Sucré / Salé – 192

Sucré MUFFINs aux ABRICOts & aux amandes Temps de préparation : 15 minTemps de cuisson : 25 minIngrédients pour 10 muffins• 5 abricots• 125 g de farine• 50 g de maïzena• 75 g de poudre d’amandes• 75 g de beurre• 75g de sucre• 2 oeufs• 1 yaourt nature• 1 sachet de levure• 1 c.à.s. d’arôme d’amande• 1 pincée de sel Préchauffer le four à 180°C. Faire fondre le beurre au micro-ondes dans un saladier et ajouter le sucre. Bien mélanger puis ajouter les œufs battus, le yaourt et l’arôme. Mélanger à part la farine, la maïzena, le sel, la levure et la poudre d’amandes, puis incorporer le tout au premier mélange jusqu’à obtention d’une pâte homogène. Couper les abricots en 2 et ôter les noyaux. Verser 1 cuillère à soupe de pâte dans chaque alvéole du moule à muffins, déposer ensuite dessus un demi-abricot (la peau vers le haut) puis recouvrir les demi-abricots avec le reste de pâte. Cuire ensuite 25 min à 180°C. Sortir les muffins et les laisser refroidir une dizaine de minutes avant de les démouler. Bon appétit ! Tarte tatin à la tomate Salé Temps de préparation : 15 minTemps de cuisson : 40 minIngrédients pour 6 personnes • 1 kg de petites tomates• 1 pâte brisée ou feuilletée• 1 c.à.s. de moutarde forte • 3 c.à.s. d’huile d’olive • 1 c.à.s. de sucre de canne • herbes de Provence, poivre, sel Bien laver les tomates, les essuyer et les équeuter. Faire chauffer un filet d’huile d’olive dans une grande poêle, ajoutez les tomates entières, les herbes de Provence, le sel et le poivre et saupoudrer de sucre. Faire cuire 10 min sur feu assez vif en secouant souvent la poêle. Laisser tiédir. Préchauffer le four à 210°C. Transvaser les tomates dans un moule à manqué. Dérouler la pâte sur le plan de travail et tartiner de moutarde. Piquer la pâte de plusieurs coups de fourchette et poser celle-ci sur les tomates côté moutarde. Enfourner pour 10 min puis baisser le four à 180°C et poursuivre la cuisson 20 min. Sortir la tarte du four, laisser reposer 5 min, puis la retourner sur un plat de service.Servir chaud, tiède ou froid. Load More
Rom Castéra

MUSIQUE Rom Castéra (Electro-pop-folk / Montpellier) Formation :Romain (chant et guitare)Naïma (basse)Ana (claviers)Laurent (batterie)Matia (guitare électrique) Discographie :The Seasons (2023)Elephant (2021)Cages (2019) Cet album est maintenant sur la route des concerts. Parfois en trio, d’autres fois en quintet. J’ai eu le plaisir de le voir à deux reprises en formule trio accompagné de Naïma Girou à la basse et d’Ana Baldek aux claviers. Et c’est une chance car ces concerts sont assez rares : “les concerts sont très importants pour moi, mais je préfère leur qualité à leur nombre” Et c’est une chance inouïe pour le public héraultais de pouvoir venir le voir en concert à Lodève, en formule quintet à l’occasion du festival de la librairie un point un trait, vous vous en doutez bien, je serai dans le public ! Hommage : cette première chronique, fait suite à celles de Guillaume Ged Dumazer. Il occupait cette place jusqu’à son décès récent. Je l’avais rencontré à différentes reprises il y a quelques années ; à l’époque je cherchais un auteur pour rédiger ma bio. Ce projet de bio n’a finalement pas été concrétisé mais les cafés et les discussions furent consommés avec beaucoup de plaisir. Je retiens la douceur de son regard qui racontait son humanité profonde et tourmentée. Repose en paix l’ami. Retrouvez Rom Castéra sur internet : https://romcastera.bandcamp.com/ Bekar
L’idée Livres 192

Littérature Odile l’été de Emma Becker Emma Becker n’a pas son pareil pour parler de sexe. Jamais grossière, souvent crue, elle aborde la sexualité de façon bien à elle, touchante, honnête et nature. Cette fois, elle revient sur sa jeunesse et ses premières expériences avec sa meilleure copine Odile. Des années plus tard, alors qu’elles vont se recroiser, elles vont évoquer cette époque et leurs vies respectives qui en découleront. On est surpris par la maturité et le recul de cette jeune auteure, ses interrogations sur leur vécu, leurs sensations et le rôle des adultes qu’elles ont côtoyés et qui auraient dû être à leur place quand, elles, ne l’étaient pas.Elle