Questions à Lucile Corbeille

Interview Questions à Lucile Corbeille C le Mag : Lucile Corbeille, vous êtes scénariste, illustratrice et coloriste de Abîmes, paru en avril cette année, aux éditions Delcourt. Dans cet album graphique vous nous plongez dans un univers familial, qu’avez-vous voulu partager ? Lucile Corbeille : Après avoir fait ce travail de collecte de photos de famille et de témoignages auprès de mes proches, j’ai ressenti la nécessité de rendre compte du chemin qui m’a mené à démêler les nœuds du présent, grâce au récit des histoires passées. J’étais animée par l’envie de partager mon expérience en espérant qu’elle puisse donner envie à d’autres d’interroger leur propre histoire familiale. ClM : La scène des p. 14-16 où vos filles se disputent une robe ayant appartenu à leur arrière-arrière-grand-mère, fait aussi écho aux comportements de leurs parents (déprime, cris). Qu’il soit objet symbolique ou représentation comportementale, vous questionnez l’héritage familial, de quoi est-il le reflet ? L.C. : Nous avons l’habitude d’envisager l’héritage familial sous une forme matérielle : des objets, une maison, une somme d’argent… mais ce qui est invisible prend parfois beaucoup plus de place. J’ai entendu récemment cette formule, qui illustre tout à fait ce que j’ai voulu exprimer dans cette scène de la petite robe bleue : « Nous ne transmettons pas à nos enfants ce que nous disons, nous ne transmettons pas ce que nous pensons… nous transmettons ce que nous sommes. » (L’inconscient – France Inter). Prendre connaissance de notre héritage familial permet de savoir ce que nous transmettons réellement aux prochaines générations. ClM : Un passé à découvrir, une recherche à mener, pourquoi la généalogie est-elle nécessaire pour vous ? L.C. : Est-ce le fait de devenir mère ou de vivre une période compliquée, qui m’a poussée à me pencher sur mon histoire ? Certainement un peu des deux, mais en entamant ce travail de recherche sur la famille, je n’avais aucune idée de ce que je cherchais réellement. Cette démarche s’est imposée à moi. Je me suis mise à tenir un journal, je me replongeais dans les albums photos de mon enfance que je connaissais pourtant par cœur… comme si quelque chose de nouveau allait en surgir. Je réalise aujourd’hui que j’avais besoin d’éclairer certaines zones restées dans l’ombre. La généalogie est un outil qui permet de mettre en lumière des transmissions inconscientes pour mieux s’en libérer. ClM : Quelle place ont les femmes de la famille dans cet environnement ? L.C. : Ma grand-mère était une femme très discrète. Comme la majorité des femmes de cette époque, elle subissait l’autorité excessive de son mari. Je n’ai malheureusement jamais pu échanger avec elle sur son passé, son enfance, son métier, ses souvenirs et ses aventures. Ma mère en revanche a toujours été encline à nous parler d’elle librement. J’ai appris plus tard, qu’elles avaient la particularité commune d’aimer les femmes. Malgré la violence qu’elles ont endurée, elles ont longtemps protégé « l’image du père » aux yeux de leurs enfants. Ça a été très libérateur pour moi de comprendre ce que ma mère avait subi. Cela m’a permis de saisir le phénomène de répétition d’une génération à l’autre. ClM : Dans votre roman graphique certains visages sont blancs c’est à dire sans la représentation des yeux, nez, bouche, est-ce une représentation symbolique des non-dits familiaux, une façon de rendre ce récit intime, universel, ou simplement pour ne pas permettre l’identification des protagonistes ? L.C. : Oui en effet, la question de l’anonymisation des personnages s’est rapidement posée. J’avais envie de travailler sur la quête d’identité alors ça m’a plu d’imaginer que les traits du visage puissent apparaître au fur et à mesure que les secrets se révèlent. Par ailleurs, j’ai une formation de comédienne et j’avais envie de faire confiance aux corps, à la gestuelle, aux déplacements pour exprimer des émotions ou les intentions des personnages. ClM : Tel un hommage au roman-photo, vous avez construit cet album graphique en mêlant la photo et l’aquarelle ? Que permet cette technique ? L.C. : Oui, j’ai découvert ce procédé tout à fait par hasard en voulant corriger un défaut d’impression. Je me plais à penser que cette technique me permet de diluer le réel. Retravailler des images fixes, figées dans le temps, pour en faire bouger les lignes. Il y a presque une volonté de changer le passé ou au moins de le transformer. Bande-dessinée : 176 pages Éditeur : Delcourt Parution : avril 2024ISBN : 978 241 308 2989 ClM : Comment est perçu au sein de votre famille la retranscription de ce récit ? L.C. : Notre vision des événements passés évolue aussi en fonction des grilles de lecture avec lesquelles nous les analysons. Ça n’a pas toujours été simple pour ma famille, d’imaginer que cette histoire douloureuse soit donnée à lire. Cette période de création nous a tout de même permis de revenir sur certains sujets délicats. Je tenais absolument à ce que leur parole soit respectée. J’ai retranscrit tous les entretiens que j’ai menés avec eux pour créer les scènes dialoguées. Reprenant même les expressions ou certaines hésitations. Il était important pour moi de retranscrire le plus fidèlement possible le regard qu’ils portent sur cette histoire qui est la leur. ClM : Je vous propose de poursuivre cette discussion lors de votre venue à la librairie un point un trait le samedi 21 juin à 10 h 30 ! L.C. : Oui avec plaisir ! Merci beaucoup ! Stephan Pahl No posts found!
