à notre invitation pour le festival 😉 La mariée silencieuse de Piergiorgio Pulixi Lorsque Maria Donata est retrouvée assassinée, vêtue d’une robe de mariée qui n’est pas la sienne, son père Italo, vieil homme brisé mais déterminé, supplie qu’on ne laisse pas l’affaire sombrer dans l’oubli. Vito, Eva et Mara sont de retour ! Je me suis régalée ! Plus que l’histoire policière elle-même, ce sont les interactions entre les personnages principaux qui sont excellentes. On en apprend plus sur eux, sur leur passé, leurs failles et leurs faiblesses… même les nouveaux venus sont très attachants et leur histoire riche en événements. Décidément Pulixi ne cesse de nous surprendre et c’est tant mieux ! Zem de Laurent Gaudé De retour dans les rues de Magnapole, une cité futuriste, Zem Sparak, l’ancien flic déclassé de la zone 3, assure désormais la sécurité rapprochée de Barsok, l’homme qui a promis d’abolir les différences de classe et de réunifier la ville. Quel plaisir de retrouver les héros de Chien 51 ! Zem qui erre comme une âme en peine à la recherche de Léna, son amour de jeunesse et dont il a été séparé brutalement lorsque la Grèce a cessé d’exister. Peur d’avoir été trahi, il abandonne tout espoir et veut en finir avec la vie. C’est Sélia Salia, son ancienne partenaire qui va venir le sauver et lui donner des raisons de s’accrocher encore un peu. Ensemble, ils vont découvrir ce qu’on leur cache et vont devoir se battre dans ce nouveau monde rempli de violences et d’injustices. Encore une fois, Laurent Gaudé nous offre une très belle prose, tout en finesse et profondeur.  C’est assez rare dans le genre roman noir pour le souligner. Quel talent !. La romanesque histoire d’une cafetière nommée Moka de A. Barbaglia et C. Bialetti L’histoire de la cafetière Bialetti commence dans un village du Nord de l’Italie, un jour de 1936. Au petit matin, une jeune femme remplit d’eau, puis de linge sale, une lessiveuse placée dans le jardin de sa maison. Dans l’ombre, son mari la regarde et attend le moment où elle va faire partir le feu avec une allumette glissée sous le conteneur pour que l’eau, en bouillant, monte jusqu’au linge. Ce principe pourrait-il être appliqué à une autre machine ? À une machine à café, par exemple ? Décidément, je suis fan de cet auteur ! Troisième livre, troisième lecture, troisième bonheur. Cette fois, Alessandro Barbaglia est en duo avec Celestina Bialetti, la fille et la sœur de ceux qui ont inventé puis commercialisé la célèbre petite cafetière ! A travers plusieurs décennies et grâce au témoignage de Celestina, on apprend le déroulement de cette incroyable aventure italienne. Et encore une fois, cette page d’histoire, qui a été romancée de façon délicate, sensible et avec beaucoup de pudeur, est devenue la force et la marque de fabrique de l’auteur. Un régal de lecture comme celui d’un bon café 😉 Ceux qui méritent de mourir de Carlos Salem “Mon nom est Personne.” Voilà les mots retrouvés sur chacune des victimes d’un tueur en série qui sévit en Espagne. D’après lui, elles auraient mérité leur sort. Alors, comme pour effacer leurs traits, leur visage a été enveloppé dans du film alimentaire. Pour arrêter “Personne”, Severo Justo, ancien prêtre et policier le plus décoré du pays, réunit une équipe hétéroclite composée d’une psychiatre schizophrène, d’une hackeuse octogénaire et d’un légiste qui sait communiquer avec les morts. Mais très vite, l’assassin, obsédé par le passé de Justo, décide de l’attirer dans ses plans sordides. Le compte à rebours est enclenché, d’autant que Severo a décidé que cette affaire serait sa dernière… avant son suicide. Très contente de retrouver cet auteur, que j’avais délaissé depuis de nombreuses années. Un retour en force avec ce premier tome de sa nouvelle série « Enquête de la Brigade des apôtres de Severo Justo ». Les personnages sont tous un peu fous et trimbalent des casseroles grosses comme eux. On se délecte à chaque page, on ne saute aucun