fait bien la part des choses (et c’est parfaitement amené dans le récit), entre le domaine du fantasme et la vraie vie. Au milieu de scènes trash, Emma Becker assène des vérités, ses doutes, ses révélations sur son désir, sa peine à la jouissance pure et sans contrepartie, son rapport aux hommes et son désir de plaire à tout prix… la recherche de ce premier amour lesbien jamais assouvi. Et puis, cette fois, elle est en retrait, presque sage quand Odile ose tout, régente tout, maîtrise tout… Au final, Emma ne doit pas oublier que c’est elle qui raconte les histoires, qui fantasme sa vie et qui de fait, a le plus beau rôle. Nuits de noces de violaine bérot Envoyée à l’église par son père, dont elle craint la fureur et qui est convaincu que, là, il n’y aura aucune tentation, la narratrice tombe immédiatement amoureuse du prêtre. Il faudra beaucoup de patience à la jeune fille pour vivre enfin, pleinement, son histoire d’amour. Un petit bijou littéraire et on a envie de dire, comme d’habitude. Nuits de noces nous embarque cette fois dans une très belle histoire d’amour, un amour difficile voire impossible. L’héroïne admirable s’accroche, ne renonce pas et patiente de nombreuses années. Pour accompagner cette valse des sentiments, Violaine Bérot a choisi une forme poétique aux phrases courtes, presque essoufflées, ses propos d’apparence simple sont d’une grande puissance et le rendu est superbe. SOLAK de CAROLINE HINAULT Solak. Une presqu’île au nord du cercle polaire arctique. Un drapeau à garder. Trois hommes. Une recrue. Tout va changer. Caroline Hinault n’a pas volé ses prix ! Son premier roman est très prometteur. Avec un texte court, incisif, on est suspendu aux lèvres d’un homme qui nous raconte son purgatoire aux confins des glaces. On sait que le drame va survenir dès les premières pages, en revanche, on ne sait ni comment ni pourquoi. La promiscuité de ces quatre hommes que tout sépare et qui vivent dans l’isolement complet dans des conditions extrêmes nous prend aux tripes. Cerise sur le glacier, une fin à la hauteur, totalement imprévisible et surprenante. THE NICE HOUSE ON THE LAKE T.1 de J. TYNION IV ET Á. Martínez Bueno Dix jeunes sont invités par un ami commun, Walter, à passer un séjour dans une maison de luxe au bord d’un lac magnifique. Mais peu à peu, ils découvrent que les alentours sont fermés par une étrange clôture infranchissable et transparente et que leur invitation ressemble plutôt à une sélection minutieuse au projet inavouable. L’ambiance devient de plus en plus oppressante, le mystère s’épaissit et les interrogations tombent en cascade. Au fond, qui connaît vraiment Walter ? Une narration originale et addictive qui accompagne de très belles planches de dessins. Vivement la suite dans le tome 2 qui vient de paraître ! Le choix du roi de laurence lieutaud Maxime est en apparence le fils parfait, aimable, poli, futur polytechnicien… à l’inverse de sa cadette Lisa qui vit intensément sa crise d’adolescence et qui décourage tout particulièrement sa mère Karine. Un soir d’été, Maxime paniqué va réveiller Karine et lui raconter : le retour de soirée alcoolisé, l’accident mortel et sa fuite, qu’il va lui demander de couvrir… Dans cet excellent second roman de Laurence Lieutaud, nous suivons les questionnements et les errements de Karine, en proie à la culpabilité, contrairement à son fils, mais également ceux de la mère et des sœurs de la jeune victime ainsi que le point de vue de Lisa qui se débat pour sortir de l’ombre de ce frère “parfait”. Un thriller psychologique à la fois très fin et implacable ! Le chevalier aux épines T.2 de Jean-Philippe Jaworski Le deuxième tome de la trilogie Le Chevalier aux épines est un triomphe absolu ! Dans un univers de fantasy médiévale, au milieu des querelles d’honneur et des intrigues de pouvoir, on assiste au grand retour de l’affreux Don Benvenuto, spadassin sans scrupules qu’on déteste adorer (ou qu’on adore détester) ! Jaworski, qui avait déjà placé la barre très haut avec ses précédents romans, nous entraîne dans un récit plein d’actions et de rebondissements, excellemment bien écrit, avec un lexique d’orfèvre, de la poésie, de