Sucré / Salé – 198

Sucré Cake Ananas noix de coco Temps de préparation : 15 min Temps de cuisson : 40 min Ingrédients pour 6 personnes •200 g de farine•150 g de sucre roux•4 œufs•100 g de beurre fondu•6 rondelles d’ananas•2 c.à.s. de noix de coco râpée•1 c. à café de vanille•1 c. à café de levure Battre les blancs en neige. Couper les rondelles d’ananas en tout petits morceaux. Dans un saladier, mélanger la farine, le sucre, la levure, les œufs, la vanille et la noix de coco râpée, jusqu’à obtention d’une pâte lisse.  Ajouter les morceaux d’ananas puis très délicatement les blancs en neige. Verser la pâte dans un moule à cake et laisser cuire 40 minutes à 180°C .  Bon appétit ! QUICHE ENDIVES ET JAMBON Salé Temps de préparation : 20 min Temps de cuisson : 60 min Ingrédients pour 6 personnes •1 pâte brisée•6 tranches de jambon blanc •6 endives•80 g emmental râpé•20 cl crème fraîche liquide •4 œufs•1 oignon•1 citron•Miel•Huile d’olive•Noix de muscade•Sel, poivre Étaler la pâte brisée dans un moule à tarte. Dans une sauteuse, faire revenir l’oignon et l’ail avec un peu d’huile d’olive. Ajouter les endives et le jus de citron puis prolonger la cuisson à couvert de 5 minutes. Ajouter une cuillère de miel, saler, poivrer et prolonger la cuisson de 10 minutes.  Fouetter les œufs, la crème liquide et la muscade dans un saladier. Ajoutez le persil et le jambon découpé en petits morceaux puis mélanger. Verser le contenu de la sauteuse sur la pâte puis le contenu du saladier. Saupoudrer d’emmental et enfournez pendant 30 à 45 minutes à 200°C. C’est prêt !

Dans la chronique de Bekar – Nika

MUSIQUE Dans la chronique de bekar Nika ©Antonin Borie Elle enchaine les titres, avec quelques prises de paroles, et saisit son public dans son esthétique qui convoque Björk, Catherine Ringer, Jimi Hendrix, PJ Harvey. On y retrouve chaque fois cette manière si singulière de chanter, de faire glisser sa voix comme des syllabes et onomatopées. Et toujours cette sensibilité assez étonnante dans sa manière d’alterner ses prises de parole naturelles en toute tranquillité, croisant parfois le cœur de la timidité. Nika c’est aussi un univers graphique très travaillé. Sur sa page web ou les réseaux sociaux, vous verrez tout le soin et la créativité qu’elle apporte à son univers graphique. Les lecteurs de C le Mag, habitant en Cœur d’Hérault, l’ont peut-être déjà croisée… Elle en est originaire. S’ils ne l’ont pas vue en 1re partie de Nina Attal le 14/02 au Somnambule à Gignac, ils auront une chance inouïe de découvrir son nouveau projet, inédit : Les filles électriques le 5/04 à Lodève (34), Ô Marches du Palais. Elle y présentera un concert avec La Pietà. C’est une date à ne pas manquer ! linktr.ee/nikaleeflang | www.bekar.fr Bekar

L’idée Livres 198

Littérature Strange Pictures de Uketsu Uketsu est l’écrivain le plus vendu au Japon, et le leader de la nouvelle vague des auteurs de thrillers et d’horreur. Artiste complet, il écrit, dessine, publie des vidéos d’horreur et de suspense et compose de la musique. On ne connaît pas sa véritable identité, il apparaît toujours vêtu de noir avec un masque blanc. Très belle surprise ! Nous menons l’enquête en même temps que les personnages à l’aide de dessins, de croquis et de tableaux et nous suivons plusieurs histoires sur différentes époques qui finissent toutes par s’assembler et s’éclairer à la fin. Il y a de bonnes trouvailles, l’auteur nous donne l’impression d’être de vrais petits psychologues qui décortiquent peu à peu la psyché humaine d’individus perturbés depuis l’enfance, victimes de violence et de maltraitance. Glaçant, original et très addictif ! Époque de Laura Poggioli Une psychologue se rend pour un stage dans un centre d’addictologie destiné aux enfants et adolescents accros aux écrans. On la suit auprès de cette génération dévastée par les dérives de la technologie et, par effet de miroir, dans les méandres de ses