passage, on est accro. Vivement la suite ! L’homme qui vendit la Tour Eiffel de S. Marchetti et J. Falzon Dans le Paris des années 1920, Victor Lustig, véritable escroc recherché aux États-Unis et en Europe prépare son prochain coup de maître : vendre la Tour Eiffel ! L’arnaqueur aux mille identités va devoir déployer tout son talent et sa roublardise pour trouver le pigeon qui fera de lui un homme riche ! Petit coup de cœur ! (Ça tombe bien, on a invité le dessinateur pour le 6e festival de la librairie le 13 juin et il a dit oui !) Les dessins caricaturaux viennent illustrer parfaitement le propos. Drôle, léger, loufoque et plus fin qu’il n’y paraît. L’anachronisme des dialogues est très bien rendu tout comme l’humour pétillant présent à chaque page. On a la banane tout du long et ça fait vraiment plaisir. Une unique lueur de Fred Vargas « –

Bonheur en série – Bron / Broen | Flashback

Séries TV Bonheur en série BRON / BROEN Série télévisée suédo-danoise créée par Hans Rosenfeldt diffusée depuis 2014 en France (4 saisons). Avec Sofia Helin (Saga Norén), Kim Bodnia (Martin Rohde) et Thure Lindhardt (Henrik Sabroe). ©Nimbus Film ApS ©Jørgen Johansson / Filmlance International AB © Nicolas Robin / Itineraire productions / TF1 Zab

Clair Obscur : Expedition 33

Jeux Vidéo Clair Obscur : Expedition 33 Genres : RPG, Action, Aventure. 1 joueur.Paru en avril 2025 sur PC, PS5 et Xbox. Le studio montpelliérain Sandfall Interactive signe son premier jeu, Clair Obscur : Expedition 33, et rafle presque tous les prix pour lesquels il était nominé aux Games Awards 2025, dont le prix du jeu de l’année. Voilà un titre qui pourrait paraître impossible et pourtant, c’est le cas. Une équipe de développement restreinte (comparée aux grosses productions habituelles), un budget plus serré (moins de 10 millions de dollars), il y a de quoi s’étonner de le voir aussi apprécié des joueurs et des critiques. Une preuve de plus que le budget ne fait pas tout ! Simple effet de mode, réelles qualités ou défauts habilement camouflés, voyons ensemble ce que Clair Obscur : Expedition 33 fait de mieux, ou pas, que ses camarades vidéoludiques. Intrigant Dès le début, Clair Obscur Expédition 33 m’a intrigué. Son ambiance inhabituelle est inspirée par un Paris de la Belle Époque associé à des technologies steampunk. L’univers ainsi formé est à la fois sombre et lumineux, lui donnant cet air mystérieux caractéristique du jeu. Son scénario, ensuite, m’a interpellé. Tous les ans, la Peintresse inscrit sur un monolithe géant un nombre décroissant. Dès cet instant, chaque personne dépassant cet âge disparait. Les habitants de la ville Lumière subissent cette fatalité sans connaître les raisons d’un tel supplice. Pour en savoir plus, les « prochains sur la liste » organisent des expéditions, et quittent alors leur ville pour explorer les terres hostiles et inconnues qui l’entourent. Car jamais aucune expédition n’est revenue.C’est avec l’expédition 33 que l’histoire démarre, formée de Gustave, Maëlle et Lune, pour ne citer que les principaux. Bien évidemment je ne dirai rien de plus afin de ne pas vous révéler les nombreux rebondissements scénaristiques qui révéleront les secrets de ce monde étrange. Je vous dirai simplement que ça en vaut la peine ! Émotionnel Clair Obscur m’a fait vivre tout un panel d’émotions, au travers des différents personnages qui rendent ce périple vivant. C’est presque ironique puisque c’est notamment le deuil qui alimente les thématiques abordées par le jeu. Un mélange réussi, qui colle parfaitement à l’ambiance mélancolique dégagée par les décors, la musique, ou les traits des personnages. Une ambiance qui ne fait pas tache (de peinture), loin de là, même comparée à celles des œuvres dont Clair Obscur s’inspire – sans le cacher. J’y ai retrouvé ce qui me fait vibrer dans le traitement des personnages, les tonalités musicales et les torrents émotionnels des sagas Final Fantasy, Xenoblade Chronicles ou