Questions à Alexandre Civico

Interview Questions à Alexandre Civico ©Barbara Tajan C le Mag : Parce que “Comment glander au bureau…” ne suffit pas, vous avez écrit différents ouvrages aux éditions Rivages dont “La Terre sous les ongles” et “La Peau, l’Écorce”. Chez Actes-Sud, après Atmore Alabama, vient de paraître Dolorès ou le ventre des chiens. Quel en est le pitch ? Alexandre Civico : Dolorès Leal Mayor est arrêtée pour avoir tué une dizaine d’hommes puissants après les avoir séduits. Ce faisant, elle a acquis, malgré elle, un statut d’icône féministe, et d’autres femmes se sont mises à l’imiter, à tuer à leur tour des hommes en position de domination symbolique et financière. Devant cette “épidémie”, l’État envoie un jeune psychiatre, Antoine Petit, à la prison où Dolorès est incarcérée avec une mission simple : Dolorès doit être déclarée irresponsable de ses actes afin d’éviter un procès qui entérinerait définitivement son statut d’icône. ClM : Quelle est l’origine de ce livre ? A.C. : L’idée d’une “épidémie” de meurtres est une idée ancienne, qui devait se trouver au centre de mon premier roman (où des ouvriers et ouvrières se mettaient à assassiner leurs patrons), mais “La Terre sous les ongles” m’a emmené ailleurs. Puis, un jour, j’ai découvert l’existence d’une terroriste basque de l’ETA, que l’on surnommait la Tigresse, qui avait pour particularité de séduire ses cibles avant de les abattre. Soudain, j’avais la figure qui me permettait d’écrire cette histoire. ClM : Dans un style direct et assez jubilatoire vous instaurez, tel un dialogue, une alternance de chapitres consacrés à Antoine et Dolorès, qui sont-ils ? A.C. : Antoine Petit est un jeune psychiatre aux addictions multiples, un personnage profondément cynique et désespéré, un homme qui a abandonné tout espoir. Dolorès Leal Mayor est la petite-fille d’un révolutionnaire espagnol, venu en France après avoir commis un attentat contre Franco. Élevée dans le mythe de la révolution, elle n’y croit plus, mais garde un feu intérieur qui lui rend le monde insupportable. Je constate simplement que ce n’est qu’à travers des mouvements violents que le peuple a réussi, parfois, à obtenir l’amélioration de certaines conditions de vie ClM : La rage de Dolorès résonne chez Antoine, l’alternance des chapitres fait comme un miroir entre les deux personnages ; de quoi sont-ils le reflet ? A.C. : Ils sont deux réactions face à un monde insoutenable qui mène à la violence et à la rage. ClM : Faut-il nécessairement passer par un comportement radical pour faire comprendre la bêtise du patriarcat ? A.C. : La réaction de Dolorès, et celle des autres femmes, n’est pas uniquement une réaction au patriarcat, mais à la combinaison infernale du capitalisme et du patriarcat. Je n’ai pas de réponse tranchée à cette question. Je constate simplement que ce n’est qu’à travers des mouvements violents que le peuple a réussi, parfois, à obtenir l’amélioration de certaines conditions de vie. ClM : “La tempête, c’est une rage que vous appelez haine pour pouvoir nous embastiller”. La rage est-elle saine ? A.C. : Je ne sais pas si la rage est saine ou bénéfique, mais elle est le moteur de Dolorès, et sans doute un peu le mien. ClM : Le combat d’une femme ordinaire qui ne veut pas être un symbole mais simplement reconnue pour ce qu’elle est ? Un combat peut-il se passer de symboles pour exister ? ROMAN : 192 pagesÉditeur : Actes SudParution : janvier 2024ISBN : 978 233 018 6142 A.C. : Je n’aime pas les héros. “Malheureux le pays qui a besoin de héros” dit Brecht dans “La Vie de Galilée”. Un combat devrait pouvoir se passer de figures héroïques. Un combat est souvent phagocyté par la figure héroïque qui l’incarne. Les symboles, c’est autre chose. Un peuple qui agit peut créer des symboles forts sans avoir besoin d’une incarnation par un individu unique. ClM : Dolorès dit : “je ne demande pas à un écrivain de m’aider à m’évader, je veux qu’il me montre où sont les barreaux”. C’est quoi pour vous la littérature ? Stephan Pahl No posts found!