propres addictions. Entre le documentaire et l’autofiction, Laura Poggioli livre ici un récit alarmant sur les failles de notre société hyper connectée (cyber-harcèlement, aliénation et déconnexion de la réalité) et nous invite dans le quotidien de ces thérapeutes dévoués qui tentent tant bien que mal de défendre les jeunes face à cette menace grandissante.L’écriture extrêmement réaliste nous rend leurs différentes expériences douloureusement proches et porte un regard lucide sur ces questions très contemporaines.Un livre terrifiant mais tristement nécessaire. Gracier la bête de Gabrielle Massat Officiellement, la villa des Prunelliers est un foyer d’accueil d’urgence pour mineurs ; en réalité, c’est là où on envoie les enfants placés dont le système ne veut plus, et où les éducateurs en sous-nombre finissent tous par craquer. Quand Till, l’un d’eux, finit par lever la main sur Audrey, 14 ans. Avec beaucoup de sobriété et justesse, l’auteure retrace le parcours chaotique d’un éducateur spécialisé qui vrille. Témoin de violence depuis son enfance, Till voue sa vie à réparer les dégâts perpétués par des familles toxiques sur ces jeunes paumés. Mais un jour, par sa faute, Audrey fugue et se fait renverser par un chauffard. Alors qu’elle est dans le coma, Till va tout mettre en œuvre pour retrouver la mère d’Audrey qui a disparu. Débute alors, une spirale sombre dans laquelle il s’engouffre. Un sujet délicat et rarement abordé parfaitement maîtrisé. Un récit qui coule de source et des personnages plus vrais que nature. Très belle réussite. Journal inquiet d’Istanbul t.2 de Ersin Karabulut Le récit autobiographique d’un dessinateur de la presse satirique en Turquie. Après un premier tome axé sur son enfance, Ersin Karabulut nous raconte son parcours pour devenir auteur de BD et ses premières années dans la presse satirique, au moment où le régime autoritaire d’Erdogan se durcit. On y assiste aux manifestations et protestations d’une partie du peuple tandis que la répression et la censure s’accentuent. On apprend beaucoup sur la politique turque des dernières décennies, dans un pays où la fracture entre les modes de vie tend à s’accroître.Le dessin passe du réalisme à la caricature avec beaucoup de fluidité et l’humour est omniprésent, malgré la noirceur du propos. Ersin Karabulut nous livre ici un récit sincère et touchant, plein de finesse et sans aucune complaisance, ni avec le régime, ni avec lui-même. La fertilité du mal de Amara Lakhous Oran, le 5 juillet 2018, fête de l’Indépendance en Algérie. Soltani, colonel spécialisé dans l’antiterrorisme, doit renoncer à profiter de ce jour férié : son supérieur l’a débusqué chez sa maîtresse, où il se pensait injoignable. Car l’affaire est grave. Un ancien combattant du FLN, membre des services de renseignement et magnat du pouvoir algérien, a été retrouvé mutilé et égorgé.  Ce polar algérien qui alterne passé/présent mérite le détour. D’abord parce que l’enquête est prenante et qu’une petite révision historique sur cette période (de 1958 à nos jours) n’est pas superflue. Indépendance de l’Algérie, FLN, OAS, meurtres, représailles, tortures, exil, montée de l’islamisme, terrorisme… tout y passe. On se doute dès les premières pages que l’enquête va nous mener dans ce passé trouble, vers ceux qui ont profité du système, les lâches qui ont trahi, conspiré pour asseoir leur pouvoir et accroître leur puissance… jusqu’à l’impensable. PRICE de Steve Tesich Ce premier roman de Steve Tesich, publié pour la première fois en 1982, se déroule dans l’Amérique des années 60 et raconte l’été de Daniel, un adolescent de 17 ans qui vient de terminer ses études et s’apprête à basculer dans le monde des adultes. Malgré son côté rêveur et son incapacité à se projeter dans l’avenir, cet été va être riche d’enseignements : un premier amour avec l’insaisissable Rachel, les trajectoires divergentes de ses deux amis et la maladie de