encore Nier – que des joyaux du jeu vidéo de rôle japonais. J’y ai retrouvé dans les expéditions un peu de La Horde du Contrevent, et ce n’est pas une critique. Toutes ces teintes artistiques sont mélangées avec soin, tissant une toile au paysage unique, celle de Clair Obscur : Expedition 33. Maitrisé Oui, Clair Obscur est une leçon de ce qui devrait être fait partout. La copie est maitrisée de bout en bout. Le soin apporté à tous les éléments du jeu se ressent, les contraintes d’une petite équipe habilement esquivées par un système de jeu linéaire, un gameplay ajusté au millimètre et des environnements variés qui mettent en valeur ce qui doit l’être. Bref c’est une réussite sur tous les points les plus importants pour moi, friand de ces jeux qui me font vivre des choses fortes, et qui – en plus – possèdent un gameplay addictif. Un goût de « reviens-y » Oui, une bonne histoire, une bonne ambiance, des personnages réussis, c’est important. Mais ce qui fait un bon jeu vidéo, c’est avant tout son gameplay. Et ça tombe bien, c’est ce qui fait la principale singularité de ce Clair Obscur. Son système de combat dit « au tour par tour » (c’est-à-dire que les personnages – alliés comme ennemis – agissent l’un après l’autre, selon leur caractéristique de vitesse), est parfaitement calibré. À chaque action, en plus de réfléchir aux différentes actions possibles, qui varient selon les personnages, il faut aussi anticiper les actions possibles des adversaires et des autres alliés. Mettre en place cette stratégie de combat est le propre des jeux au tour par tour, mais ce qui rend la discipline encore plus addictive est tout simple : la parade. Habituellement, il est impossible d’agir durant les tours adverses, ici que nenni. Malgré des attaques ennemies dévastatrices, il est heureusement possible d’esquiver ces dernières ou, mieux encore, les parer. Lorsqu’un ennemi attaque un allié, il faut appuyer sur une touche au bon moment afin de parer l’intégralité des dégâts. Mieux encore, infliger un contre dévastateur à l’adversaire ! Mais attention, réaliser ces parades est loin d’être simple ! Le timing est précis, non-indiqué, et il nécessite souvent de parer plusieurs coups à la suite pour réussir le contre. Il faut donc analyser les positions des adversaires et trouver le moment opportun pour contrer efficacement leurs offensives. Que c’est grisant de réussir ces parades, donnant une réelle sensation de puissance et de satisfaction ! J’en redemande à chaque combat ! Généreux En plus de tout ça, le jeu fourmille de choses à faire. Rien que l’histoire principale se déroule sur une trentaine d’heures, laissant largement le temps à l’intrigue de se poser, au joueur de se questionner et d’imaginer les scénarios possibles. Mais le jeu laisse aussi la place à l’égarement. Durant les phases d’explorations, les décors donnent envie d’être contemplés, explorés en long, en large et en travers. Et bien souvent, ces escapades accessoires qui s’écartent du chemin tracé, offrent des éléments de gameplay aux curieux qui s’aventurent. De quoi améliorer les compétences, les caractéristiques ou les armes des personnages, voire carrément de déverrouiller de nouvelles armes redoutables ou des tenues supplémentaires pour vêtir selon ses goûts les personnages jouables. C’est donc, en plus d’être de qualité, un jeu très fourni, le tout vendu à un prix raisonnable d’une cinquantaine d’euros, loin des 60, 70 voire 80 € parfois demandés, coucou Forspoken (Mag 191). Le chef-d’œuvre annoncé ? Disons le d’emblée, Clair Obscur : Expedition 33 n’a

L’effet castor, leçons d’un bâtisseur de mondes