Questions à Diane Dupré la Tour

Interview Questions à Diane Dupré la Tour © Bruno Vigneron C le Mag : Vous avez été journaliste dans la presse économique et en 2016, vous avez co-fondé avec Etienne Thouvenot Les Petites Cantines, un réseau de restaurants de quartier, récompensé par de nombreux prix. En 2020, vous avez reçu la distinction internationale de Fellow Ashoka, qui soutient et accompagne des entrepreneurs sociaux visionnaires, capables de transformer en profondeur le fonctionnement de notre société. Comme à la maison, votre premier ouvrage, vient de paraître en mai 2024 chez Actes-Sud. Quel en est le résumé ? Diane Dupré la Tour : C’est un récit court, qui serpente entre les rencontres : celle de Marcelle, une vieille dame installée place Maubert à Paris, dont je fais la connaissance à l’âge de 14 ans, celle de Nathanaël, dont je partagerai la vie, celle de Etienne, plusieurs années plus tard, puis celles de Habib, de Pascal, de Danielle, de Zahia et des autres convives de ces restaurants de quartier. Et au milieu de tout ça : un accident de voiture. Mon monde qui s’écroule et la lente mais sûre reconstruction grâce aux relations sur lesquelles je m’appuie. C’est un livre sur la confiance. ClM : Cet ouvrage est un récit qui aborde à la fois l’intimité de votre vie et la création d’un projet, en quoi les deux sont liés ? D.D.T. : De loin, on pourrait avoir l’impression qu’il s’agit de deux sujets différents. Mais dès qu’on s’approche un peu, on s’aperçoit qu’ils ont la même cause : ce livre parle d’emprise. Il y a des fragilités humaines qui expliquent que nous puissions tomber parfois dans une relation d’emprise : la peur de la solitude, la difficulté à accepter les limites, le manque de capacité à se faire confiance… Il me semble qu’il y a un parallèle à faire entre une expérience d’emprise destructrice au niveau interpersonnel, et une expérience d’emprise comme nous sommes en train d’en vivre à l’échelle de la société – je pense à ce modèle de société dans lequel nous sommes maintenus sous cloche alors même que nous savons pertinemment qu’il nous détruit. Entre ces deux types d’emprise, les voies de sortie à trouver sont peut-être plus similaires qu’on ne le pense. ClM : Comment êtes-vous passée de la théorie (journaliste de presse économique) à la mise en pratique d’une réflexion économique, plutôt hétérodoxe (des restaurants à prix libre) ? Quelles ont été vos sources de réflexion économique et sociale ? D.D.T. : Cela ne s’est pas passé comme ça ! Déjà, en tant que journaliste, j’étais beaucoup sur le terrain. Dans les usines et les entrepôts au côté des salariés pour comprendre leur quotidien, dans les bureaux des dirigeants à recueillir leurs confidences, au café avec les syndicalistes, à la brasserie avec les avocats d’affaires, au fond de la salle de presse pendant la présentation des résultats financiers. Et puis il y a eu cet accident et j’ai eu besoin de me recentrer sur ce qui était essentiel pour moi. Je ne pensais pas explorer un nouveau modèle économique. C’est venu tout seul, à force de faire des carottes râpées, en tâtonnant collectivement pour trouver un modèle économique qui replace la relation au centre. ClM : Ce récit aborde plusieurs thèmes, dont celui du prix libre dans les restaurants que vous avez créés. Est-ce qu’un prix libre est un prix juste, et pour qui ? D.D.T. : Le prix libre n’est pas d’abord un prix juste – en quoi serait-ce juste que n’importe qui puisse payer un ou deux euros pour entrée, plat, dessert, café, le tout avec un approvisionnement très qualitatif ? Il ne s’agit pas de se poser en décideur de ce qui est juste, ni de qui doit être solidaire ou non, mais plutôt de porter notre attention collective sur la relation. C’est la relation qui est première, toutes les autres richesses en découlent. C’est avec cette vision anthropologique-là qu’il faut que l’économie renoue. C’est la condition pour une économie au service du vivant. Cela amène à piloter cette stratégie tarifaire de manière très différente. Si on applique de part et d’autre de la caisse un comportement fondé sur la relation de dette (“combien je te dois”), c’est la faillite assurée. Il y a un continent économique à redécouvrir : celui de l’économie du don. On pourrait écrire un livre dessus. il ne s’agit pas de dire “je te fais confiance pour donner assez”, mais “je suis heureux que tu sois là”. Nous traversons une période de famine relationnelle. Soit on manque de relations […] soit elles sont d’une qualité insuffisante ClM : Vous mélangez les ingrédients alimentaires, comme ceux de la vie, et racontez avec justesse la solitude et l’isolement dans lesquels vous étiez enfermée avant la mort de votre mari. Comment entendre une femme en détresse dans une société patriarcale ? D.D.T. : Le premier combat était contre moi-même. Il l’est toujours, tant j’avais