l’épique… bref un chef d’œuvre incontestable ! Un deuxième volet qui peut par ailleurs se lire indépendamment, vision alternative et développement des événements du premier tome. LA rouille D’éric richer Nói vit dans une casse automobile avec son père, quelque part dans un pays post-soviétique cerné de misère ordinaire. Bientôt, il devra passer le “Kännöst”, un rite initiatique brutal, mystérieux et inquiétant imposé par les hommes de sa communauté. Entre soirées MMA, concerts de Métal et défonce aux détergents, Nói grandit comme il peut, chahuté par ses émotions, à l’ombre du grand père clanique et tyrannique. Sans jamais cesser de rêver de partir loin, très loin… La parution poche du premier roman d’Eric Richer nous offre l’opportunité de (re)découvrir cet auteur atypique à travers l’histoire bouleversante du jeune Nói. Entre espoir fou et désillusions, ce roman nous plonge dans une atmosphère accablante, pessimiste et terriblement sombre au coeur de laquelle les personnages, profondément humains et à fleur de peau, espèrent entrapercevoir la moindre lueur. Un roman violent, saisissant, d’une intensité rare portée par une plume percutante. La vie en fuite De john boyne Le dernier roman de John Boyne fait écho à son immense
The Legend of Zelda: Tears of the Kingdom

Jeux Vidéo The Legend of Zelda: Tears of the Kingdom Développé par Nintendo.Paru sur Nintendo Switch, le 12 mai 2023.Genres : Monde ouvert, Aventure, Fantaisie, Action. The Legend of Zelda: Tears of the Kingdom (TotK) est la suite de The Legend of Zelda: Breath of the Wild (BotW) paru en 2017 dont j’ai donné l’aperçu dans le n°157 du magazine et lui ai attribué la note de 20/20. J’y écrivais : “Pour moi, c’est le meilleur jeu de tous les temps et seul son successeur sera capable de le détrôner. Un indispensable pour tous les joueurs”. Alors, pari tenu ? Après 6 ans de développement passé sur BotW, les équipes de Nintendo avaient encore beaucoup trop d’idées pour en rester là, et ce malgré un excellent contenu additionnel paru en 2018. Tant d’idées, qu’une suite est annoncée en 2019. Nous y voilà 4 ans plus tard, manette en main, pour tester cette nouvelle aventure. L’attente fut longue mais récompensée. Je ne pourrai pas vous le cacher bien longtemps : ce Zelda est une claque monumentale. Voyons pourquoi. Avec comme base la quasi-totalité du contenu de BotW, difficile de partir d’un mauvais pied. Pour se démarquer de ce dernier, il fallait trouver un point de départ scénaristique attrayant. Et c’est chose faite. Link (le personnage principal que l’on contrôle) et Zelda (la princesse du royaume) décident d’explorer les souterrains du château d’Hyrule, après que d’étranges phénomènes maléfiques semblent en provenir. Ils y font des découvertes majeures sur les fondateurs du royaume d’Hyrule, ce peuple très ancien nommé Soneau ; mais aussi et surtout, sur la source de ces maux : Ganondorf1. Le sceau qui le maintenait endormi se brise et s’éveille sous les yeux de nos deux héros le plus grand mal qu’ait jamais connu Hyrule. Sa puissance est telle qu’il arrive sans sourciller à briser l’épée de Légende2 et à blesser Link presque mortellement (il perd son bras droit). Aussi, Zelda disparaît nul ne sait où. Ces événements et leurs conséquences sont appelés le Cataclysme par les habitants du royaume. C’est ce cataclysme qui explique les nombreux changements et ajouts nécessaires au renouveau du terrain de jeu qu’offre TotK vis-à-vis de son prédécesseur. Ainsi, les montagnes et collines sont enrichies de nouvelles grottes, cavernes et autres crevasses, qui ajoutent de la profondeur à leur exploration. Dans les cieux, de nombreuses Îles Célestes apparaissent, créant ainsi de multiples archipels volants. Enfin, d’immenses et nombreux abîmes traversent les sols du territoire, donnant accès à un tout nouvel environnement gigantesque : les Profondeurs. Et ces ajouts ne font pas décoration. Ils sont parfaitement intégrés à l’ambiance globale du jeu et offrent de nouveaux défis : des ennemis redoutables à terrasser, des armes, armures et butins à récolter, des décors orignaux à découvrir… bref un régal. Précédent Suivant D’autant que