son père, avec lequel il entretient une relation ambiguë et conflictuelle.Steve Tesich a le don de nous raconter cette histoire banale avec tant de force et de finesse qu’on (re)plonge avec Daniel dans les tourments des premiers émois. A travers les doutes et les errements de ce jeune homme maladroit, il explore les thèmes de l’amour et de la famille, mais également de la vérité et du renoncement. Un magnifique roman initiatique, exhumé par l’excellente maison d’édition Monsieur Toussaint Louverture. À l’ombre de Winnicott de Ludovic Manchette & Christian Niemiec Sussex, Angleterre, 1934. Archibald et Lucille Montgomery confient à Viviane Lombard, une Française à l’attitude et au franc-parler peu ordinaires, l’éducation de George, leur jeune fils aveugle.  “Il y a beaucoup de monde !” remarqua la visiteuse à peine entrée. Lucille compta. “Nous sommes huit. Neuf avec vous.– Je ne parlais pas des vivants.”  Petit coup de foudre pour ce troisième roman à 4 mains. C’est à la fois désuet comme un bon Agatha Christie et en même temps moderne par les images que le récit évoque. On ne s’ennuie pas une seconde, c’est un huis clos comme je les affectionne, avec des dialogues plus vrais que nature, du cocasse,

The Legend of Zelda: Echoes of Wisdom

Jeux Vidéo The Legend of Zelda Echoes of wisdom Développé par Nintendo et Grezzo. Paru en septembre 2024 sur Nintendo Switch.Genres : Aventure, Exploration, Réflexion. Déconseillé aux moins de 7 ans. Le premier jeu de la série des The Legend of Zelda est paru en 1986 au Japon. Cette série de jeux d’aventure en 2D, s’est déclinée en 3D il y a 27 ans, en 1998, pour former la branche des jeux les plus récents de la saga, dont l’excellent Tears of the Kingdom (voir le Mag n°192) fait partie. Ces deux styles de jeux ont cependant un point commun depuis 40 ans : ils ont pour protagoniste principal et seul personnage jouable, Link, le Héros de la Légende ! Avec comme objectif très régulier de sauver la princesse du royaume, Zelda. Si je vous parle de tout ça, c’est pour donner du contexte à la surprise que j’ai eue lorsque Nintendo annonçait en novembre 2024, Echoes of Wisdom, le premier jeu de la série qui met en scène Zelda comme héroïne principale. Il était temps ! Echoes of Wisdom est donc déjà une révolution pour les fans de la série, mais aussi pour le genre en 2D de la saga, qui n’avait pas eu de nouveau jeu depuis 10 ans. Et ça n’est pas rien puisque ce dernier apporte tout un tas de nouveautés fabuleuses qui montrent que les jeux « à l’ancienne » sont encore d’actualité.  Le fait d’enfin jouer Zelda n’a pas qu’un intérêt scénaristique. Sa principale incidence se trouve dans la manière dont le jeu se joue. Quid de l’épée, des bombes ou de l’arc traditionnels à l’arsenal de Link, Zelda est cette fois accompagnée d’une fée et manie un sceptre magique lui permettant tout un tas d’actions variées. La première et non des moindres : créer des Échos. Autrement dit, le joueur à la possibilité d’enregistrer certains éléments du décor (par exemple une table, une caisse en bois, un rocher, un arbre et bien d’autres) afin d’en créer des copies — n’importe où, n’importe quand ! Et ça ne s’arrête pas aux objets, les monstres aussi peuvent être copiés ! Il suffit d’en tuer un, de sauvegarder son Écho et voilà, il est possible de l’invoquer à tout moment. Il est aussi possible de créer plusieurs Échos à la fois (identiques comme différents), si le coût d’invocation et l’énergie de la fée le permettent. En clair, c’est une façon très ingénieuse de faire évoluer le joueur dans le monde ouvert du jeu. Ainsi, il est possible d’user les différents Échos récoltés durant l’aventure, par exemple, pour se créer des passerelles et esquiver des gardes avec l’Écho d’un lit. Ou d’affronter de nouveaux ennemis en invoquant l’écho d’un monstre déjà terrassé… Certains Échos ont des caractéristiques propres (la caisse en bois flotte alors que