intégré cette vision-là des relations. J’étais prise en étau entre cette culture patriarcale et la peur d’être injuste avec mon mari, d’avoir un regard trop auto-centré, de ne pas suffisamment le comprendre. Il m’a fallu du temps – et sa mort – pour réaliser que plus on se rapproche de soi, plus on se rapproche de l’autre. Sinon, c’est qu’il y a un rapport de domination qui ne se dit pas, ou de violence, quelle que soit sa forme. Il faut du courage pour franchir ce pas. Je suis reconnaissante aux femmes qui ont ouvert la voie. ClM : La violence conjugale, les coups, la terreur, (comme à la maison), ou la joie, les rires et parfois les pleurs, (comme à la maison), le titre de votre récit “Comme à la maison” couvre tous les ressentis. Est-ce que l’écrit comme la lecture sont des refuges ? Votre livre en est-il un ? D.D.T. : J’aime ce titre parce qu’il a de forte chance de prendre le lecteur au piège de ses a priori. Il ne prépare pas forcément les lecteurs au texte, pourtant à mon sens il est juste. L’écrit a été un refuge au moment où ma vie était un enfer. J’ai relu ces
Questions à Antonin Varenne

Interview Questions à Antonin Varenne ©Francesca Mantovani ClM : À travers ce livre, vous nous faites découvrir ce pays que vous décrivez comme “un pays d’illusion plus grand que la France, avec beaucoup de routes et peu de goudron”. Comment vous est venue cette histoire d’un père qui cherche son fils ? A. V. : Les personnages de romans sont toujours un assemblage de réalité et d’imagination. Mais ce mélange varie en proportion. Le Simon de La piste du vieil homme est un personnage qui emprunte beaucoup à la réalité. À Madagascar, j’ai rencontré Simon qui, avec son associé Patrick, avait une petite boîte de tourisme organisant des voyages à travers l’île à bord de vieux buggies. Nous nous sommes très bien entendus. Nous avons sympathisé. Quand je suis rentré en France, ces rencontres se sont aussitôt mêlées à mon envie de raconter une histoire se passant à Madagascar. J’ai échangé avec Simon et Patrick avant de me lancer dans l’écriture, pour leur demander leur accord. D’une certaine façon, il aurait aussi fallu que je le demande aux habitants de Madagascar. Bien sûr, ce n’est pas possible. Mais cela fait sans doute partie d’une sorte de “droit” – dont la légitimité est une question importante – des écrivains à s’emparer de ce qu’ils voient pour servir leurs histoires. Simon, le vrai, se reconnaîtra en partie dans le personnage, et en partie ne s’y reconnaîtra pas (à ce jour, je n’ai pas encore envoyé le roman terminé à Simon et Patrick). Pour tous les autres lecteurs, le personnage de Simon sera une fiction. ClM : Qui est donc Simon le personnage principal ? A. V. : Je pense que dans l’exploration récurrente que je mène –dans plusieurs de mes romans –du thème des relations père-fils,Simon était une nouvelle étape. Après avoir écrit plusieurs xromans du point de vue du “fils”– que j’ai été et que je suis –, Simon m’a permis d’écrire du point de vue du “père” que je suis devenu. Simon est le père âgé (il a soixante-dix ans). Une projection vers ce que cela peut signifier de vieillir, de l’importance des liens avec ses enfants à ce moment de sa vie, du bilan que l’on peut faire alors sur ce que l’on a réussi ou raté. Simon – et cette partie du personnage m’a été inspirée par le vraiSimon – est aussi un être d’une énergie incroyable et doté d’une joie de vivre intacte à un âge où bien d’autres, à la retraite depuis des années, se contentent de vies bien plus simples et renfermées. J’ai été abasourdi par la beauté de cette immense île ClM : Simon, le père, Gaëlle, la mère et leurs enfants Guillaume et Charlotte, comment avez-vous construit cette famille éclatée et pas que géographiquement ? A. V. : Avec le temps qui passe, j’expérimente ce que j’appellerais “l’entropie familiale”. L’entropie, c’est cette loi universelle qui dit qu’un système tend toujours vers une augmentation du désordre. Il est difficile pour une famille, dont les liens affectifs et historiques sont complexes, de rester soudée et unie face à toutes les péripéties de la vie. Si toutes les familles n’éclatent pas, les parcours de chacun alimentent souvent une forme d’éloignement. Chacun sa vie, chacun ses soucis. Simon et sa famille imaginaire sont les représentants de cette entropie. Et aussi les représentants d’une loi humaine qui peut être plus forte qu’une loi de la physique cosmique : l’amour. L’amour de Simon pour ses enfants, malgré les années qui ont passé, les erreurs qu’il a pu commettre, permet d’apporter quelques résolutions à leur passé et de les réunir à nouveau. ClM : Votre style installe, avec humour, une complicité avec le lecteur, est-ce celui “d’un optimiste divorcé de ses illusions”, comme votre personnage Pat ? A. V. : Oui, j’aime cette formule qui résume bien le personnage de Patrick, qui en fait