Littérature L’effet castor, leçons d’un bâtisseur de mondes Je ne sais pas pour vous, mais l’image du castor est immédiatement associée dans mon esprit juvénile à celle du courageux trappeur, celui qui parcourait les vastes étendues sauvages du continent américain, à une époque où il n’était pas encore pollué par le méchant capitalisme industriel. Même si sa coiffe était plutôt faite avec la peau d’un raton-laveur, je revois avec émotion l’image de John Wayne incarnant Davy Crockett dans Alamo. Et je me replonge avec délice dans mes souvenirs de lecture de Jack London. Car l’Ouest américain est pour ma génération un mythe si évocateur de force, d’aventures, de loyauté et d’inventivité. Même le film, The revenant (2015), d’Alejandro González Iñárritu avec Leonardo DiCaprio est une ode à la grandeur de ces hommes qui n’avaient pas froid aux yeux. Si vous ressentez la même mélancolie, je vous conseille, par hygiène intellectuelle, de vous procurer très rapidement ce livre, L’Effet Castor, écrit par le journaliste Ben Goldfarb en 2018 et enfin traduit aux éditions Actes Sud en 2026 par Fanny Morizot, avec une préface de Baptiste Morizot. Il va vous permettre de démonter un certain nombre de préjugés. Tout d’abord vous apprendrez qu’avant l’arrivée des colons européens, le castor était de loin le mammifère le plus présent sur le continent américain. Avec sa capacité presque industrielle à réaliser des barrages, il a fait de ce continent une zone humide équilibrée et extrêmement fertile. Quelques tribus, à l’est, le chassaient pour sa peau, mais il était présent dans quasiment toutes les mythologies racontant l’origine du monde chez les tribus natives du Nord-Ouest américain. Tout le premier chapitre de ce livre vous expliquera en détail comment fonctionne un barrage, quels sont ses bienfaits, ainsi que toutes les qualités du castor. Lire ce livre, c’est comme suivre à distance des rencontres chaleureuses Puis cette enquête approfondie vous apportera une lueur d’espoir sur la perspective de progrès moraux chez l’Homo sapiens : à partir de 1948 -avec des parachutages rocambolesques de castors au-dessus de l’Idaho, des pionniers vont trouver des solutions pour que la cohabitation entre les deux espèces dominantes de mammifères puisse être possible. Là encore, je ne donne pas tous les paramètres car Ben Goldfarb prit un plaisir immense à expliquer chacune de ces solutions.. Et il y a plus intéressant que de dresser la liste des ces trouvailles ! Lire ce livre, c’est comme suivre à distance des rencontres chaleureuses et inattendues entre le journaliste et des amoureux de la nature, ce qui est beaucoup mieux qu’une liste. Ce qui est encore plus croustillant, c’est de redécouvrir que les États-Unis, ce ne sont pas que des mégapoles où l’argent est roi. Les étendues sauvages, les forêts immenses et les vallées où la densité d’êtres humains est très faible restent présentes et s’organisent de manière à rendre aux animaux non domestiqués toute leur place. C’est vrai que je fus troublé lorsque je lus ce livre car les paysages dans lesquels nous naviguons sont ceux pour moi qui existaient avant le xxe siècle (vous savez ceux filmés par Robert Redford dans son film Et au milieu coule une rivière (1993)), mais qui ont totalement disparu avec l’industrialisation de l’agriculture. Je vois encore dans mon manuel de géographie ces six moissonneuses-batteuses alignées qui récoltent des champs de céréales OGM. Pour moi c’était cela, l’image typique de la campagne nord américaine : les plaines du Middle West. Un peu réducteur tout de même. Et c’est ce que montre ce livre, en nous emmenant tour à tour dans le Dakota, dans l’État de New York (où se trouve la mégalopole mais qui ne se limite pas à cette mégalopole) ou dans l’État de Washington (où ne se trouve pas la ville où siège le gouvernement fédéral). Ce livre vous fait voyager dans une Amérique du Nord méconnue. C’est une qualité majeure. Mais, dernier point sans être des moindres, il ouvre aussi nos perspectives, car réintroduire le castor sur ses anciens territoires (à l’écriture de ce livre, il y avait environ 20 % de la population initiale qui avait été réintroduite) n’est pas sans conséquence : la rivière qui coule tout droit au fond de la vallée disparaît, pour voir apparaître des étangs, des