la pierre coule, les monstres de feu craignent la glace, ceux aquatiques l’électricité, etc.). Cela ouvre de très nombreuses possibilités dans la façon de résoudre les différentes épreuves offertes par l’environnement. Tous ces éléments de gameplay sont sublimés durant l’exploration des « donjons », mais pour mieux comprendre ce qu’ils sont, il va me falloir parler de l’histoire de ce jeu. e scénario du jeu débute là où celui des autres se termine habituellement : Link terrasse le terrible Ganon et délivre la princesse Zelda. Malheureusement, un mal plus grand encore crée une faille qui engloutit Link et toute une partie du royaume dans une autre dimension, rendant prisonnier de nombreux habitants, y compris le Roi d’Hyrule et ses conseillers. Et Zelda n’est pas la seule à pouvoir créer des Échos… ce nouvel ennemi mystérieux peut lui aussi copier les personnages engloutis par les failles. Le Roi et ses conseillers sont donc copiés, prennent la place des originaux et condamnent Zelda de trahison envers le royaume. C’est dans sa fuite qu’elle rencontre Tri, la fée dont je vous parlais au début de l’article, qui lui confère le Sceptre de Tri (ils se sont cassés la tête pour le nom) : Zelda peut désormais utiliser les pouvoirs de Tri pour invoquer des Échos. Rapidement, Zelda peut se rendre à l’intérieur des failles (qui ne l’affectent plus) et ainsi les refermer. Je vous passe les détails du comment, mais ces failles font « écho » aux « donjons » traditionnels de la série Zelda. J’entends par là que ce sont des zones différentes du monde principal, qui ont une ambiance unique, un chemin tracé par une succession de plusieurs éléments : énigmes, combats, plateformes et boss qui font progresser l’histoire principale une fois complétée. Cette cassure dans le rythme libre du jeu est très sympathique : à la fois l’ambiance et le gameplay changent. Certains passages quittent la vue du dessus pour laisser place à la vue de côté, plus classique, ce qui donne au jeu une atmosphère très variée. Ces donjons sont d’autant plus intéressants que les Échos enregistrés modifient notre façon de les résoudre !  En fonction du chemin choisi dans l’exploration et la progression de l’histoire, les donjons ne sont pas accomplis dans le même ordre, et cela change donc les Échos que l’ont obtient ! Ces donjons sont en plus gratifiants une fois complétés : ils renforcent Zelda et Tri leur permettant d’accomplir plus de choses à la fois, classique mais toujours très efficace ! Vous l’avez sûrement remarqué, grâce aux illustrations de cet article, l’aspect du jeu est tout mignon. Se basant sur le trait artistique du remake de Link’s Awakening paru en 2019 sur Switch (Mag n°179), Echoes of Wisdom innove avec de nombreux éléments visuels. Nouveaux ennemis, environnements plus nombreux, jeux de lumière plus vibrants et nouvelles zones contrastées  : j’en ai eu plein les yeux. Cette ambiance visuelle est adaptée au ton de l’histoire et les environnements sont accompagnés d’une bande sonore adéquate. Loin d’être culte, elle fait son travail plus que bien avec certains morceaux originaux très sympathiques et d’autres reprenant certains airs nostalgiques de la saga : pas de quoi être déçu ! Cependant, tout n’est pas parfait. Echoes of Wisdom souffre de plusieurs points négatifs, certains plus contraignants que d’autres. Le premier est assez évident : le jeu est trop chargé

Le grand épuisement / Justice climatique