un être à la fois sage et ingénu, vieux et jeune en même temps. L’humour est une distance pudique face à des réalités dures, et un encouragement à rester individuellement positif même quand tout est pourri autour de nous. Personnellement, je suis plutôt un pessimiste qui se fait encore des illusions ! ClM : En quoi ce pays, déchiré par la corruption, perfusé à la pauvreté est-il le terreau idéal de l’aventure ? D’où vient le danger ? A. V. : C’est une question compliquée. Je crois fermement que la violence et la criminalité résultent – en très grande partie – des conditions de vie économiques et sociales. Et cela est valable aussi bien en France qu’à Madagascar. Des voyageurs français à Madagascar, qui témoignent parfois d’agressions lors de leur voyage, doivent aussi se souvenir que la situation économique de ce pays découle encore aujourd’hui du système colonial que la France y a imposé pendant des décennies. Se plaindre de situations dangereuses quand on voyage dans une région de Madagascar où l’argent du tourisme a engendré des réseaux de prostitution odieux, cela mérite de remettre sérieusement les choses en perspective. À cet égard, la corruption est aussi un système, autant et sinon plus, que les actes de simples individus mal intentionnés. Et il est important de rappeler que les victimes du système de la corruption, à Madagascar comme dans bien d’autres pays pauvres, sont d’abord les Malgaches eux-mêmes. En voyageant là-bas, nous nous exposons seulement au risque de subir la même chose qu’eux. Je rappelle aussi souvent que dans des pays aux régimes dictatoriaux ou autoritaires, les premiers liens coupés avec l’extérieur sont d’abord les relations diplomatiques, puis l’interdiction des journalistes étrangers, puis celles des voyageurs étrangers. Le tourisme, ou peut-être plus précisément les voyages, restent souvent l’occasion d’échanges importants. ClM : Vous dites dans La piste du vieil homme : “Je suis un communiste de droite” ou encore “Croyances et religions sont l’opium du peuple… pauvre !” Qu’est-ce que le roman permet ? A. V. : Le roman permet de dire des choses que l’on pense et celles que pourraient penser d’autres. C’est à la fois l’exposition de qui l’on est, auteur, et par le truchement de la fiction et des personnages, l’exploration de qui sont
Questions à Anlor

Interview Questions à Anlor ©Rita Scaglia ClM : Le tome III de Ladies with guns arrive en janvier 2024, comment êtes-vous arrivée dans cette série ? A. : Le scénario d’Olivier Bocquet était déjà validé auprès de Dargaud. En discutant avec l’éditrice Pauline Mermet, ils ont réalisé qu’ils m’avaient tous deux en tête pour prendre en main la partie graphique. Le challenge d’un western au féminin m’a séduite, je me suis donc lancée dans cette aventure avec eux. ClM : Les cases sont à l’horizontale, parfois presque cinématographiques, verticales à l’espace étriqué, à fonds perdu ou franchement explosées… Comment rythmez-vous la pagination et les espaces à l’intérieur ? A. : Je cherche avant tout à donner du sens et de l’émotion : outre son rôle narratif évident, il est essentiel d’orienter le découpage pour faire subtilement passer des impressions au fil des pages. Un découpage de séquence doit vraiment soutenir le sens du récit mais aussi véhiculer l’émotion voulue, pour toucher et impliquer personnellement le lecteur, la lectrice. ClM : Cette série enchaîne action et humour, comment cela se traite-t-il visuellement ? A. : Comme je l’ai dit plus haut, en adaptant un style graphique approprié. Ça a été une question essentielle lorsqu’on a démarré cette série : savoir à quel public s’adresser, et comment le faire efficacement. Et nous voulions nous adresser aux fans de western, mais aussi à celles et ceux qui seraient avant tout sensibles à la cause de recherche de liberté de nos Ladies. Nous voulions de l’humour, mais aussi de la violence franche si nécessaire. Il fallait un style hybride qui puisse contenir toute cette richesse narrative. ClM : Lorsque vous travaillez sur un album, comme Ladies With Guns, quelles sont vos contraintes ? A. : Eh bien il y a déjà une contrainte évidente de planning. Mais aussi une forte volonté d’immersion : l’idée est de régulièrement trouver des moyens visuels ou scénaristiques pour questionner son lectorat, le réveiller en quelque sorte, pour garder son adhésion et son enthousiasme à faire partie de l’aventure. ClM : Quels sont vos échanges avec le scénariste ? A. : Olivier a choisi de développer le scénario en parallèle du travail graphique. Je reçois donc les séquences au fur et à mesure. Ce système, contraignant au niveau organisationnel, a l’immense avantage de générer une osmose particulière dans la création du récit et de la BD elle-même. On échange donc très régulièrement autour de chaque séquence, en retravaillant et en validant mutuellement nos