chacun de ces paliers (cieux, surface, profondeurs) a une atmosphère qui lui est propre. Les cieux sont chaleureux, il fait toujours beau au-dessus des nuages. Les couleurs sont vives et dorées, la musique d’ambiance y est reposante, le paysage idyllique. À l’inverse, les profondeurs sont privées de toute source lumineuse. Le sol y est jonché de miasmes néfastes, les monstres y sont d’autant plus redoutables et la musique oppressante. Entre les deux, à la surface, on retrouve un peu de ces deux opposés. Si l’aspect esthétique global est proche de BotW, le rendu général est bien plus intéressant, car radicalement contrasté par des décors nouveaux. Aussi, techniquement, les jeux de lumière sont de bien meilleure qualité. C’est un vrai plaisir d’éclairer soi-même les profondeurs durant notre exploration, rendant leurs découvertes encore plus palpitantes. Mais un jeu vidéo n’est pas seulement une bonne intrigue et une bonne ambiance. C’est aussi et surtout un bon gameplay. Et pour le coup, Nintendo a frappé fort. Très fort. C’est simple, si la liberté était déjà partie prenante de BotW, elle est décuplée dans TotK. Et ce grâce aux nouveaux pouvoirs qu’a obtenus Link avec son bras magique, venu remplacer celui perdu face à Ganondorf. Quatre pouvoirs qui offrent des possibilités infinies. L’un permet de fusionner une arme à n’importe quel objet. Par exemple, associer un bâton en bois à un caillou pour en faire une hache. Précédent Suivant Un autre pouvoir permet de déplacer les objets et de les coller les uns aux autres. Il est alors possible d’associer deux troncs d’arbres coupés avec notre hache à un ventilateur soneau pour créer un radeau de fortune et ainsi traverser un lac un peu trop large pour le franchir à la nage. Le troisième pouvoir facilite grandement l’exploration en permettant à Link de traverser les plafonds. Ainsi, atteindre une plate-forme en hauteur ou sortir d’une grotte n’a jamais été aussi simple et rapide. Le dernier pouvoir permet de faire remonter dans leur temps propre un objet. Très utile de renvoyer les projectiles des ennemis ou traverser la rivière dans l’autre sens après avoir utilisé ce pouvoir sur notre radeau de fortune… Je n’ai que très rapidement et succinctement effleuré les possibilités que ces pouvoirs offrent. Associés les uns aux autres et avec les très nombreux artefacts soneaus, il est possible de réaliser d’innombrables constructions, facilitant l’exploration ou les combats. Et chaque objet pouvant être associé aux autres, seule notre imagination nous limite. D’autant que chaque objet ou artefact a ses propriétés uniques ! Créer un nuage de fumée (et ainsi échapper à la vision des ennemis), enflammer, geler ou électrocuter la cible etc. tout un panel d’options offrant un amusement sans faille. Car utiliser tous ces pouvoirs sans contrainte durant l’exploration sans limite du monde d’Hyrule procure un plaisir inouï. Rien que ça serait déjà incroyable. Mais je n’ai qu’effleuré un bout de Tears of the Kingdom. La quantité de choses à faire est phénoménale. Que ce soit de découvrir ce qu’il est advenu de la princesse Zelda, de faire regagner sa force à Link, d’améliorer ses compétences, d’obtenir de nouvelles armes et armures aux capacités uniques, d’acquérir de nouveaux pouvoirs, d’aider les nombreux habitants dans de multiples tâches, de (re)découvrir les
Questions à Sophie Hénaff

Interview Questions à Sophie Hénaff © Samuel Kirszenbaum “Absolument, je suis pour les solutions les plus simples ! Mais bien planquées dans l’intrigue 🙂 ” ClM : Vous glissez des références sur l’actualité, comme celle du Bataclan lors de la rencontre avec Sylvie, la flic fracassée, logeant à l’ANAS Le Courbat, est-ce une forme d’hommage ? S.H. : Un hommage oui, une pensée en tout cas. ClM : Vous dites “peser le plausible, éliminer le fantasque et conserver le probable” (p. 247) est-ce votre déclinaison du “rasoir d’Ockham” ? S.H. : Absolument, je suis pour les solutions les plus simples ! (Mais bien planquées dans l’intrigue :)) ClM : Parlez-nous musique puisque vous citez, Biolay, Imagine Dragons, Patrick Sébastien, Martin Solveig, on imagine vos préférences d’après la