MUSIQUE

Dans la chronique de bekar

Sidi Bémol

© Frank Loriou

Je suis toujours très curieux de découvertes musicales. J’écoute, Shazam ouvert, souvent des radios musicales comme Fip ou RPH, car elles ouvrent leurs grilles à des artistes beaucoup moins « mainstream » que ceux qui passent les ondes dites généralistes.

Je me laisse aussi guider par les fils d’actualité des réseaux sociaux ou par les algorithmes des plateformes de streaming. Je suis également à l’affût des noms d’artistes ou de groupes figurant sur les affiches annonçant les concerts. C’est par ce moyen qu’il y a quelques années mon regard a accroché le nom de Sidi Bémol.

Quelle ne fut pas ma surprise de voir qu’un autre musicien portait pour nom d’artiste un des symboles de la musique, le bémol. C’est donc d’abord par cette proximité de nom que je me suis intéressé à Sidi Bémol.

J’ai alors écouté et, deuxième surprise, c’est un chanteur-auteur-compositeur qui a fait le choix d’emmener les musiques traditionnelles (gnawi, chaabi, kabyle, etc.) dans le monde des musiques actuelles. Qui plus est, il mêle ses univers avec un brin d’humour assumé dans ses tenues de scène ou au travers de ses clips vidéo. Nos paysages artistiques respectifs revêtaient donc une proximité qui a forcée mon attention joyeuse et mon écoute curieuse.

Dès son premier album, nous retrouvons la diversité qui caractérise son univers : ballade amoureuse Hiya), traditionnel aux sonorités rock (Wach Eddani), folk (Timeqverth)… Sidi Bémol assume de passer d’une langue à l’autre, si bien que l’arabe côtoie la langue française (Ballade Apatride). Le choix des instruments assure une esthétique ancrée dans les musiques actuelles (basse/batterie, guitares) tout en laissant une place à des instruments traditionnels : accordéons, percussions, vents…

Au fil de ses albums, Sidi Bémol ouvre ses chansons à une écriture et des arrangements où la place des chœurs soutient les lignes mélodiques (Coulina, Fe Salam). Il offre à sa guitare électrique un espace blues et rock (Rxis) pour accompagner ses chants qui soutiennent ses références traditionnelles.  

Ses albums sont gourmands, les titres y sont nombreux. Sidi Bémol s’amuse avec des références puisées dans le rock et les musiques anglo-saxonnes. Selon qu’on aime les Rolling Stones, les Doors ou le blues ancestral, il est possible d’y entendre ici et là des clins d’œil à ces artistes.

En 2020 il sort un album d’une puissance incroyable, Chouf !.

La production de cet album pose des basses aux contours bien ronds soutenues par une batterie explosive, si bien que les riffs de guitares entrent en fusion avec la voix de Sidi Bémol.

Les chansons trouvent ici un groove qu’il qualifie lui-même de gourbi-rock.

En concert, j’ai vu combien la générosité entendue dans les albums et les chansons était celle d’un homme. Il occupe la scène, avec ses musiciens, avec une simplicité déroutante. On pourrait avoir l’impression qu’on est avec lui, chez soi, ou chez lui, à boire un café pendant qu’il  joue ses titres. 

Le public danse, chante, l’interpelle, réagit à ses textes dans une atmosphère fraternelle et amicale.

Il se permet quelques prises de paroles, dont on pourra dire que certaines sont politiques, je dirai surtout qu’elles sont audacieuses et courageuses, au regard du contexte de tensions internationales, en particulier entre la France et l’Algérie.

Comme ses albums, le concert est généreux. À celui auquel j’ai assisté il a même offert quelques titres qu’il joue habituellement à l’occasion d’un autre répertoire : les chants marins Kabyles.

Et si vous devez entrer dans le répertoire de Sidi Bémol par la porte de la découverte, je vous conseillerai de laisser faire le hasard, celui qui m’a conduit vers lui : selon que la pochette vous plaît, qu’un titre attire votre regard, qu’une vidéo tombe sous le clic de votre souris ou de votre doigt.

Une des mes chansons s’intitule Rabbi Bekar… Sidi Bémol est aussi parfois nommé Cheikh Sidi Bémol.

Il est des ponts entre les artistes, entre les cultures, entre les gens. Il y a des mains qui se tiennent au travers des voix et des chansons.

Bekar

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