séquences, dialogues, story-boards. ClM : Y a-t-il eu des situations auxquelles vous avez été confrontée qui posaient des difficultés de mise en page ou de restitutions ? A. : Il y en a régulièrement, et souvent ce sont au final les meilleurs moments de lecture ! Notamment quand je dois mettre en images des séquences avec 2 situations imbriquées, ou quand les idées des personnages prennent littéralement vie pour créer une confusion entre fantasme et réalité… ClM : Qui sont les 5 héroïnes, Abigail, Kathleen, Chumani, Cassie et Daisy ? A. : Elles sont avant tout des stéréotypes des personnages féminins qu’on a pu croiser dans tous les westerns : une esclave, une épouse, une Amérindienne, une prostituée, une institutrice. Seulement ici, elles ont enfin la dimension pour exister vraiment et se forger une histoire, un passé et peut-être un avenir. ClM : Dans l’album différents thèmes sont abordés, dont la place des femmes, le regard des hommes sur les femmes, leurs présupposées faiblesses… Que permet l’univers du western pour traiter ces questions ? A. : Le western traditionnel, particulièrement en BD, est très codifié, essentiellement masculin, et souvent verni d’une patine à l’ancienne. Le parallèle avec une société un peu figée et réac, droite dans ses bottes, est évident. C’est donc le contexte idéal pour évoquer la recherche d’émancipation, du droit à vivre librement, quitte à bousculer franchement les codes établis. ClM : Vos outils de prédilections, crayons, pinceaux ou ordinateur ? A. : Crayons, feutres et feutres-pinceaux à encre, drawing-gum, outils numériques pour la post-prod : retouches, certains effets ou onomatopées… Bref, une bonne petite cuisine artisanale. BD : 72 pagesÉditeur : DargaudParution : janvier 2024ISBN : 978 220 520 7927 ClM : Vos projets ? A. : Donner le meilleur sur la nouvelle saison de Ladies With Guns qui devrait bientôt regrouper 3 nouveaux tomes ! Stephan Pahl
Questions à Jean-Baptiste Andréa

Interview Questions à Jean-Baptiste AndrEa ©Céline Nieszawer/Leextra/L’iconoclaste “Il me faut une empathie avec un sujet pour écrire dessus.” ROMAN : 592 pagesÉditeur : L’iconoclasteParution : août 2023ISBN : 978 237 880 3759 Un grand merci pour vos réponses. Nous aurons le plaisir de prolonger cet entretien lors de votre venue à la librairie un point un trait à Lodève le jeudi 16 novembre 2023 ! Stephan Pahl Load More
Questions à Sophie Hénaff

Interview Questions à Sophie Hénaff © Samuel Kirszenbaum “Absolument, je suis pour les solutions les plus simples ! Mais bien planquées dans l’intrigue 🙂 ” ClM : Vous glissez des références sur l’actualité, comme celle du Bataclan lors de la rencontre avec Sylvie, la flic fracassée, logeant à l’ANAS Le Courbat, est-ce une forme d’hommage ? S.H. : Un hommage oui, une pensée en tout cas. ClM : Vous dites “peser le plausible, éliminer le fantasque et conserver le probable” (p. 247) est-ce votre déclinaison du “rasoir d’Ockham” ? S.H. : Absolument, je suis pour les solutions les plus simples ! (Mais bien planquées dans l’intrigue :)) ClM : Parlez-nous musique puisque vous citez, Biolay, Imagine Dragons, Patrick Sébastien, Martin Solveig, on imagine vos préférences d’après la scène. Quelle est la musique qui accompagne votre écriture ou est-ce le silence qui vous convient le mieux pour écrire ? S.H. : Les références musicales en question sont celles du personnage, pas forcément les miennes ! J’évite la musique quand j’écris car je suis une véritable éponge et les chansons me transmettent aussitôt leurs émotions qui ne s’accorderont pas forcément au chapitre que j’écris. Je préfère donc rester dans le silence et créer mon humeur, celle du roman. ClM : Il y a un certain nombre de formulations qui marquent votre style, un humour qui traverse votre écriture, (par exemple en parlant du chien de Rosière “qui s’arrête plus souvent qu’un vélo de facteur”) Comment se travaillent ces tournures ? S.H. : Je ne les travaille pas spécialement, elles viennent spontanément à l’écriture. ClM : Poulets grillés, Rester groupés, Arts et décès, Drame de pique… comment travaillez-vous ces titres qui annoncent parfaitement la couleur ? S.H. : En général, ce n’est pas moi qui trouve mes titres mais ma famille ou mes amis. En fait, je n’aime pas les jeux de mots, un comble. ClM : L’humour est votre marque de fabrique qu’on retrouve dans vos chroniques du journal Cosmopolitan ; ou encore avec une troupe de café théâtre. Vous avez même monté un bar à jeux de cartes, pour vous, l’humour et le jeu sont-ils indissociables ? S.H. : Totalement indissociables en effet. Et indispensables à la vie, la mienne en tout cas. ClM : Pour vous, jusqu’où l’écriture est-elle un jeu ? S.H. : On manipule des idées, des concepts, et on essaie d’atteindre la case d’arrivée en bon état. ClM : L’humour est un jeu qui demande beaucoup de travail, arrivez-vous à trouver ça drôle ? S.H. : Heureusement oui ! Toujours ! ROMAN : 384 pagesÉditeur : Albin MichelParution : avril 2023ISBN : 9782226475527 ClM : Un grand merci pour les réponses et nous aurons le plaisir d’échanger et de partager un moment privilégié lors de votre venue au festival un point un trait à Lodève le 9 septembre ! Stephan Pahl