scène. Quelle est la musique qui accompagne votre écriture ou est-ce le silence qui vous convient le mieux pour écrire ? S.H. : Les références musicales en question sont celles du personnage, pas forcément les miennes ! J’évite la musique quand j’écris car je suis une véritable éponge et les chansons me transmettent aussitôt leurs émotions qui ne s’accorderont pas forcément au chapitre que j’écris. Je préfère donc rester dans le silence et créer mon humeur, celle du roman. ClM : Il y a un certain nombre de formulations qui marquent votre style, un humour qui traverse votre écriture, (par exemple en parlant du chien de Rosière “qui s’arrête plus souvent qu’un vélo de facteur”) Comment se travaillent ces tournures ? S.H. : Je ne les travaille pas spécialement, elles viennent spontanément à l’écriture. ClM : Poulets grillés, Rester groupés, Arts et décès, Drame de pique… comment travaillez-vous ces titres qui annoncent parfaitement la couleur ? S.H. : En général, ce n’est pas moi qui trouve mes titres mais ma famille ou mes amis. En fait, je n’aime pas les jeux de mots, un comble. ClM : L’humour est votre marque de fabrique qu’on retrouve dans vos chroniques du journal Cosmopolitan ; ou encore avec une troupe de café théâtre. Vous avez même monté un bar à jeux de cartes, pour vous, l’humour et le jeu sont-ils indissociables ? S.H. : Totalement indissociables en effet. Et indispensables à la vie, la mienne en tout cas. ClM : Pour vous, jusqu’où l’écriture est-elle un jeu ? S.H. : On manipule des idées, des concepts, et on essaie d’atteindre la case d’arrivée en bon état. ClM : L’humour est un jeu qui demande beaucoup de travail, arrivez-vous à trouver ça drôle ? S.H. : Heureusement oui ! Toujours ! ROMAN : 384 pagesÉditeur : Albin MichelParution : avril 2023ISBN : 9782226475527 ClM : Un grand merci pour les réponses et nous aurons le plaisir d’échanger et de partager un moment privilégié lors de votre venue au festival un point un trait à Lodève le 9 septembre ! Stephan Pahl
Questions à Olivier Barde-Cabuçon

Interview Questions à Olivier Barde-cabuçon © Editions Gallimard – Francesca Mantovani
Raison et devenir des apatrides

PHILOSOPHIE Raison et devenir des apatrides Un entrefilet a attiré mon attention au début du mois de mai 2023, paradoxalement parce qu’il n’occupait que quelques lignes : une femme reconnue coupable d’association de malfaiteurs à dimension terroriste a été déchue de sa nationalité française, nationalité qu’elle avait obtenue lorsqu’elle avait 16 ans. “Bien que née en France, la jeune femme se voit aujourd’hui dans l’obligation de régulariser sa situation en demandant un titre de séjour. Concrètement, elle est en effet privée de papiers d’identité français et son compte bancaire a été fermé, avec toutes les difficultés associées pour payer son loyer, l’électricité, l’eau, ses assurances, ses médecins”1. Il est étrange qu’une question qui a marqué le quinquennat de François Hollande au point de mettre en péril sa majorité en la divisant profondément, ne semble aujourd’hui plus poser de problèmes aux intellectuels et personnalités politiques qui s’y étaient opposés en 2016. Certains diront alors qu’il y a une différence, qui peut paraître subtile mais qui est fondamentale : il s’agit de l’application de décrets alors que François Hollande voulait l’introduire dans la constitution française, ce qui lui donnait une autre dimension. Pour reprendre la notice de l’AFP : “En France, ne peuvent être déchus de leur nationalité que les binationaux (pour ne pas rendre une personne apatride) mais pas ceux, parmi eux, qui sont nés Français. La déchéance de nationalité peut être décidée en cas d’atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ou en cas de condamnation pour crime terroriste. Elle est prononcée par décret du Premier Ministre”. En France c’est donc le cabinet du Premier Ministre qui prend la décision, ce qui veut dire que c’est une décision politique et non judiciaire. Et lorsqu’on comprend que le concept de “terroriste” est plutôt élastique dans l’histoire des nations modernes, on peut se poser la question des usages possibles de cette déchéance. La déchéance ne rend