Littérature Le grand épuisement Justice climatique Quel rôle peut-on jouer dans une catastrophe annoncée, celle du dérèglement climatique connu depuis 1990 ? Sans doute toutes les formes de message ont-elles été utilisées, depuis le film pessimiste ou optimiste (comme le doc « Demain » par Cyril Dion et Mélanie Laurent en 2015), jusqu’aux actions de désobéissances des jeunes générations qui refusent d’être complices. Mais cela semble si peu face au brouhaha et à la fureur des climato-sceptiques, dont le plus connu d’entre eux vient de revenir à la Maison-Blanche. Nelly Pons est une jeune femme dynamique, intelligente et sans doute qu’elle se sentit fort à l’aise dans son époque. Jusqu’à ce qu’elle soit touchée par un épuisement total, physique et psychologique – ce que nous appelons burn-out. Et la voilà aux prises avec une descente en enfer qui durera deux ans et qui l’exclura du monde du travail. Reconnaissance d’une incapacité de travail par une administration qui est censée prendre soin de ses usagers, mais qui est une véritable violence pour les individus. Quel est le rapport avec le réchauffement climatique et l’épuisement du vivant ? Rien, me direz-vous, sauf un pont, une petite mise en parallèle qui va combattre un sentiment d’isolement face à ses contemporains : “la nature est épuisée tout comme moi“. Certes ce livre n’est pas scientifique. Son écriture et sa mise en page ne recherchent pas la démonstration rationnelle. Elles sont travaillées pour raconter, partager l’intimité d’une souffrance, sans larmoiement. À la première lecture je me demandai : pourquoi et comment faire un parallèle entre la souffrance d’une personne et l’effondrement de la biodiversité ? Comparaison ne fait pas raison, dit l’adage. Mais qu’importe me répondrait l’autrice ! Son livre est juste là pour poser un vécu, des définitions (c’est toujours très instructif de se mettre d’accord sur le sens des mots) et à chacun de faire ce qu’il en désire. La lecture est rapide mais c’est ce qui la rend salvatrice : notre esprit est maintenu en haleine, balayant l’argument qu’on n’a pas le temps. Le temps est un trésor de plus en plus rare, vaut mieux ne pas le gâcher. Le second ouvrage – vous pouvez les lire l’un après l’autre – est aussi un témoignage , mais d’un autre point de vue : celui d’un professionnel de l’environnement. Un avocat spécialiste du droit de l’environnement depuis vingt-cinq ans. Et son livre parle d’un autre aspect, sans doute aussi fréquent que l’épuisement : la dissonance ! Longtemps, même s’il défendait les droits de la nature, il voyagea et profita de tout ce que le monde moderne lui offrait. Il faisait partie de ce qu’on appelle les privilégiés. Mais il n’avait pas mauvaise conscience, puisqu’il participait à la solution ! Sauf que ça ne peut pas être le cas : le droit, tout comme les nouvelles technologies n’apporteront jamais les moyens de nous prémunir du réchauffement climatique, sauf à précipiter d’autres catastrophes !  La lecture est rapide mais c’est ce qui la rend salvatrice : notre esprit est maintenu en haleine, balayant l’argument qu’on n’a pas le temps Ce livre est donc une réflexion sur la responsabilité individuelle ; que fais-je pour changer mes comportements, moi qui suis en pleine santé, dans une partie du monde qui ne souffre pas tant des modifications du climat ? Ai-je le droit d’avoir les bonnes idées et les réserver aux autres, à mes enfants ou mes cousins des antipodes ? Bien entendu la réponse est non ! Mais que faire dès lors ? C’est amusant sans être amusant. L’auteur, Sébastien Mabile, est un juriste. Son rôle et son livre passent par une collecte des faits. L’homme est sérieux et construit sa démonstration. Il évoque même la philosophie et un des premiers grands penseurs à avoir réfléchi à la question écologique, Hans Jonas avec Le Principe de responsabilité en 1979. Le philosophe allemand expliquait dès ce moment qu’un des plus grands ennemis de la cause sera toujours l’égoïsme humain : je peux très bien vouloir rationnellement ne pas me sacrifier pour les générations futures et préférer que ma vie soit un immense feu d’artifice (que tout explose ! Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse ! disait un autre adage – décidément, le prêt-à-penser est très pratique).  