marais, des arbres coupés dans de grandes proportions. Autrement dit un jardin d’Éden qui ne ressemble pas tout à fait aux jardins à la française tels qu’on les conçoit à Versailles… Et les hommes, parfois pour de simples raisons esthétiques, n’aiment pas cela. Parfois, pour d’autres raisons, beaucoup plus justifiées – car les castors inondent les routes, les voies ferrées, bouchent les buses sous les ponts, etc. Il faut donc trouver des solutions, autres que celles de les pourchasser éternellement, car on a besoin d’eux. Mais aussi car au nom de quoi la seule perspective des êtres humains serait celle qu’il faudrait privilégier ? Ne pouvons-nous pas passer des accords diplomatiques avec les autres êtres vivants, pour respecter équitablement leurs propres besoins ? C’est ce que ce livre nous propose. Et si le castor en France ne se développe pas autant qu’aux USA, nous pouvons nous poser les mêmes questions avec le loup, et tous les animaux que nous qualifions toujours trop vite de « nuisibles ». Un dernier mot pour la traductrice. On parle si peu de ce métier. Son nom n’est même pas sur la couverture. Et pourtant son travail de traduction montre à quel point l’IA ne suffit pas : vétérinaire depuis quinze ans, Fanny Morizot montre une maîtrise des enjeux et une familiarité avec les USA au point qu’elle est capable de traduire les jeux de mots, les références de l’auteur et même ses blagues. On a du mal à imaginer un algorithme capable ainsi d’une telle finesse d’esprit. Lisez des livres avec des traducteurs et traductrices spécialistes ! 384 pagesÉditeur : Actes SudParution : février 2026ISBN : 978 233 021 5040 Christophe Gallique

Muthos et Logos

PHILOSOPHIE Muthos et logos Je vais enfoncer une porte ouverte mais parfois l’actualité est anxiogène. Heureusement la philosophie a aussi cette faculté de nous permettre de faire un pas de côté, afin de parcourir une question plus générale, plus vaste – même si elle peut être au cœur de notre réalité. Il en existe une qui d’ailleurs taraude mon esprit depuis pas mal de temps : sommes-nous vraiment attachés à la vérité des faits ? sommes-nous encore en mesure de distinguer le vrai du faux ? Oui je sais, vous devez vous dire que je vais parler pour une énième fois de Donald Trump, celui des approximations et des dénis de réalité. Ce serait tentant, mais je vais plutôt prendre un chemin de traverse et m’intéresser aux films de super-héros. Quel est l’intérêt d’admirer les exploits d’individus aux pouvoirs hors du commun ? Bien entendu, personne ne croit réellement aux hommes-araignées ni à la kryptonite (vous allez me dire, certains croient bien à la cryptomonnaie…) mais il arrive régulièrement que des enfants, voire des adolescents attardés s’y identifient, se projettent dans ces héros qu’on ne peut pas rencontrer dans la vie réelle. Nous sommes tous comme les Grecs qui avaient une mythologie très riche avec des héros courageux, des demi-dieux et des dieux qui intervenaient dans leur vie quotidienne et des événements historiques, tels que la guerre de Troie, qui étaient racontés avec un mélange de récits précis et de légendes. C’est ainsi que le premier grand livre de l’histoire occidentale, l’Iliade, regorge d’histoires abracadabrantes. Mais il eut une influence considérable sur tout le peuple qui fonda l’histoire de notre continent, et ce, pendant des siècles. Zeus, Achille, Poséidon résonnent encore aujourd’hui. Mais ils sont concurrencés par Spider-Man, Superman, Batman, les Quatre Fantastiques, les X-Men, etc. Sans évoquer l’univers de Disney qui influence profondément les imaginaires depuis maintenant un siècle ! Pourquoi accorder tant de place à des histoires totalement irréalistes ? Parce que ce sont des mythes. Notre esprit a autant besoin de rationalité – de logos – que d’irrationalité – de muthos. Logos et muthos, les deux voies du savoir irréconciliables mais indépassables. Le divin Platon, dans ses dialogues, ne cessa de faire des allers-retours entre les deux : il fut celui qui développa le premier la critique contre la superstition au profit de la rationalité dialectique, mais dans le même temps il truffa ses échanges entre Socrate et ses adversaires sophistes de références à des mythes et aux poèmes d’Homère avec ses héros imaginaires. Peut-on comprendre ces contradictions ?  