pas une personne apatride, mais elle ouvre la question de sa possibilité, et l’affaire est grave. C’est la raison pour laquelle il est important que le gouvernement ne puisse pas rendre une personne apatride, c’est-à-dire sans nationalité. Le droit à une identité nationale est inaliénable dans notre pays, c’est un droit sur lequel tous les gouvernements s’accordent mais qui pourrait être remis en question par une frange identitaire et nationaliste du spectre politique. De plus, la France n’est pas le centre du monde et les apatrides existent encore aujourd’hui dans le monde, d’où la nécessité de s’interroger sur ce concept qui frappe des millions de personnes. Ce sera la thèse de cette chronique : l’apatride, celui qui n’a pas de terre et qui est sans cesse dans l’illégalité, va dans notre histoire moderne être potentiellement la victime de génocide de la part d’États totalitaires. Cette thèse peut paraître trop radicale, et pourtant il y a un lien entre la définition de l’État-Nation, le totalitarisme, et les drames qui se sont déroulés depuis plus d’un siècle. Le totalitarisme est cette forme d’État apparue avec le nazisme et qui se caractérise par un parti unique avec un chef charismatique, qui acquiert sa popularité grâce à des thèses populistes de rejet de l’autre. Le totalitarisme, c’est un État toujours plus présent et surveillant sa population pour vérifier qu’elle adhère à l’idéologie. C’est donc la forme la plus extrême de l’État-Nation, et certains pays prennent à nouveau la route de ce totalitarisme. Hors-la-loi alors que leur seul tort est d’être nés Certes la question de l’apatride ne date pas d’hier. Aristote, dès le IVe siècle avant notre ère dans Les Politiques basait la définition de l’homme comme celui qui est en lien avec une nation, quelle que soit la nature de cette nation, fusse-ce une simple Cité-État: “la Cité est un fait de nature, que naturellement l’homme est un animal politique, et que celui qui reste sauvage par organisation, et non par l’effet du hasard, est certainement, ou un être dégradé, ou un être supérieur à l’espèce humaine. C’est bien à lui qu’on pourrait adresser ce reproche d’Homère : Sans famille, sans lois, sans foyer…”. Ces lignes célèbres du premier chapitre résument la nécessité pour l’homme d’avoir une patrie, c’est ce qui lui permet d’avoir une identité et des droits. Celui qui en est dépourvu est soit un “être dégradé” soit un dieu, mais certainement pas un être humain qui se définit comme un animal politique : nous pouvons exiger ce que les Grecs appelaient la vie bonne, que notre existence ait du sens, teintée de bonheur. Une vie où nous n’avons pas d’identité, pas de patrie, pas de droits nous ôte ce qui fait de nous des êtres humains, car il ne nous reste plus à vivre que regroupés dans un camp d’internement qui ressemble à une fourmilière. La vie d’un être humain doit être digne. Il a des droits et doit être protégé car personne n’est un simple insecte. Apatride, vous ne pouvez voyager, travailler, vous installer. Apatride, vous ne devenez qu’une âme en peine. Tout un chacun a besoin d’une identité liée à une terre, mais pour des raisons idéologiques, des États peuvent vouloir se débarrasser d’individus, les chasser, quitte à les condamner à l’errance ad vitam aeternam. Aristote lui-même fut presque victime de cette situation : né à Stagire, ville d’une province dominée par la Macédoine, il vint à dix-sept ans à Athènes pour suivre des cours directement à l’Académie, école de Platon. Dès cette époque, il s’intéressa à la vie politique (démocratie directe) mais il ne put y participer car il était un métèque. Et toute sa vie il fut écartelé, inquiété par sa position au milieu de deux Cités-Nations (Athènes et Stagire) et soumis à la Macédoine qui avait envahi toute la Grèce . Une fois Alexandre le Grand mort – qui était à la fois l’élève et le protecteur d’Aristote, il dut s’exiler pour éviter le lynchage. Aristote n’était pas un apatride, mais il sentit les effets d’être un citoyen de seconde zone. Il comprit ainsi qu’on est dégradé lorsqu’on nous refuse une identité liée à une nation. Combien existe-t-il aujourd’hui d’apatrides ? Le