Face à cela, Sébastien Mabile se raconte mais pas seulement. Il explique comment il est sorti de cette fameuse dissonance, c’est-à-dire le décalage entre ce que je sais, ce que je pense, et la réalité de mes comportements, pour s’installer loin de Paris, en Camargue, l’un des lieux les plus exposés à la montée des mers ! Mais à un certain moment il faut savoir être contemplatif de la beauté du monde, pour en être un meilleur défenseur. Car il y a un peu de Marx en Sébastien Mabile. Certes vous pouvez vous en douter juste en lisant le sous-titre : Pour une nouvelle lutte des classes ; mais aussi parce que Marx était un homme engagé dans l’action et c’est ce qu’il soulignait avec la très célèbre onzième thèse sur Feuerbach : “Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c’est de le transformer.” Lançons-nous dans l’aventure !   112 pagesÉditeur : Actes SudParution : février 2025ISBN : 978 233 009 6335 Voilà donc deux ouvrages très différents et que pourtant vous pouvez lire de manière croisée. La diversité a toujours été une richesse. Le témoignage, la plus sûre des mémoires. Lisez et gardez ces livres, car ensuite ils (qui seront ces « ils »?) ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas. Rencontre avec Nelly Pons et Sébastien Mabilele vendredi 7 mars à 18h30 par la librairie un point un trait 160 pagesÉditeur : Actes SudParution : février 2025ISBN : 978 233 019 7728 Christophe Gallique

Les nouvelles formes d’aliénation

PHILOSOPHIE les nouvelles formes d’aliénation “Nous sommes accoutumés à juger des grandes inventions par l’avantage qu’elles nous rapportent” ––– Ernst Jünger, Le Traité du sablier, 1954 Depuis juillet 2024, Le Comte de Monte-Cristo a réuni neuf millions de spectateurs dans les cinémas, faisant de lui un des films français les plus rentables. L’opus avec l’acteur Pierre Niney a été en partie tourné au château de Lavérune, près de Montpellier et dans les rues de Pézenas en octobre 2023. Mais derrière ces moments magiques se cacha une autre réalité un peu plus sombre : les figurants en costume d’époque durent se faire scanner, afin que leur image soit utilisée pour les scènes de foule. L’IA multiplie ainsi facilement les personnages, permettant aux sociétés de production de nettes économies, donc d’augmenter leurs bénéfices. Les figurants au cinéma vont devenir quantité négligeable et seules les têtes d’affiche garderont des rôles bien rémunérés. De plus en plus, les acteurs principaux joueront avec des fonds verts et le reste ne sera qu’animation en postproduction1, sauf si les syndicats peuvent établir un rapport de force avec les financiers pour la défense du métier. Nous avons là un nouvel exemple de ce qui caractérise l’économie capitaliste : l’exploitation par quelques-uns du plus grand nombre, afin de gagner toujours plus d’argent. Cela se fait dans un double mouvement : la production capitaliste ne peut fonctionner que si elle offre un service de qualité à ses clients qui bénéficient du système ; et dans le même temps, elle aliène toujours plus ses travailleurs, c’est-à-dire que non seulement elle les exploite, mais elle modifie le rapport même au travail. L’aliénation du travailleur, qu’est-ce que c’est ? Pour bien comprendre cela, il faut revenir à l’analyse qu’en faisait Karl Marx en 1867 dans son célèbre livre Le Capital. Avant de commencer, il faut rappeler que pour Marx, le travail est une des activités les plus nobles qui soient pour l’être humain : c’est ce qui nous permet de lutter contre la nature et de la transformer pour qu’elle réponde à nos besoins. Mais c’est aussi un formidable facteur de reconnaissance de soi-même : le travail libère et devrait rendre heureux l’être humain. Dès 1844, Marx expliquait que « Toute l’histoire de l’humanité peut se comprendre comme la production de l’homme par le travail humain. ». Son importance est donc centrale. Mais le travail spécifiquement en usine rend malheureux et humilie les individus, réduits à l’état de marchandise, offrant leur force de travail à un patron, c’est-à-dire