Questions à Olivier Barde-Cabuçon

Interview Questions à Olivier Barde-cabuçon © Editions Gallimard – Francesca Mantovani
Questions à Alain Rémy

Interview Questions à Alain Rémy C le Mag : Bonjour Alain Rémy, vous êtes auteur et illustrateur de bande dessinée depuis plusieurs années. Après un passage par le dessin de presse, vous avez travaillé pour les éditions Vents d’Ouest, l’Écho des savanes, Jungle, La Boîte à bulles ; vous avez réalisé les dessins “d’Une Histoire populaire de la France” de Gérard Noiriel, adapté en BD par Lisa Lugrin et Clément Xavier. Vous dessinez sous le pseudo Gaston. Pourquoi Gaston ? Alain Rémy : Quand j’étais à la fac, j’avais gaffé en coupant un cours en amphi en arrivant en retard. Cette gaffe et ma nonchalance m’ont valu le surnom “Gaston” qui m’est resté. J’ai signé de ce surnom sans savoir que la BD serait mon activité principale un jour… ClM : En 2020 vous commencez une biographie familiale par un premier tome sur votre mère “Sur la vie de ma mère” et maintenant sur votre père “Sur la tête de mon père” deux titres parus aux éditions La Boîte à bulles. Les titres sonnent-ils plutôt comme un écho à Pagnol ou comme un serment d’enfant ? A.R. : Plutôt comme un serment d’enfant. Je trouvais que le premier titre collait très bien avec notre vie marocaine. Le second titre s’est imposé de lui-même… La référence à Pagnol est venue après. Du coup il faudra que je fasse mon “temps des secrets” un jour… ClM : La BD “Sur la tête de mon père” raconte l’histoire familiale du côté paternel, un certain Jean-Claude Rémy (Rémy-Bé), “le chanteur perdu” paru en 2020 chez Air Libre que recherchait Tronchet. Comment ces bandes dessinées se croisent-elles ? A.R. : Tout est dans la BD elle-même : Tronchet écoutait les chansons de mon père étant enfant. Il était fan. Devenu adulte il a recherché le chanteur de sa jeunesse et m’a trouvé moi qui l’ai mis en contact. La suite en quatre livres, si on rajoute “Sur la vie de ma mère” et “Robinson père et fils”. ClM : “Vous êtes Tarzan ou Lagardère ?” vous a demandé Tronchet dans la préface, d’où vient cette question ? A.R. : C’est un extrait d’une des chansons de mon père qui s’appelle “les migrateurs” et qui s’adresse à ses enfants : “A toi, mon fils ainé, Tarzan et Lagardère Mon petit peu de sang coriace et solitaire Tous mes vœux d’avenir sans trous ni écorchures De paresse amicale et de désinvolture Mon Migrateur Mon voyageur.” ClM : Qu’est ce qui vous a donné envie de passer à la biographie ? A.R. : Mon âge sûrement ? À 50 ans passés l’autobio chatouille tous les auteurs. Il me semblait que l’histoire de ma famille rejoignait aussi la grande Histoire de France et des colonies françaises. Et je venais d’écrire un ouvrage sur Boby Lapointe. Avec le “Renaud” qui vient après je suis dans une période “chanteurs”, semblerait-il. ClM : Est-ce que raconter l’histoire de ses parents est une façon de leur montrer votre amour ? A.R. : Bien sûr. Ma mère décédée il y a 20 ans ne le lira jamais, mais pour mon père vivant à Madagascar il est encore temps. ClM : De Paris, au Maroc, de l’Indochine à Madagascar, le voyage est-il le reflet de l’idée de liberté que prônait votre père ? A.R. : Oui, mais pas que. On voyage aussi pour fuir quelque chose, ou parce que les aléas de l’Histoire en marche nous obligent à migrer. Et la liberté des uns emprisonne parfois les autres. Un parent qui s’en va, c’est un parent qu’on ne voit plus… ClM : “Est-ce l’époque qui était formidable ou nous, parce qu’on était jeunes ?” (p. 288) C’est quoi pour vous être jeune ? A.R. : Dans le contexte de cette phrase, il s’agissait de dire que ceux qui répètent à tout va “c’était mieux avant”, parlent d’abord d’eux-mêmes, quand ils étaient jeunes et en forme. Je pense que “Sur la vie de ma mère” est un livre sur l’enfance et la maternité, et que “Sur la tête de mon père” un ouvrage sur la vieillesse et la paternité. ClM : “On vit une époque formidable” disait aussi Reiser, qu’est-ce qui, pour vous, rend la vie formidable ? A.R. : Les voyages, la liberté, l’amour, le sexe (je les distingue) … et faire un métier qu’on aime.Et ne pas avoir peur (de la vieillesse, la pauvreté, la solitude, la maladie, etc.). Pour moi ce qui ruine la vie des gens, ce sont leurs peurs. ClM : Père à votre tour, vous encouragez, dans l’album, votre fils à porter cette envie d’explorer le monde… Porte-t-il déjà cette soif de liberté inscrite dans l’histoire de votre famille, comme s’il portait déjà votre prochain récit ? A.R. : Mon fils est encore jeune, il