Il y eut deux spécialistes en France qui ont abordé cette question. Jean-Pierre Vernant, qui écrivit en 1965 Mythes et pensées chez les Grecs, et l’historien Paul Veyne, qui produisit en 1983 le tout aussi célèbre Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ?. Les deux analysent sous un angle différent la question de notre attachement aux mythes. Et je vous propose d’adapter leurs conclusions à notre monde contemporain, ces croyances où se mêlent une emprise de plus en plus grande de la religion et une adoration pour des récits qui rappellent, à travers les Marvel et les Disney, à la fois la mythologie grecque et l’Ancien Testament. Je vais commencer par Paul Veyne, car sa thèse peut nous paraître plus simple, plus claire. Paul Veyne fut un historien français né en 1930 et mort en 2022, qui développa toute une théorie de l’écriture de l’histoire inspirée par le philosophe Michel Foucault, dont l’idée principale est qu’il existe une histoire de la vérité, un ordre du discours qui se construit à l’intérieur des limites forgées par une époque. L’historien va donc s’intéresser aux mythes car c’est un mystère pour nous, contemporains d’une science hégémonique et sûre de son discours universaliste : les Grecs ont fondé les bases de notre science et pourtant ils adoraient écouter les histoires racontées par les mythes. Paul Veyne commence son ouvrage par définir les mythes, qui sont un ensemble d’histoires qui ont leur propre logique interne : on invente des lieux, des chronologies, des faits, et c’est ce qui permet à un récit d’avoir la cohérence et l’autorité nécessaires pour une adhésion facilitée. Je m’explique : si un Grec écoutait un récit sur les dieux, il ne se posait pas la question de savoir si c’était vrai ou faux. L’autorité du poète qui récitait l’ode aux dieux suffisait. Il n’avait pas le souci de vérifier expérimentalement ces points, puisque la transmission orale était le mode d’acquisition des connaissances. Ce que veut dire Paul Veyne, c’est que la notion de vérité est historique, en d’autres termes, elle dépend de l’époque et de la culture. La vérité est comme un récipient : c’est à l’intérieur de ce récipient, de ce vase, c’est-à-dire l’idéologie d’une époque, que la notion de vérité a du sens. Nous voyons les acteurs de la recherche de la vérité nager ou se noyer dans ce vase idéologique. Est-ce vrai ? Est-ce faux ? Ces deux questions n’ont de sens que si l’on comprend que la notion de vérité est liée aux processus par lesquels les pensées des individus se structurent. La nôtre est l’héritière du siècle des Lumières, qui cherchait à faire correspondre nos discours avec la réalité. Mais ce ne fut pas toujours le cas. Ainsi pour le Grec de l’Antiquité, considérer qu’il faut vérifier les dires du poète en les comparant avec des faits véritables n’avait réellement aucun sens, puisque le poète était celui qui savait. Le poète était le maître de la vérité, transmettant de génération en génération, de bouche à oreille, ce qu’on savait. On le croyait parce que personne ne pensait à remettre en doute ce qu’il disait. Peu importe d’ailleurs si cela ne devait jamais se vérifier, puisqu’il parlait de lieux inaccessibles, d’un passé glorieux ou d’une terre si lointaine que personne ne pensait y aller. Prenons un exemple : Lucien de Samosate au iie siècle de notre ère racontait les aventures des habitants sur la Lune, dans un ouvrage intitulé Histoires véritables. Bien entendu nos écoliers, lorsqu’ils le lisent savent que tout est faux et que le titre lui-même est à prendre au second degré, car aujourd’hui nous savons qu’il n’y a pas de