leur capacité à travailler pendant un temps donné (jusqu’à quatorze heures par jour au xixe siècle et aujourd’hui en moyenne sept heures) contre un salaire qui n’a rien à voir avec leur qualité de travailleurs : si l’offre d’embauche est importante et le travailleur rare, il sera payé très cher ; si à l’inverse nous sommes dans une période de disette et de chômage élevé, le même ouvrier sera payé très peu. Et ce qui rend la relation au salaire si élastique, c’est que le travail est facilité par la machine : Marx l’identifie comme un des malheurs du travailleur. Avec l’apparition de la machine-outil, l’homme devient l’élément le plus fragile et le plus facilement remplaçable du système de production. La machine n’est jamais malade, ne fait jamais grève, et l’ouvrier devient un élément interchangeable dont le salaire n’est pas fixé par la qualité ou la difficulté d’un travail, mais par les lois du marché. Le seul moyen de pouvoir réguler ce rapport de force et ce système d’oppression, c’est, selon Karl Marx, la lutte syndicale et la grève. Il faut que les ouvriers s’organisent de manière à imposer aux patrons une rémunération décente. Mais en 2024, faut-il considérer l’œuvre de Marx comme une Bible et lui comme un apôtre qui nous donnerait une vérité indépassable ? Pouvons-nous appliquer son raisonnement à la réalité de l’exploitation des artistes par l’IA ? La réponse peut nous être donnée par une philosophe française, Simone Weil (1909-1943), dans un texte de 1934, Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale. La vraie grande idée de Marx, ce ne sont pas les considérations sur le futur de la révolution prolétarienne, mais son analyse des mécanismes de transformation de la société, avec un outil scientifique indéniable. Marx avait compris que la société évoluait du fait de « transformations matérielles ». Ce qu’on appelle le matérialisme historique : dans une société la tendance générale est à la stabilité des rapports de force. Il y a toujours eu et il y aura toujours des dominants et des dominés, et l’exploitation de l’homme par l’homme n’est finalement concurrencée que par l’exploitation de la nature par l’homme. L’histoire de l’humanité, c’est l’histoire des innovations technologiques qui ont permis à ces rapports de force d’évoluer : chaque fois qu’une grande invention a perturbé l’équilibre général de la société, celle-ci a vu émerger de nouvelles forces dominantes. La domination n’est pas simplement due à la volonté de quelques-uns de dominer les autres. C’est une dynamique de l’entreprise qui domine et qui doit évoluer pour garder cette dynamique. C’est une forme de loi de la jungle qui oblige à innover sans cesse pour améliorer ses performances. Simone Weil précise : « La véritable raison de l’exploitation des travailleurs, ce n’est pas le désir qu’auraient les capitalistes de jouir et de consommer, mais la nécessité d’agrandir l’entreprise le plus rapidement possible afin de la rendre plus puissante que ses concurrentes. » « Une amélioration de l’ordre social suppose […] une étude approfondie du mode de production, pour chercher à savoir ce qu’on peut en attendre du point de vue du rendement […] quelles formes d’organisation sociale sont compatibles avec lui, et enfin comment il peut être transformé. »2 Ce qu’aucun marxiste n’a fait, selon elle ! Que diraient donc les marxistes du numérique et de l’IA ? Est-ce une nouvelle forme d’exploitation, avec une augmentation exponentielle des bénéfices financiers au détriment du travail du comédien qui joue des petits rôles de figuration ? Est-ce que nous allons assister à une nouvelle forme d’aliénation, le comédien devant accepter des contrats de plus en plus précaires, avant de disparaître définitivement ? Faut-il réagir ? Est-ce que cela a encore du sens ? Et que peut-on espérer de la mise en place d’un rapport de force basé sur la grève ? Faut-il que les figurants aillent