se cherche… Mais concernant ma fille qui a 30 ans, c’est clair et net. Elle déteste les CDI et adore les tampons sur son passeport. Mais la liberté se paye toujours, et parfois assez cher, y compris financièrement. ClM: Quels sont vos prochains projets ? Du jeu vidéo ou de la BD ? A.R. : D’ici la fin de l’année va sortir un roman graphique que je réalise avec le journaliste Bertrand Dicale, une biographie du chanteur Renaud, un gros pavé de 300 pages encore. Je suis un fan de cet artiste depuis toujours. Et avant ça je compte apporter “son” livre à mon père, sur son île lointaine là-bas… ClM : Merci à vous et nous aurons le plaisir de vous retrouver à Lodève à la Librairie un point un trait pour une rencontre autour de votre roman graphique “Sur la tête de mon père” paru aux éditions La Boîte à bulles. A.R. : Avec grand plaisir, et je vois que vous avez lu ma BD avec attention et ça m’honore. À bientôt, donc… Stephan Pahl
Questions à Jean Kouchner

Interview Questions à Jean Kouchner © Pascal Ito C le Mag : Vous avez écrit plusieurs romans, dont Soleils d’or, le rêve d’Escaro paru en mai 2022. Ce roman s’inspire du fait divers de 1994, l’affaire Rey-Maupin. Cette affaire est-elle pour vous le prétexte de parler de la jeunesse de la fin du XXe siècle ? (avoir 20 ans en 1999) Jean Kouchner : Cette affaire me paraît singulière des évolutions d’une partie de la jeunesse et cette évolution perdure. 63 % des jeunes ne font plus confiance aux partis politiques pour espérer changer le monde. Mais les jeunes sont très majoritairement impliqués dans un espoir et dans des actions pour le tenter… singulièrement sur les questions d’environnement, mais pas seulement. ClM : Qu’est-ce que le rêve d’Escaro pour les personnages, Mouna, Nemo et Gabriel ? J.K. : Si l’on ne réussit pas à changer le monde par des moyens traditionnels de lutte politique, voire de violence (Gilets jaunes, Black Blocs…), alors on peut espérer le changer en le niant… en le refusant. Et pour cela il faut vivre en marge, à côté de cette société qu’on refuse, en groupant si possible des gens prêts à soutenir cette idée. Ils trouvent à Escaro un esprit marqué par les solidarités nées des mines et d’une vie très marquée par l’entraide et les espoirs de changement. ClM : Vous décrivez des paysages majestueux de montagne, en opposition à la banlieue parisienne, grise et triste. Est-ce par similitude avec Audry Patrick Maupin ou est-ce un décor de grands espaces, symbole de liberté à atteindre ? J.K. : Cette liberté à atteindre est l’idéal des héros de ce fait divers dramatique. Mais la montagne reste un lieu qui transcende cette aventure particulière. Oui, c’est un espace de liberté, de solidarité et de responsabilité. ClM : La jeunesse décrite dans le roman, semble une jeunesse portée par des idéaux, mue par une volonté à fuir la société, est-ce une jeunesse comparable à celle d’aujourd’hui – 20 ans plus tard ? J.K. : Il n’y a pas UNE jeunesse, mais de plus en plus de jeunes qui refusent cette organisation sociale, responsable à leurs yeux de beaucoup de maux, et singulièrement du réchauffement climatique. Nombreux sont celles et ceux qui jugent que la logique actuelle conduit à la catastrophe et qu’elle repose sur la privatisation d’une grande partie de la société. ClM : La question de la violence est abordée dans le roman, vos personnages sont imprégnés d’idéaux non violents, pourtant ils en font finalement usage. L’idéal de non violence se confronte-t-il à la réalité ? J.K. : C’est une question essentielle posée par cette histoire. Peut-on espérer changer la société sans violence ? Cette question n’est pas nouvelle. Ici, la violence est refusée a priori, mais surgit malgré tout, comme si elle avait un caractère inéluctable. Alors ? Ne peut-on espérer changer la société sans violence ? Faut-il la changer ? La vie en société n’est-elle pas elle aussi synonyme d’une certaine violence ? ClM : En quoi ce fait divers est-il encore une question contemporaine ? J.K. : La logique d’organisation sociale pose de façon permanente la question de son évolution. Cette question est d’autant plus contemporaine que l’urgence de changements fondamentaux dans le mode de production est posée avec de plus en plus de force par le réchauffement climatique. La totalité des projets actuels portant atteinte à l’environnement entraînerait un tonnage de CO2 six fois et demi plus important que la totalité des projets visant à le réduire (si toutefois les promesses étaient tenues…). Cette réalité risque d’entraîner des individus ou des groupes à des actions extrêmes (Extinction Rébellion par exemple, est un phénomène très jeune et très contemporain). ClM : Merci à vous et nous aurons la plaisir de vous retrouver à Lodève à la Librairie un point un trait en février 2023 pour une rencontre autour de ce roman. J.K. : Merci à vous ! Stephan Pahl
