Jeux Vidéo

Clair Obscur : Expedition 33

Genres : RPG, Action, Aventure. 1 joueur.
Paru en avril 2025 sur PC, PS5 et Xbox.

Le studio montpelliérain Sandfall Interactive signe son premier jeu, Clair Obscur : Expedition 33, et rafle presque tous les prix pour lesquels il était nominé aux Games Awards 2025, dont le prix du jeu de l’année. Voilà un titre qui pourrait paraître impossible et pourtant, c’est le cas. Une équipe de développement restreinte (comparée aux grosses productions habituelles), un budget plus serré (moins de 10 millions de dollars), il y a de quoi s’étonner de le voir aussi apprécié des joueurs et des critiques. Une preuve de plus que le budget ne fait pas tout ! Simple effet de mode, réelles qualités ou défauts habilement camouflés, voyons ensemble ce que Clair Obscur : Expedition 33 fait de mieux, ou pas, que ses camarades vidéoludiques.

Intrigant

Dès le début, Clair Obscur Expédition 33 m’a intrigué. Son ambiance inhabituelle est inspirée par un Paris de la Belle Époque associé à des technologies steampunk. L’univers ainsi formé est à la fois sombre et lumineux, lui donnant cet air mystérieux caractéristique du jeu. Son scénario, ensuite, m’a interpellé. Tous les ans, la Peintresse inscrit sur un monolithe géant un nombre décroissant. Dès cet instant, chaque personne dépassant cet âge disparait. Les habitants de la ville Lumière subissent cette fatalité sans connaître les raisons d’un tel supplice. Pour en savoir plus, les « prochains sur la liste » organisent des expéditions, et quittent alors leur ville pour explorer les terres hostiles et inconnues qui l’entourent. Car jamais aucune expédition n’est revenue.
C’est avec l’expédition 33 que l’histoire démarre, formée de Gustave, Maëlle et Lune, pour ne citer que les principaux. Bien évidemment je ne dirai rien de plus afin de ne pas vous révéler les nombreux rebondissements scénaristiques qui révéleront les secrets de ce monde étrange. Je vous dirai simplement que ça en vaut la peine !

Émotionnel

Clair Obscur m’a fait vivre tout un panel d’émotions, au travers des différents personnages qui rendent ce périple vivant. C’est presque ironique puisque c’est notamment le deuil qui alimente les thématiques abordées par le jeu. Un mélange réussi, qui colle parfaitement à l’ambiance mélancolique dégagée par les décors, la musique, ou les traits des personnages. Une ambiance qui ne fait pas tache (de peinture), loin de là, même comparée à celles des œuvres dont Clair Obscur s’inspire – sans le cacher. J’y ai retrouvé ce qui me fait vibrer dans le traitement des personnages, les tonalités musicales et les torrents émotionnels des sagas Final Fantasy, Xenoblade Chronicles ou encore Nier – que des joyaux du jeu vidéo de rôle japonais. J’y ai retrouvé dans les expéditions un peu de La Horde du Contrevent, et ce n’est pas une critique. Toutes ces teintes artistiques sont mélangées avec soin, tissant une toile au paysage unique, celle de Clair Obscur : Expedition 33.

Maitrisé

Oui, Clair Obscur est une leçon de ce qui devrait être fait partout. La copie est maitrisée de bout en bout. Le soin apporté à tous les éléments du jeu se ressent, les contraintes d’une petite équipe habilement esquivées par un système de jeu linéaire, un gameplay ajusté au millimètre et des environnements variés qui mettent en valeur ce qui doit l’être. Bref c’est une réussite sur tous les points les plus importants pour moi, friand de ces jeux qui me font vivre des choses fortes, et qui – en plus – possèdent un gameplay addictif.

Un goût de « reviens-y »

Oui, une bonne histoire, une bonne ambiance, des personnages réussis, c’est important. Mais ce qui fait un bon jeu vidéo, c’est avant tout son gameplay. Et ça tombe bien, c’est ce qui fait la principale singularité de ce Clair Obscur. Son système de combat dit « au tour par tour » (c’est-à-dire que les personnages – alliés comme ennemis – agissent l’un après l’autre, selon leur caractéristique de vitesse), est parfaitement calibré. À chaque action, en plus de réfléchir aux différentes actions possibles, qui varient selon les personnages, il faut aussi anticiper les actions possibles des adversaires et des autres alliés. Mettre en place cette stratégie de combat est le propre des jeux au tour par tour, mais ce qui rend la discipline encore plus addictive est tout simple : la parade. Habituellement, il est impossible d’agir durant les tours adverses, ici que nenni. Malgré des attaques ennemies dévastatrices, il est heureusement possible d’esquiver ces dernières ou, mieux encore, les parer. Lorsqu’un ennemi attaque un allié, il faut appuyer sur une touche au bon moment afin de parer l’intégralité des dégâts. Mieux encore, infliger un contre dévastateur à l’adversaire ! Mais attention, réaliser ces parades est loin d’être simple ! Le timing est précis, non-indiqué, et il nécessite souvent de parer plusieurs coups à la suite pour réussir le contre. Il faut donc analyser les positions des adversaires et trouver le moment opportun pour contrer efficacement leurs offensives. Que c’est grisant de réussir ces parades, donnant une réelle sensation de puissance et de satisfaction ! J’en redemande à chaque combat !

Généreux

En plus de tout ça, le jeu fourmille de choses à faire. Rien que l’histoire principale se déroule sur une trentaine d’heures, laissant largement le temps à l’intrigue de se poser, au joueur de se questionner et d’imaginer les scénarios possibles. Mais le jeu laisse aussi la place à l’égarement. Durant les phases d’explorations, les décors donnent envie d’être contemplés, explorés en long, en large et en travers. Et bien souvent, ces escapades accessoires qui s’écartent du chemin tracé, offrent des éléments de gameplay aux curieux qui s’aventurent. De quoi améliorer les compétences, les caractéristiques ou les armes des personnages, voire carrément de déverrouiller de nouvelles armes redoutables ou des tenues supplémentaires pour vêtir selon ses goûts les personnages jouables. C’est donc, en plus d’être de qualité, un jeu très fourni, le tout vendu à un prix raisonnable d’une cinquantaine d’euros, loin des 60, 70 voire 80 € parfois demandés, coucou Forspoken (Mag 191).

Le chef-d’œuvre annoncé ?

Disons le d’emblée, Clair Obscur : Expedition 33 n’a pas démérité ses titres de jeu de l’année ou les louanges qui lui sont faites. Même s’il ne fait pas mieux que mes autres séries préférées, il se hisse au même niveau sur de très nombreux points ! La tension scénaristique est maitrisée, les ambiances visuelles et musicales sont assumées. Elles sont françaises et font d’ailleurs exception dans ce paysage vidéoludique très japonais ou américain. Un pas de côté bienvenu, qui ne révolutionne pas le genre mais qui en respecte et maitrise les codes. Créant un voyage quant à lui bien unique, des émotions bien réelles et des personnages bien attachants !

En clair (obscur)

Malgré des animations de personnages mal ajustées, des expressions faciales parfois hasardeuses et une rigidité dans l’exploration qui peut être regrettable, Clair Obscur : Expedition 33 camoufle parfaitement ces petits défauts dans l’Obscurité, et révèle à la lumière de son jeu un état de fait Clair : ce jeu est un excellent JRPG français ! Et c’est cocasse puisque JRPG signifie « jeu japonais de jeu de rôle ».

Les Plus

Une ambiance atypique
Un scénario prenant
Un gameplay addictif
Une bande-son de qualité
Des visuels surprenants

20/20

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